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— Le dernier gars qui a pris cela pour argent comptant s’est retrouvé la nuque brisée à cause de sa crédulité. Qu’est-ce que vous diriez d’économiser du temps et de m’abattre maintenant ?

Il cligna des paupières et renifla ; des larmes ruisselaient à l’intérieur de son nez.

— Je ne désire pas vous tuer, moi. (Elle lui décocha un battement de paupières, puis se redressa, rembrunie.) Franchement, seigneur Vorkosigan, je ne m’attendais guère à vous voir fondre en larmes !

Il aspira profondément ; ses mains esquissèrent un geste de prière impuissante. Stupéfaite, elle lui jeta un mouchoir. Un mouchoir imprégné de parfum vert. Privé d’autre recours, il le pressa contre sa figure.

— Cessez de pleurer, espèce de lâch…

L’ordre qu’elle avait lancé sèchement fut interrompu par son premier éternuement tonitruant, suivi d’une salve d’autres du même calibre.

— Je ne pleure pas, espèce d’idiote, je suis allergique à votre satané parfum ! réussit à brailler Miles entre deux paroxysmes.

Elle porta la main à son front et se mit à rire ; un vrai rire, pour une fois. La vraie Cavilo spontanée, enfin ! Il avait vu juste : son sens de l’humour était détestable.

— Ô miséricorde ! dit-elle d’une voix haletante. Cela me donne la plus merveilleuse des idées pour une grenade à gaz. Dommage que je n’aie jamais… ah, bah !

Les sinus de Miles vibraient comme des timbales. Elle secoua la tête dans un geste d’incompréhension et tapa quelque chose sur sa console de communication.

— Je pense qu’il vaut mieux vous expédier avant que vous n’explosiez, dit-elle.

Courbé en avant sur son siège, soufflant comme un asthmatique, Miles, le regard voilé de larmes, aperçut ses pantoufles en feutre marron.

— Puis-je avoir au moins une paire de bottes pour ce voyage ?

Elle pinça les lèvres pendant un instant de réflexion.

— Non, conclut-elle. Ce sera plus intéressant de vous voir vous débrouiller tel que vous êtes.

— Ainsi attifé, sur Aslund, je serai comme un chat costumé en chien, protesta-t-il. On me tirera dessus par erreur.

— Par erreur… à dessein… Bonté divine, vous allez vivre une aventure exaltante !

Elle décoda l’ouverture de la porte.

Il était encore éternuant et haletant quand les gardes vinrent pour l’emmener. Cavilo riait toujours.

Les effets de son parfum empoisonné mirent une demi-heure à se dissiper, temps au bout duquel il se retrouva sous clé dans une cabine minuscule à bord d’un vaisseau intra-système. Ils avaient embarqué via un sas de La Main de Kurin ; il n’avait même pas mis le pied sur la Station de Vervain. Aucune chance de tenter de se faire la belle.

Il examina la cabine. Son aménagement, question literie et commodités de toilette, rappelait au plus haut point sa dernière cellule. Le service dans l’espace, ah ! Les vastes panoramas de l’immense univers, ah ! La gloire d’appartenir à l’armée impériale… hum, ah ! Il avait perdu Grégor… Je suis peut-être petit, c’est possible, mais je commets des gaffes énormes parce que je suis debout sur les épaules de GÉANTS. Il essaya de marteler la porte à coups de poing et de hurler dans l’intercom. Personne ne vint.

C’est une surprise.

Il pouvait les étonner tous en se pendant, idée qui parut brièvement séduisante. Mais rien n’était assez haut pour qu’il y accroche sa ceinture.

Très bien. Ce vaisseau du type courrier était plus rapide que le cargo lourd dans lequel Grégor et lui avaient mis trois jours à traverser le système, mais il n’était pas instantané. Ils disposaient d’au moins un jour et demi pour réfléchir sérieusement, lui et l’amiral Naismith.

C’est une surprise. Bon Dieu !

Un officier et un garde vinrent chercher Miles à peu près au moment où le vaisseau devait être revenu dans le périmètre de défense de la Station d’Aslund. Mais nous ne sommes pas encore en cale d’arrimage, pensa Miles. Cela me paraît prématuré. Son épuisement nerveux réagissait encore à une poussée d’adrénaline ; il aspira profondément pour tenter d’éclaircir son cerveau embrumé et de retrouver sa promptitude d’esprit. L’officier le conduisit par les couloirs du petit vaisseau jusqu’au poste de navigation et de communication.

Le capitaine des Rangers était présent, penché sur la console que manipulait son second. Le pilote et le mécanicien navigant étaient affairés à leurs postes.

— S’ils mettent le pied à bord, ils l’arrêteront et il sera automatiquement livré selon les ordres, disait le second.

— S’ils l’arrêtent, ils peuvent nous arrêter aussi. Elle a dit de le planter là et qu’elle se fichait éperdument que ce soit la tête ou les pieds les premiers. Elle ne nous a pas ordonné de nous faire interner, répliqua le capitaine.

Une voix jaillit du haut-parleur :

— Ici le vaisseau de garde Ariel, auxiliaire sous contrat de la flotte d’Aslund, qui appelle le C6-WG en provenance de la Station de Vervain sur le côté du Moyeu. Cessez d’accélérer et dégagez le sas de bâbord afin de permettre l’accès pour la visite d’inspection préalable à l’entrée au port. La Station d’Aslund se réserve le droit de vous interdire tout privilège d’accostage si vous ne coopérez pas.

La voix, devenue ironique, parut soudain étrangement familière à Miles. Bel ?

— Cessez d’accélérer, ordonna le capitaine, et, indiquant au second de couper la communication, il appela Miles : Hé, Rotha ! Venez ici !

Donc je suis de nouveau « Rotha ». Miles arbora un sourire patelin et se rapprocha prudemment. Il contempla l’écran, s’efforçant de dissimuler son ardente curiosité. L’Ariel ? Oui. Il était là sur l’écran, le fin croiseur bâti selon les normes illyricanes… Bel Thorne le commandait-il encore ? Comment puis-je me transférer sur ce vaisseau ?

— Ne me précipitez pas là-bas ! protesta Miles d’une voix pressante. Les Oserans veulent ma peau. Je le jure, je ne savais pas que les arcs à plasma étaient défectueux !

— Quels arcs à plasma ? questionna le capitaine.

— Je suis marchand d’armes. Je leur ai vendu des arcs à plasma. Bon marché. Ils se sont révélés avoir tendance à se bloquer en surcharge et à exploser dans la main de leur utilisateur. Je ne le savais pas, je les avais eus en gros.

La main droite du capitaine des Rangers s’ouvrit et se referma dans un geste d’identification compatissant. Il frotta inconsciemment sa paume sur son pantalon, derrière l’étui de son arc à plasma. Il contempla Miles, l’air sombre et revêche.

— Ce sera tête la première, dit-il au bout d’un instant. Lieutenant, vous et le caporal, emmenez ce petit mutant au sas du personnel de bâbord, emballez-le dans une coque de sauvetage et éjectez-le. Nous rentrons.

— Non, dit faiblement Miles comme ils le prenaient chacun par un bras. (Oui ! Il traîna les pieds en ayant soin de ne pas offrir assez de résistance pour risquer de se briser les os.) Vous n’allez pas me jeter dans l’espace… !

L’Ariel, mon Dieu…

— Oh ! les merces aslunders vous ramasseront, répliqua le capitaine. Peut-être. S’ils ne s’imaginent pas que vous êtes une bombe et n’essaient pas de vous dépêcher dans l’espace d’un tir de plasma ou de quelque chose du même genre. (Souriant légèrement à cette vision, il se retourna vers l’appareil de communication et entonna de la voix monocorde et lassée adaptée aux contrôles de circulation :) Ariel, ici le C6-WG. Nous avons décidé de changer notre plan de vol initial et de retourner à la Station de Vervain. Par conséquent, nous n’avons pas besoin d’inspection préalable à l’amarrage. Toutefois, nous allons vous laisser un… un petit cadeau d’adieu. Très petit. Vous en ferez ce que bon vous semblera.