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— Ce doit être juste après mon départ, calcula Miles. Non pas qu’il aurait pu me repérer aussi, j’étais au cachot… Qu’est-ce que nous allons faire à ce sujet ?

— Des forces de sauvetage sont en train d’être rassemblées ; j’ignore de quelle importance.

— Et l’autorisation de passer par Pol ?

— Je doute qu’on attende de l’obtenir.

— Nous devons les avertir, ne pas offenser les Poliens ! Le…

— Enseigne, Vervain détient l’empereur ! s’exclama Ungari d’une voix grondante d’exaspération. Je ne vais pas dire aux…

— Ce n’est pas Vervain qui détient Grégor, c’est le commandant Cavilo, coupa Miles précipitamment. Cela n’a strictement rien de politique, c’est un complot pour son intérêt personnel. Je crois – en fait, je suis absolument certain – que le gouvernement vervani ignore tout de cet « invité » qu’elle a. Nos armées de sauvetage doivent être prévenues de s’abstenir de commettre le moindre acte hostile avant que commence l’invasion des Cetagandans.

— La quoi ?

Miles hésita, puis reprit d’une voix plus faible :

— Voulez-vous dire que vous n’êtes pas au courant de l’invasion cetagandane ? (Il marqua un temps.) Bah ! ce n’est pas parce que vous n’êtes pas encore prévenu qu’Illyan ne s’en est pas rendu compte ! Même si nous n’avons pas connaissance de l’endroit où ils se massent, à l’intérieur de l’empire, dès que la Séclmp aura dénombré combien de vaisseaux de guerre cetagandans ont disparu de leur port d’attache, elle comprendra qu’il se passe quelque chose. Quelqu’un doit continuer à surveiller ce genre de chose, même dans l’affolement actuel à cause de Grégor. (Ungari étant encore figé sur son siège par la stupeur, Miles poursuivit ses explications :) Je m’attends qu’une force de Cetaganda envahisse sous peu l’espace territorial vervani et poursuive sa route pour s’emparer du Moyeu de Hegen, avec la connivence du commandant Cavilo. Je me propose d’emmener la flotte dendarii de l’autre côté du système et d’engager le combat au couloir spatial vervani, de garder le contrôle de ce couloir jusqu’à l’arrivée de la flotte de sauvetage de Grégor. J’espère qu’on enverra plus qu’une équipe de négociateurs diplomatiques… À propos, avez-vous toujours ce contrat en blanc que vous avait confié Illyan concernant la rémunération des mercenaires ? J’en ai besoin.

— Vous, commença Ungari quand il eut recouvré sa voix, vous n’allez nulle part ailleurs que dans notre maison d’arrêt à la Station d’Aslund ! Où vous attendrez tranquillement – très tranquillement – que les renforts d’Illyan arrivent pour me débarrasser de vous.

Miles feignit poliment de ne pas avoir entendu cette futile explosion de colère.

— Vous avez dû rassembler des renseignements pour votre rapport à Illyan. Trouver quelque chose qui puisse me servir ?

— J’ai un rapport complet sur la Station d’Aslund, ses dispositifs et forces navales et mercenaires, mais…

— Moi aussi, j’ai tout cela maintenant. (Miles tambourina des doigts avec impatience sur le bureau-console d’Oser.) Quelle barbe ! Je regrette qu’à la place vous n’ayez pas passé les deux dernières semaines sur la Station de Vervain.

Ungari grinça des dents.

— Vorkosigan, vous allez immédiatement vous lever et nous suivre, le sergent Overholt et moi. Ou, sinon, je vous jure que je vous fais emporter par Overholt !

Overholt, Miles s’en rendit compte, l’évaluait d’un regard froidement calculateur.

— Ce serait une grave erreur, capitaine. Pire que votre oubli de contacter Elena. Si vous vouliez bien me laisser expliquer la situation stratégique globale…

Hors de ses gonds, Ungari ordonna sèchement :

— Overholt, saisissez-le !

Miles enfonça le bouton d’alarme sur son bureau-console au moment où Overholt fondait sur lui. Il l’esquiva en se projetant de l’autre côté de son siège qu’il éjecta de ses étriers. La porte de la cabine s’ouvrit en chuintant. Chodak et ses deux gardes s’engouffrèrent dans la pièce, suivis par Elena. Overholt, qui contournait l’extrémité du bureau, dérapa droit dans la ligne de tir du neutraliseur de Chodak et s’écroula avec un bruit sourd ; Miles grimaça. Ungari se leva lourdement et s’immobilisa, pris en fourchette par quatre neutraliseurs dendarii. Miles eut envie de fondre en larmes, ou peut-être d’éclater de rire. Ni l’un ni l’autre ne serait utile. Il maîtrisa son souffle et sa voix.

— Sergent Chodak, emmenez ces deux hommes au cachot du Triomphe. Placez-les… placez-les à côté de Metzov et d’Oser.

— Bien, amiral.

Ungari se renferma dans le silence, comme il convient à un espion capturé, et se laissa entraîner. Les veines de son cou palpitaient de fureur réprimée quand il jeta à Miles un regard de défi par-dessus son épaule.

Et je ne peux même pas le soumettre au sérum, songea mélancoliquement Miles, sûr qu’un agent du niveau d’Ungari avait été traité pour manifester une réaction allergique au thiopenta ; non pas l’euphorie, mais un choc anaphylactique qui entraînerait la mort. Peu après, deux autres Dendarii survinrent et emportèrent le corps inerte d’Overholt sur une civière.

Comme la porte se refermait, Elena demanda :

— Que s’est-il passé ?

Miles poussa un profond soupir.

— Mon supérieur à la Séclmp, le capitaine Ungari, ne s’est pas montré d’humeur réceptive.

Le regard d’Elena s’éclaira d’une lueur railleuse.

— Miséricorde, Miles ! Metzov… Oser… Ungari… tous à la file… tu te montres dur pour tes supérieurs ! Qu’est-ce que tu feras quand le moment sera venu de les relâcher ?

Miles secoua la tête.

— Aucune idée !

La flotte sortit de la station d’Aslund en moins d’une heure, gardant un silence absolu sur le plan des communications ; les Aslunders, naturellement, furent saisis de panique. Installé dans le centre des communications du Triomphe, Miles écoutait leurs questions affolées, résolu à ne pas influer sur le cours naturel des événements à moins que les Aslunders n’ouvrent le feu. Jusqu’à ce qu’il ait remis la main sur Grégor, il devait à tout prix présenter à Cavilo le profil adéquat. Qu’elle croie qu’elle obtenait ce qu’elle voulait, ou du moins ce qu’elle avait cherché.

En fait, le cours normal des événements promettait de fournir davantage des résultats souhaités par Miles qu’il n’aurait pu en obtenir par combinaisons et persuasion. Des propos qu’ils échangeaient. Miles déduisit que les Aslunders avaient trois hypothèses principales : un, les mercenaires fuyaient le Moyeu parce qu’ils avaient été secrètement avertis d’une attaque imminente ; deux, les mercenaires allaient rejoindre un ou plusieurs des ennemis d’Aslund, ou, trois – pire –, les mercenaires déclenchaient sans provocation une attaque contre lesdits ennemis, avec vengeance à la clé contre les Aslunders. Les forces armées d’Aslund se mirent en état d’alerte maximale. Des renforts furent appelés, des forces mobiles replacées ailleurs dans le Moyeu, des réserves amenées en première ligne puisque le brusque départ de leurs mercenaires déloyaux les dépouillait de la défense sur laquelle ils comptaient.

Miles poussa un soupir de soulagement quand le dernier vaisseau de la flotte dendarii sortit de la zone territoriale des Aslunders et entra dans l’espace interplanétaire. Retardée par le désarroi, aucune force navale lancée à leur poursuite ne réussirait à les rejoindre avant qu’ils décélèrent à proximité du couloir de Vervain. Où, avec l’arrivée des Cetagandans, il ne devrait pas être difficile de convaincre les Aslunders de se reclasser en tant que réserve des Dendarii.