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— Le petit garçon de papa Ky grandit, à ce qu’il paraît.

— Ce n’en est même pas la moitié. Tu marches ou tu ne marches pas ?

— J’ai besoin d’entendre la seconde moitié. (Tung suçota sa lèvre inférieure.) Je marche.

Miles tendit la main.

— Marché conclu.

Tung la serra.

— Marché conclu.

Sa poigne était ferme. Miles exhala un long soupir.

— Très bien. Je t’ai raconté des demi-vérités, la dernière fois. Voilà ce qui se passe en réalité. (Il se mit à marcher de long en large, les frissons qui le secouaient n’ayant pas tous pour origine le contact avec le halo du brise-nerfs.) J’ai effectivement un contrat avec quelqu’un d’intéressé qui n’est pas des nôtres, mais pas pour une « évaluation militaire », qui est l’écran de fumée dont je me suis servi à l’usage d’Oser. Ce que je t’ai dit à propos de la guerre civile planétaire à empêcher n’était pas de la fumée. J’ai été engagé par les gens de Barrayar.

— D’habitude, ils n’engagent pas de mercenaires, objecta Tung.

— Je ne suis pas un mercenaire ordinaire. Je suis payé par la Sécurité impériale de Barrayar (au moins une vérité entière) pour retrouver et récupérer un otage. En supplément, j’espère empêcher une flotte cetagandane, qui prépare une invasion pour l’heure imminente, de s’emparer du Moyeu. Notre deuxième priorité stratégique sera de garder les deux côtés du couloir spatial de Vervain ainsi que tous les autres sas de sortie que nous pourrons en attendant l’arrivée des renforts de Barrayar.

Tung s’éclaircit la gorge.

— Deuxième priorité ? Et s’ils n’arrivent pas ? Il y a Pol à traverser… Et le sauvetage d’un otage n’a normalement pas la priorité sur les opérations strat-tac d’une flotte, hein ?

— Etant donné l’identité de cet otage, je garantis leur arrivée. L’empereur de Barrayar, Grégor Vorbarra, a été kidnappé. Je l’ai retrouvé, puis perdu, et maintenant, il faut que je le ramène. Comme tu peux l’imaginer, j’escompte une récompense substantielle pour son retour sain et sauf.

Le visage de Tung reflétait sa stupeur devant cette révélation.

— Cette espèce d’échalas neurasthénique que tu traînais en remorque… Ce n’était pas lui, si ?

— Si. Et à nous deux, toi et moi, nous nous sommes débrouillés pour le livrer franco de port au commandant Cavilo.

— Oh, merde ! (Tung passa la main sur ses cheveux rugueux.) Elle n’aura rien de plus pressé que de le vendre aux Cetagandans.

— Non. Elle entend empocher sa récompense de Barrayar.

Tung ouvrit la bouche, la referma, leva un doigt.

— Attends une minute…

— C’est compliqué, concéda Miles. Voilà pourquoi je vais te déléguer la partie simple, la garde du couloir. À moi appartiendra de récupérer l’otage.

— Simple… Les Mercenaires Dendarii ? Au total cinq mille. Rien que ça ! Contre l’Empire cetagandan. As-tu oublié ce que c’est que compter au cours de ces quatre dernières années ?

— Pense à la gloire. Pense à ta réputation. Pense au bel effet que cela fera sur ton curriculum vitae.

— Sur mon cénotaphe, tu veux dire ! Personne ne sera capable de ramasser suffisamment de mes atomes dispersés pour les enterrer. Tu as l’intention de payer les frais de mes funérailles, fiston ?

— Ce sera un enterrement de première classe – bannières, majorettes et assez de bière pour que ton cercueil flotte jusqu’au Walhalla.

Tung soupira.

— Sers-toi de jus de pruneaux pour faire naviguer le bateau. Et bois la bière. Bon. (Tung demeura un instant silencieux, se frottant les lèvres.) La première étape, c’est de mettre la flotte en état d’alerte dans l’heure au lieu de vingt-quatre.

— Elle n’y est pas déjà ? dit Miles, rembruni.

— Nous étions défensifs. Nous estimions avoir au moins trente-six heures pour étudier tout ce qui viendrait vers nous depuis l’autre bout du Moyeu. Ou Oser l’a estimé. Cela prendra six heures pour nous préparer à être sur le pied de guerre en une heure.

— D’accord… Ce sera la deuxième étape, donc. La première sera de te raccommoder avec le capitaine Auson et de lui donner l’accolade.

— Un coup de pied au cul, oui ! s’exclama Tung. Cet abruti est…

— … est nécessaire pour commander le Triomphe pendant que tu diriges la tactique de la flotte. Tu ne peux pas t’occuper des deux à la fois. Impossible que je réorganise la flotte si près d’entamer le combat. Si j’avais une semaine pour éliminer… Bon, je ne l’ai pas. Les hommes d’Oser doivent être convaincus de rester à leur poste. Si j’ai Auson… (la main levée de Miles se replia comme une cage)… je pourrai commander le reste. D’une manière ou d’une autre.

Tung grommela à regret son assentiment.

— Très bien. (Son air renfrogné céda lentement la place à un sourire.) Je donnerais gros pour te voir lui faire embrasser Thorne, par contre.

— Un miracle à la fois, s’il te plaît !

Le capitaine Auson, gros quatre ans auparavant, avait encore pris du poids mais, cela mis à part, il n’avait pas changé. Il entra dans la cabine d’Oser, aperçut les neutraliseurs braqués dans sa direction et s’immobilisa, les poings serrés. Quand il vit Miles assis sur le bord du bureau-console d’Oser (une manœuvre psychologique pour hisser sa tête au niveau de celle de tous les autres ; dans le fauteuil, Miles craignait d’avoir l’air d’un enfant à qui manqueraient une dizaine d’annuaires sous les fesses à la table du dîner), l’expression d’Auson passa de la colère à l’horreur.

— Nom de Dieu ! Encore vous !

— Natiirlich, dit Miles avec un haussement d’épaules. (Chodak et son subalterne réprimèrent de joyeux sourires d’anticipation.) L’action va commencer.

— Vous ne pouvez pas prendre ce… (Auson s’interrompit pour examiner Oser.) Qu’est-ce que vous lui avez fait ?

— Disons simplement que nous avons adapté son attitude. Quant à la flotte, elle est déjà à moi. (Enfin, presque. Il y travaillait, en tout cas.) La question est celle-ci : allez-vous choisir d’être du côté gagnant ? D’empocher un bonus de combat ? Ou donnerai-je le commandement du Triomphe à…

Auson découvrit les dents à l’adresse de Tung dans un grondement muet.

— … Bel Thorne ?

— Quoi ! s’exclama Auson sur un mode aigu qui fit tressaillir et grimacer Tung. Vous ne pouvez pas…

Miles lui coupa la parole.

— Vous rappelez-vous, par hasard, comment vous êtes passé du commandement de l’Ariel à celui du Triomphe ? Oui ?

Auson désigna Tung.

— Et lui ?

— Le signataire de mon contrat donnera une contribution d’une valeur égale à celle du Triomphe, qui deviendra la part d’investissement de Tung dans la société de la flotte. En échange, le commodore Tung renoncera à tout droit sur le vaisseau lui-même. Je confirmerai le rang de Tung en tant que chef d’état-major et tacticien en chef, et le vôtre en tant que capitaine du vaisseau amiral Triomphe. Votre contribution initiale, égale à la valeur de l’Ariel moins les droits de nantissement, sera confirmée comme étant votre part d’investissement dans la société de la flotte. L’un et l’autre vaisseau sera enregistré comme appartenant à la flotte.

— Etes-vous d’accord ? voulut savoir Auson, s’adressant à Tung.

Miles, d’un regard d’acier, incita Tung à répondre.