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Le grand sergent de Thorne, qui marchait à côté de Miles, jeta un coup d’œil alentour, signalant de nouveaux aménagements.

— Les chargeurs-robots devraient être complètement automatisés d’ici à demain même heure, remarqua-t-il. Ce sera une amélioration… Flûte !

Il abattit tout à coup la main sur la tête de Miles, le poussant vers le sol. Il avait à demi pivoté sur lui-même, la main décrivant un arc vers son étui, quand l’éclair bleu crépitant d’une charge de brise-nerfs le frappa en pleine poitrine, à la hauteur où s’était trouvée la tête de Miles. Il eut un spasme, sa respiration s’arrêta. L’odeur d’ozone, de plastique brûlant et de chair grillée s’engouffra dans les narines de Miles. Il continua à plonger, heurta le sol, roula. Un deuxième éclair éparpilla sa foudre par terre, les éclaboussures de son champ de force piquant comme vingt guêpes le long du bras étendu de Miles. Il ramena brusquement la main.

Au moment où le sergent s’effondrait, Miles l’empoigna par sa veste et se jeta dessous, enfouissant sa tête et sa colonne vertébrale contre le torse. Il replia bras et jambes. Un autre éclair crépita tout près, puis deux autres frappèrent le cadavre coup sur coup.

Même avec la protection de la masse de chair, ce fut pire que la décharge d’une massue électrique à pleine puissance.

À travers le tintement de ses oreilles, Miles entendit hurler, taper, crier, courir – le chaos. Le bourdonnement sec d’un neutraliseur. Une voix. « Il est là-haut ! Allez l’attraper ! » et une autre voix, haute et rauque : « C’est toi qui l’as repéré, vas-y toi-même ! Il est à toi. » Un autre éclair frappa le sol.

Le poids de l’homme massif, la puanteur de sa blessure mortelle assaillaient le visage de Miles. Il aurait aimé que ce brave homme pèse cinquante kilos de plus. Pas étonnant que Cavilo ait été prête à sortir vingt mille dollars de Beta pour une chance de disposer d’un filet-bouclier. De toutes les armes affreuses que Miles avait affrontées, celle-ci était la plus terrifiante sur le plan personnel. Une blessure à la tête qui ne le tuait pas complètement, mais le dépouillait de son humanité, le ravalant au rang d’animal ou de légume, c’était le pire cauchemar. Son intelligence était certainement l’unique justification de son existence. Sans elle…

Le crépitement d’un brise-nerfs pas braqué de son côté parvint à son ouïe. Miles tourna la tête pour crier, d’une voix étouffée par l’étoffe et la chair : « Neutraliseurs ! Neutraliseurs ! Il nous le faut vivant pour l’interroger ! » Vas-y toi-même ! Il est à toi… Il devait s’extirper de dessous ce cadavre et se joindre au combat. Sauf que, s’il était la cible de l’assassin – et pour quelle autre raison décharger une arme dans un macchab ? –, il ferait peut-être mieux de ne pas bouger. Il se tortilla afin de se ramasser davantage sur lui-même.

Les cris se turent ; les tirs cessèrent. Quelqu’un s’efforçait de dégager Miles du corps du sergent. Miles mit un instant à comprendre qu’il devait lâcher la veste d’uniforme du mort pour pouvoir être sauvé. Il décrispa les doigts avec difficulté.

Le visage de Thorne ondula au-dessus de lui, blême, haletant.

— Ça va, amiral ?

— Je crois, répliqua Miles d’une voix oppressée.

— Il te visait, annonça Thorne.

— J’avais remarqué, bégaya Miles. Je ne suis que légèrement brûlé.

Thorne l’aida à s’asseoir. Il tremblait aussi fort qu’après sa bastonnade à la massue électrique. Il contempla ses mains agitées de spasmes, toucha le cadavre à côté de lui avec un émerveillement morbide. Chaque jour qui me reste à vivre sera un cadeau de vous. Et je ne connais même pas votre nom.

— Ton sergent… comment s’appelait-il ?

— Collins.

— C’était un type bien.

Oser s’approcha, l’air constipé.

— Amiral Naismith, ceci n’était pas de mon fait !

— Oh ? (Miles cligna des paupières.) Aide-moi à me relever, Bel…

Elena arriva, avec une autre femme mercenaire, traînant chacune par un pied un homme revêtu de l’uniforme bleu marine d’un soldat aslunder. Assommé ? Mort ? Elles laissèrent choir les pieds avec un bruit sourd à côté de Miles, arborant l’air détaché de lionnes apportant une proie à leurs lionceaux. Miles baissa les yeux et contempla un visage on ne peut plus familier. Général Metzov ! Quel bon vent vous amène ?

— Reconnaissez-vous cet homme ? demanda Oser à un officier aslunder qui s’était hâté de les rejoindre. Est-ce un des vôtres ?

— Jamais vu. (L’Aslunder s’agenouilla pour chercher des pièces d’identité.) Il a un laissez-passer en règle.

— Il aurait pu me descendre et s’en tirer à bon compte, dit Elena à Miles, mais il ne cessait de te canarder. Tu as été bien avisé de rester à l’abri.

Triomphe de l’intelligence, ou manque de courage ?

— En effet. (Miles tenta de tenir debout seul, renonça et s’appuya sur Thorne.) J’espère que tu ne l’as pas tué.

— Juste assommé, dit Elena, montrant l’arme comme preuve. (Quelqu’un avait dû la lui lancer au début de la mêlée.) Il a probablement un poignet cassé.

— Qui est-ce ? questionna Oser.

Son ignorance semblait sincère, jugea Miles.

— Voyons, amiral, commença-t-il dans un sourire qui lui découvrit les dents, je vous avais dit que j’allais vous fournir plus de renseignements que votre section n’en récolterait en un mois. Permettez-moi de vous présenter le général Stanis Metzov, commandant en second des Rangers de Randall.

— Depuis quand des officiers d’état-major de haut grade se chargent-ils d’assassinats sur le terrain ?

— Pardon, commandant en second il y a trois jours. Cela a pu changer. Il était plongé jusqu’à son maigre cou dans les machinations de Cavilo. Vous, lui et moi avons rendez-vous avec une seringue.

Oser le regarda avec stupeur.

— Vous avez projeté ceci ?

— Pourquoi croyez-vous que j’aie passé cette dernière heure à me déplacer dans la Station, si ce n’est pour le débusquer ? répliqua Miles gaiement.

Pendant tout ce temps-là, il devait me suivre à la trace. Je crois que je suis à deux doigts de vomir. Est-ce que je viens de me montrer d’une rare intelligence ou d’une incroyable stupidité ?

Oser donnait l’impression de chercher la réponse à cette même question.

Miles contempla la forme inconsciente de Metzov, s’efforçant de réfléchir. Metzov avait-il été dépêché par Cavilo ou cette tentative de meurtre était-elle entièrement de sa propre initiative ? S’il était l’envoyé de Cavilo, avait-elle prévu qu’il tombe vivant entre les mains de ses ennemis à elle ? Sinon, y avait-il un assassin de renfort dans les parages – et, dans ce cas, sa cible était-elle Metzov si Metzov réussissait ou Miles si Metzov échouait ? Ou les deux ? J’ai besoin de m’asseoir et de tracer un diagramme, pensa-t-il.

Une équipe médicale était arrivée.

— Oui, à l’infirmerie, confirma Miles d’une voix blanche. Jusqu’à ce que mon vieil ami que voilà retrouve ses esprits.