Выбрать главу

La porte du poste NAV & COM se referma derrière eux. Quelques mètres de coursive et un tournant brusque amenèrent Miles et ses gardes devant une écoutille. Le caporal maintint Miles qui se débattait ; le lieutenant ouvrit un casier et en sortit une coque de sauvetage.

La coq-sauv était une enveloppe gonflable de sauvetage conçue pour que des passagers en danger y entrent en quelques secondes, en cas d’incident de pressurisation ou d’abandon de vaisseau. On les appelait aussi ballons-idiots. Aucune connaissance n’était nécessaire pour les manipuler, parce qu’elles n’avaient pas d’appareils de direction, simplement quelques heures d’air recyclable et un localisateur sonore de repérage. Passives, indétraquables et fortement déconseillées aux claustrophobes, elles étaient très efficaces pour sauver des vies… quand les vaisseaux de ramassage arrivaient à temps.

Miles gémit quand on le fourra dans le plastique humide et puant. Une secousse de la corde de fermeture, la coq-sauv se ferma hermétiquement avant de se gonfler automatiquement. Un bref et horrible souvenir de la bulle-abri enlisée dans la boue à l’île Kyril traversa l’esprit de Miles et il retint un hurlement qui n’était pas du chiqué. Il fut culbuté quand ses ravisseurs roulèrent la coque à l’intérieur du sas. Un sifflement jaillissant, un coup sourd, une embardée, et il tomba en chute libre dans une obscurité totale.

La coque sphérique avait à peine plus d’un mètre de diamètre. Miles, plié en deux, tâtonna autour de lui, son estomac et son oreille interne protestant contre la vrille imposée par le coup de pied qui l’avait éjecté à l’extérieur, jusqu’à ce que ses doigts tremblants trouvent ce qu’il espérait être un tube à lumière froide. Il le pressa et fut récompensé de son effort par une nauséeuse lueur verdâtre.

Le silence était profond, rompu seulement par le minuscule sifflement du recycleur d’air et sa propre respiration haletante. Bah !… c’est mieux que la dernière fois qu’on a essayé de me précipiter hors d’un sas. Il eut plusieurs minutes pour imaginer toutes les sortes de décisions que pouvait prendre l’Ariel au lieu de le repêcher. Il venait de rejeter l’horrible perspective du vaisseau ouvrant le feu sur lui en faveur de l’asphyxie dans le froid et le noir, quand sa coque et lui furent violemment happés par un rayon tracteur.

Le mécanicien chargé de la manœuvre avait manifestement des mains gourdes et atteintes de paralysie agitante mais, après quelques minutes de jongleries, le retour de la pesanteur et des bruits extérieurs confirmèrent à Miles qu’il avait été halé en sécurité dans un sas en fonctionnement. Le sifflement de la porte intérieure, un mélange indistinct de voix. Encore un instant, et le ballon-idiot commença à rouler. Miles poussa un cri aigu et se mit en boule pour se protéger jusqu’à ce que l’élan s’arrête. Il se rassit, aspira à fond et s’efforça de remettre en ordre son uniforme.

Des coups sourds contre le tissu de la coq-sauv.

— Y a quelqu’un là-dedans ?

— Oui ! cria Miles.

— Une minute…

Des couics, des cliquetis et le crissement d’une déchirure quand les ouvertures se descellèrent. La coq-sauv s’affaissa à mesure que l’air s’échappait avec un sifflement. Miles se dégagea de ses plis et, tremblotant, se redressa avec tout le manque de grâce et de dignité d’un poussin sortant de sa coquille.

Il se trouvait dans une petite cale de chargement. Trois soldats en uniforme gris et blanc l’entouraient, braquant des neutraliseurs et brise-nerfs sur sa tête. Un svelte officier aux insignes de capitaine, un pied appuyé sur une boîte métallique, regardait Miles émerger.

L’uniforme impeccable et les cheveux bruns souples ne permettaient pas de discerner si l’on était en présence d’un homme délicat ou d’une femme à la détermination peu commune ; cette ambiguïté était cultivée de façon délibérée.

Bel Thorne était un hermaphrodite de Beta, descendant minoritaire d’une expérience sociogénétique vieille d’un siècle qui avait raté. Thorne passa du scepticisme à la stupeur en voyant apparaître Miles.

Miles répliqua par un sourire.

— Salut, Pandore ! Les dieux t’envoient un cadeau. Mais il y a un piège.

— N’est-ce pas toujours le cas ? (Le visage radieux, Thorne s’avança à grands pas pour saisir Miles par la taille avec un enthousiasme débordant.) Miles ! s’exclama-t-il en l’éloignant à bout de bras pour l’examiner de près. Qu’est-ce que tu fabriques ici ?

— J’avais bien pensé que ce serait ta première question, répliqua Miles avec un soupir.

— Et en uniforme de Ranger ?

— Bonté divine, je suis content que tu n’appartiennes pas à l’école de ceux qui commencent par tirer et posent les questions ensuite !

Miles se dégagea d’une ruade de la coque de sauvetage dégonflée, avec ses pantoufles aux pieds. Les soldats, légèrement incertains, maintenaient leurs armes braquées.

Miles eut un geste dans leur direction.

— Vous pouvez vous retirer, les gars, ordonna Thorne. Tout va bien.

— J’aimerais que ce soit vrai, commenta Miles. Bel, il faut que nous parlions.

La cabine de Bel à bord de l’Ariel se caractérisait par le même mélange poignant de choses familières et de nouveautés auquel Miles avait été confronté dans tout ce qui touchait aux mercenaires. Les formes, les sons, les odeurs de l’intérieur de VAriel déclenchaient des cascades de souvenirs. La cabine du capitaine était envahie par les possessions personnelles de Bel : bibliothèque vidéo, armes, souvenirs de campagnes comprenant un casque d’armure spatiale à demi fondu qui s’était transformé en scories, sauvant la vie de Thorne, à présent métamorphosé en lampe, une petite cage abritant un animal de compagnie exotique rapporté de la Terre que Thorne appelait un hamster.

Entre deux gorgées d’une tasse de thé non synthétique tiré des provisions personnelles de Thorne, Miles donna à ce dernier la version amiral Naismith de la réalité, étroitement proche de celle qu’il avait fournie à Oser et à Tung ; la mission d’évaluation du Moyeu, l’employeur mystérieux, etc. Grégor, naturellement, fut supprimé, ainsi que toute mention de Bar-rayar ; Miles Naismith parlait avec un pur accent de Beta. À part cela, Miles colla d’aussi près qu’il le put aux faits en évoquant son séjour parmi les Rangers de Randall.

— Ainsi le lieutenant Lake a été capturé par nos concurrents, commenta Thorne d’un ton méditatif quand Miles eut décrit le lieutenant blond qu’il avait croisé dans la prison de La Main de Kurin. Cela ne pouvait pas arriver à un plus chic type… Nous ferions bien de changer encore nos codes.

— Juste. (Miles posa sa tasse et se pencha.) J’ai été autorisé par mon employeur, non seulement à observer, mais aussi à empêcher autant que faire se peut la guerre dans le Moyeu de Hegen. Enfin, presque… Je crains que ce ne soit plus possible. Comment se présente la situation, vue de ton côté ?

Thorne se rembrunit.

— Nous étions au port il y a cinq jours. C’est à ce moment-là que les Aslunders ont inventé cette consigne d’inspection préalable à l’autorisation d’entrer au port. Tous les petits vaisseaux ont été réquisitionnés pour l’appliquer vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Avec leur station militaire près d’être terminée, nos employeurs redoutent de plus en plus le sabotage, les bombes, les armes biologiques…

— Je ne m’inscrirais pas en faux là contre. Qu’est-ce qu’il en est, à l’intérieur de la flotte ?