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« Et Cavilo se retrouve payée trois fois. Une par les Vervani, une par les Cetagandans et la troisième par l’Ensemble de Jackson quand elle lui refile son butin à revendre en partant. Tout le monde profite. Excepté les Vervani, bien sûr.

Il s’interrompit pour reprendre haleine.

Oser paraissait convaincu… et soucieux.

— Pensez-vous que les Cetagandans projettent de poursuivre leur percée jusqu’à l’intérieur du Moyeu ? Ou s’arrêteront-ils à Vervain ?

— Evidemment qu’ils continueront ! Le Moyeu est la cible stratégique ; Vervain n’est qu’une étape pour l’atteindre. D’où le montage de l’affaire des « méchants mercenaires ». Les Cetagandans désirent dépenser le moins d’énergie possible à pacifier les Vervani. Ils les baptiseront probablement « satrapie alliée », contrôleront les itinéraires spatiaux et atterriront à peine sur la planète. Ils l’absorberont sur le plan économique en une génération. La question, c’est : les Cetagandans s’arrêteront-ils à Pol ? Essaieront-ils de s’en emparer dans cette opération-ci ou laisseront-ils Pol servir d’Etat tampon entre eux et Barrayar ? Conquête ou séduction ? S’ils réussissent à pousser Barrayar à l’attaque en passant sans permission par Pol, cela aurait même des chances de conduire les gens de Pol à s’allier avec Cetaganda… aïe, aïe, aïe !

Il se remit à jouer les lions en cage.

Oser avait l’air d’avoir mordu dans quelque chose d’immonde, une moitié de ver comprise.

— Je n’ai pas été engagé pour affronter l’Empire de Cetaganda. Je m’attendais, au pire, à me battre contre les mercenaires de Vervain, en admettant même que toute l’affaire ne tourne pas au fiasco. Si les Cetagandans arrivent dans le Moyeu en force, nous serons pris au piège. Enfermés dans un cul-de-sac. Peut-être devrions-nous songer à nous sortir de là pendant que la voie est encore libre…

— Mais, amiral Oser, objecta Miles en désignant Metzov, ne comprenez-vous pas que Cavilo ne l’aurait jamais lâché dans la nature si le projet avait encore été d’actualité ? Elle pouvait avoir prévu qu’il meure en essayant de me tuer mais restait toujours le risque qu’il ne meure pas – qu’il en résulte précisément ce genre d’interrogatoire. Tout ceci est l’ancien plan. Un nouveau doit être au point. (Et je pense le connaître.) Il y a un… autre facteur. Un nouvel X dans l’équation. (Grégor.) Ou je me trompe fort, ou l’invasion par les Cetagandans représente maintenant pour Cavilo un handicap considérable.

— Amiral Naismith, je veux bien croire que Cavilo doublerait n’importe qui que vous nommeriez… excepté les Cetagandans. Ils chercheraient à se venger pendant une génération entière. Elle ne pourrait pas s’enfuir assez loin, elle ne vivrait pas assez longtemps pour dépenser ses bénéfices. À propos, quel bénéfice imaginable l’emporterait sur une triple paie ?

Mais si elle compte sur l’empire de Barrayar pour la protéger contre le châtiment – sur toutes les ressources de notre Sécurité…

— Je vois un moyen par lequel elle pourrait escompter s’en tirer, répliqua Miles. Si les choses se déroulent selon ses plans, elle aura toute la protection qu’elle désire. Et tous les bénéfices.

Cela pourrait marcher, franchement. Si Grégor était suffisamment entiché d’elle. Et si deux trouble-fête susceptibles de faire obstacle au mariage – Miles et le général Metzov – s’entre-tuaient fort à propos. Abandonnant sa flotte, elle emmènerait Grégor et fuirait devant les Cetagandans, se présentant à Barrayar comme le « sauveur » de l’empereur ; si, par-dessus le marché, un Grégor amoureux l’imposait comme sa fiancée, la digne mère d’un futur héritier de la caste militaire, l’attrait romanesque de cette aventure dramatique risquait d’influencer suffisamment l’opinion publique pour l’emporter sur l’avis de conseillers moins enclins au romantisme. Dieu sait que la propre mère de Miles avait préparé le terrain pour ce scénario. Elle pourrait vraiment réussir ce coup-là. Impératrice Cavilo de Barrayar. Cela sonne même bien. Et elle couronnerait sa carrière en trahissant absolument tout le monde, y compris ses propres soldats…

— Miles, tu fais une de ces têtes, commença Elena d’un ton soucieux.

— Quand ? s’exclama Oser. Quand les Cetagandans vont-ils attaquer ?

Il capta l’attention vagabonde de Metzov et répéta la question.

— Cavie seule le sait. (Metzov ricana.) Cavie sait tout.

— L’assaut doit être imminent, affirma Miles. S’il n’est pas déjà lancé. À en juger d’après le chronométrage de mon retour ici par Cavilo. Elle avait l’intention que les Den… la flotte soit en ce moment même paralysée par nos dissensions intestines.

— Dans ce cas, murmura Oser, que faire… ?

— Nous sommes trop éloignés. À un jour et demi du combat. Qui se situera au couloir de navigation de la Station de Vervain. Et au-delà, dans l’espace territorial de Vervain. Il faut nous rapprocher. Il faut que nous emmenions la flotte à l’autre bout du système – pour clouer Cavilo face aux Cetagandans. La bloquer…

— Holà ! Je ne vais pas monter une attaque de front contre l’Empire de Cetaganda ! l’interrompit sèchement Oser.

— Bien obligé ! Vous aurez tôt ou tard à combattre les hommes de Cetaganda. Choisissez votre moment, sinon c’est eux qui le choisiront. Il n’y a qu’une possibilité de les arrêter, et c’est au couloir de navigation. Une fois qu’ils l’auront franchi, ce sera impossible.

— Si j’éloigne ma flotte d’Aslund, les Vervani croiront que nous les attaquons.

— Et mobiliseront, se mettront en état d’alerte. Bien. Mais dans le mauvais sens… ce qui n’est pas bon. Nous finirions par être une feinte pour Cavilo. Nom d’une pipe ! Sans doute une autre branche de son arbre stratégique.

— Supposez – si les Cetagandans représentent pour Cavilo un handicap aussi grand que vous le prétendez –, supposez qu’elle n’envoie pas son code ?

— Oh ! ils lui sont encore nécessaires, mais dans un but différent. Elle a besoin d’eux pour les fuir. Et pour exécuter en masse ses témoins. En fait, elle a besoin en ce moment que leur invasion rate. Si elle envisage les choses à aussi long terme qu’elle le devrait, dans son nouveau plan.

Oser secoua la tête, comme pour s’éclaircir les idées.

— Pourquoi ?

— Notre unique espoir – l’unique espoir d’Aslund est de capturer Cavilo et de stabiliser les Cetagandans au couloir de navigation de la Station de Vervain. Non, attendez ! Il faut que nous tenions les deux extrémités du couloir Moyeu-Vervain, jusqu’à l’arrivée des renforts.

— Quels renforts ?

— Aslund, Pol… Une fois que les Cetagandans auront montré leurs armées en chair et en os, ils comprendront la menace. Et si Pol se lance dans la bagarre du côté de Barrayar et non du côté de Cetaganda, Barrayar sera en mesure de déverser des troupes via Pol. Stopper les Cetagandans est faisable, si tout se produit dans le bon ordre.

Mais Grégor pourra-t-il être récupéré vivant ? Pas une voie vers la victoire, mais toutes les voies…

Est-ce que les Barrayarans s’en mêleraient ?

— Oh, je le pense. Votre contre-espionnage doit suivre de près ces choses-là… Vos agents n’ont-ils pas remarqué une brusque augmentation de l’activité des services de renseignements de Barrayar dans le Moyeu, ces derniers jours ?