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— C’est bien mon avis, dit Oser en secouant la tête sous le coup de la consternation.

— Organisez une protection en même temps qu’une garde pour notre prisonnier, cela vaudra mieux. Je ne suis pas certain qu’il était destiné à survivre à sa capture.

— Bien, acquiesça Oser, effaré.

Thorne le soutenant par un bras, Elena par l’autre, Miles franchit en trébuchant l’écoutille de son domaine, le Triomphe.

14

Secoué de tremblements, Miles était assis sur un banc d’une cabine vitrée normalement destinée à la bio-isolation dans l’infirmerie du Triomphe et regardait Elena lier avec un cordon électrique le général Metzov à une chaise. Le spectacle aurait donné à Miles une agréable sensation de juste retour des choses si l’interrogatoire qu’ils s’apprêtaient à mener n’avait été aussi porteur de complications dangereuses. Elena était de nouveau désarmée. Deux sentinelles, neutraliseur au poing, montaient la garde de l’autre côté de la porte transparente insonorisée. Il avait fallu que Miles déploie des trésors d’éloquence pour que l’auditoire de cet interrogatoire préliminaire soit limité à lui-même, à Oser et à Elena.

— Quelle importance peuvent bien avoir les renseignements de ce bonhomme ? s’était enquis Oser avec irritation. On l’a lâché pour faire lui-même le travail sur place.

— Assez cruciale pour que vous y regardiez à deux fois avant de les diffuser devant un comité, avait objecté Miles. Vous aurez toujours l’enregistrement.

Metzov, apparemment souffrant, demeurait silencieux, sans réaction. Son poignet droit avait été bandé avec soin. La reprise de conscience expliquait son air malade ; le silence était de pure forme, et tout le monde le savait. Par une étrange courtoisie, on s’abstenait de le harceler de questions avant l’injection de thiopenta.

Oser jeta un regard sombre à Miles.

— Vous sentez-vous assez en forme ?

Miles regarda ses mains qui tressautaient encore.

— Du moment que l’on ne me demande pas de jouer au chirurgien du cerveau, oui. Allez-y. J’ai des raisons de croire qu’il est capital de faire vite.

Oser hocha la tête à l’adresse d’Elena, qui leva la seringue-atomiseur pour vérifier la dose, puis l’appuya contre le cou de Metzov. Qui ferma brièvement les yeux avec désespoir. Au bout d’un instant, ses mains crispées se détendirent. Les muscles de son visage se relâchèrent, s’affaissant dans un vague sourire imbécile. La transformation était très désagréable à observer. Sans la tension, son visage paraissait vieux.

Elena lui vérifia le pouls et les pupilles.

— Très bien. Il est à vous, messieurs.

Elle recula pour s’appuyer contre le chambranle de la porte, les bras croisés, l’expression presque aussi fermée que l’avait été celle de Metzov.

Miles tendit la main, paume offerte.

— Après vous, amiral.

Oser grimaça.

— Merci, amiral.

Il se planta devant Metzov et le dévisagea d’un air méditatif.

— Général Metzov ! Votre nom est-il Stanis Metzov ?

Metzov sourit.

— Oui, c’est moi.

— Actuellement, commandant en second des Rangers de Randall ?

— Oui.

— Qui vous a envoyé assassiner l’amiral Naismith ?

La figure de Metzov arbora un air de joyeuse stupeur.

— L’amiral qui ?

— Appelez-moi Miles, suggéra ce dernier. Il me connaît sous un… pseudonyme.

Sa chance d’arriver au bout de cet interrogatoire sans que son identité soit révélée équivalait à celle de la survie d’une boule de neige plongeant vers le centre d’un soleil, mais pourquoi courir au-devant des complications ?

— Qui vous a envoyé tuer Miles ?

— Cavie. Il s’était évadé, vous comprenez. J’étais le seul à qui elle pouvait se fier… la garce !

Miles fronça les sourcils.

— En fait, Cavilo m’a expédié ici elle-même, expliqua-t-il à Oser. Par conséquent, le général Metzov a été victime d’un coup monté. Mais dans quel but ? À mon tour.

Miles quitta son banc d’un pas mal assuré et se plaça dans le champ de vision de Metzov. En dépit de l’euphorie provoquée par le sérum, Metzov exhala un soupir de rage, puis arbora un sourire mauvais.

Miles décida de commencer par la question qui le tarabustait depuis des lunes.

— Contre qui… contre quelle cible était dirigée votre attaque au sol ?

— Vervain, répliqua Metzov.

Même Oser en resta bouche bée. Dans le silence stupéfait, Miles entendit battre le sang dans ses oreilles.

— Vervain est votre employeur, dit Oser d’une voix étouffée.

— Dieu… tout s’explique finalement ! (Miles esquissa un entrechat et faillit s’étaler. Elena se décolla de la paroi avec précipitation pour le rattraper.) Oui, oui, oui…

— C’est insensé ! reprit Oser. La voilà, la surprise de Cavilo !

— Pas en totalité, je parie. Les forces d’intervention de Cavilo sont bien plus grandes que les nôtres, mais en aucun cas suffisantes pour s’emparer physiquement d’une planète complètement colonisée comme Vervain. Elles ne peuvent qu’opérer une razzia et déguerpir dare-dare.

— Razzier et filer, c’est cela, confirma Metzov avec un sourire imperturbable.

— Quelle était votre cible, exactement ? questionna Miles d’un ton pressant.

— Les banques… les musées d’art… les banques de gènes… les otages…

— Un raid de pirates ! s’exclama Oser. Que comptiez-vous donc faire du butin ?

— Le larguer au retour dans l’Ensemble de Jackson ; les gens de là-bas se chargent de tout fourguer.

— Et comment espériez-vous échapper à la fureur de la flotte vervani ? demanda Miles.

— En attaquant juste avant que la nouvelle flotte prenne position. La flotte d’invasion de Cetaganda surprendra les vaisseaux en stationnement orbital. Objectifs fixes. Du nanan !

Cette fois, le silence fut total.

— La voilà, la surprise de Cavilo ! finit par dire Miles. Oui, celle-là est digne d’elle !

— L’invasion… par Cetaganda ?

Oser se mordilla un ongle machinalement.

— Bon Dieu, ça colle ! (Miles se mit à arpenter la petite pièce à pas irréguliers.) Quelle est la seule manière de s’emparer d’un couloir de navigation ? En le bloquant des deux côtés. Les Vervani ne sont pas les employeurs de Cavilo… Ce sont les Cetagandans. (Il se retourna pour désigner le général branlant du chef, la lippe pendante.) Et, à présent, je vois clairement le rôle que joue Metzov dans cette affaire.

— Pirate, dit Oser avec un haussement d’épaules.

— Non… bouc émissaire.

— Quoi ?

— Cet homme – vous l’ignorez, apparemment – a été licencié de l’armée impériale de Barrayar pour brutalités.

Oser cligna des paupières.

— De l’armée de Barrayar ? Il avait dû mettre le paquet.

Miles refoula une légère irritation.

— Eh bien, oui. Il… il a mal choisi sa victime. Vous ne comprenez pas ? La flotte d’invasion de Cetaganda se précipite dans l’espace territorial de Vervain à l’invitation de Cavilo… probablement au signal de Cavilo. Les Rangers exécutent leur razzia, ratissent complètement Vervain. Par bonté d’âme, les Cetagandans « sauvent » la planète des traîtres mercenaires. Les Rangers décampent, Metzov est laissé derrière comme bouc émissaire… dans le style du gars qu’on jette de la troïka pour le donner en pâture aux loups (ouille, ce n’était pas une métaphore appropriée pour Beta)… afin qu’il soit pendu publiquement par les Cetagandans dans l’intention de démontrer leur « bonne foi ». Voyez, ce diabolique Barrayaran vous a nui, vous avez besoin de notre protection impériale contre la menace impériale de Barrayar et nous voici !