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La salle de tactique de l’Ariel n’avait à présent qu’un personnel réduit : Miles, Elena en tant que son officier des transmissions personnel, Arde Mayhew pour tous les autres systèmes. Le Cercle intérieur entier, en anticipation de cette conversation ultra-privée qui allait avoir lieu. S’il fallait en venir à combattre réellement, il remettrait la cabine à Thorne, présentement exilé dans la salle NAV & COM. Et peut-être se retirerait-il ensuite dans sa cabine pour se faire hara-kiri.

— Voyons maintenant la station de Vervain, dit-il à Elena à son poste devant la console.

Le principal écran d’holovid au centre de la salle tourbillonna vertigineusement quand elle manipula les touches de contrôle. La représentation schématique de leur zone cible apparaissait comme un bouillonnement de lignes et de couleurs changeantes, représentant les mouvements des vaisseaux, les dérivations d’énergie vers divers systèmes d’armement et de blindage, et des transmissions de communications. Les Dendarii étaient maintenant à peine à un million de kilomètres, un peu plus de trois secondes-lumière. Le taux de lancement ralentissait à mesure que la Petite Flotte décélérait avec deux bonnes heures d’avance sur les vaisseaux plus lents du gros de la flotte dendarii.

— Les voilà bien réveillés, maintenant, commenta Elena, qui porta la main à son écouteur. Ils réitèrent leur exigence que nous communiquions.

— Mais ne lancent toujours pas de contre-attaque, commenta Miles en étudiant le plan schématique. Je suis heureux qu’ils comprennent où réside le véritable danger. Bon. Dis-leur que nous avons enfin résolu nos problèmes de com, mais répète que je veux parler d’abord au commandant Cavilo seul.

— Ils… Ah !… je pense qu’ils la mettent en communication ! J’ai un faisceau qui vient sur le canal réservé.

— Trouve d’où il part.

Miles se pencha par-dessus son épaule tandis qu’elle triait ce renseignement d’entre le réseau des communications.

— La source bouge…

Miles ferma les yeux en murmurant une prière, les rouvrit brusquement au triomphant : « Je l’ai ! » d’Elena.

— Là ! Ce petit vaisseau, ajouta-t-elle.

— Donne-moi son cap et son profil de puissance. Est-ce qu’il se dirige vers le couloir spatial ?

— Non, il s’en éloigne. C’est un vaisseau rapide… petit… C’est un courrier de la classe des Faucons, annonça Elena. Si son but est Pol – et Barrayar –, il doit couper notre triangle.

Miles exhala un long soupir.

— Bien, bien. Elle a attendu pour parler d’être sur une ligne que ses patrons vervani ne pouvaient pas surveiller. Je m’en doutais un peu. Je me demande quels mensonges elle leur a débités. Elle a passé le point de non-retour, est-ce qu’elle s’en rend compte ? (Il ouvrit les bras à l’adresse du court vecteur nouvellement apparu sur le plan schématique.) Viens, ma cocotte ! Viens me rejoindre.

Elena lui adressa un haussement de sourcils sardonique.

— Elle arrive. Votre bien-aimée va apparaître sur l’écran-moniteur trois.

Miles se jeta sur le siège indiqué, s’installant devant l’écran holovidéo qui commençait à scintiller. Le moment était venu de rassembler tout ce qu’il avait jamais possédé de maîtrise de soi. Il donna à son visage l’expression unie d’un intérêt froidement ironique quand les beaux traits de Cavilo se formèrent sous ses yeux. En dehors du champ de la caméra vidéo, il essuya ses paumes moites sur les genoux de son pantalon.

Les yeux bleus de Cavilo pétillaient d’un triomphe bloqué par sa bouche serrée et ses sourcils froncés, comme en écho aux vaisseaux de Miles qui bloquaient sa ligne de vol.

— Seigneur Vorkosigan, que faites-vous ici ?

— Je me conforme à vos ordres, ma’ame. Vous m’avez dit d’aller chercher les Dendarii. Et je n’ai rien transmis à Barrayar.

Un décalage de six secondes, le temps que le rayon file d’un vaisseau à l’autre et ramène la réponse de Cavilo. Hélas ! cela lui donnait le temps de réfléchir à elle autant qu’à lui.

— Je ne vous ai pas ordonné de traverser le Moyeu.

Miles plissa le front dans une expression déconcertée.

— À quel autre endroit auriez-vous besoin de ma flotte sinon sur le lieu de la bataille ? Je ne suis pas stupide.

Cette fois, Cavilo resta silencieuse plus longtemps que ne le justifiait le décalage de la transmission.

— Voulez-vous dire que vous n’avez pas reçu le message de Metzov ? demanda-t-elle.

Il s’en est fallu de peu. Quel fabuleux déploiement de doubles sens il y avait là !

— Tiens, vous l’aviez envoyé comme messager ?

Un temps de retard.

— Oui !

Un mensonge manifeste pour un mensonge manifeste.

— Je ne l’ai pas vu. Peut-être a-t-il déserté. Il doit s’être rendu compte qu’il avait perdu votre amour au profit d’un autre. Peut-être qu’il se terre dans un bar de spatioport, en train de noyer son chagrin.

Miles soupira profondément à l’idée de ce triste scénario.

L’expression d’attention inquiète de Cavilo se transforma en rage quand cette réplique lui parvint.

— Imbécile ! Je sais que vous l’avez fait prisonnier !

— Oui, et je me suis toujours demandé depuis pourquoi vous n’aviez pas empêché que cela arrive. Si cet accident n’était pas souhaité, vous auriez dû prendre des précautions pour qu’il ne se produise pas.

Les yeux de Cavilo se plissèrent ; elle changea de tactique.

— Je craignais que les sentiments de Stanis ne le rendent pas complètement fiable. J’ai voulu lui offrir une nouvelle chance de faire ses preuves. J’avais ordonné à mon homme de soutien de le tuer s’il tentait de vous assassiner, mais quand Metzov vous a manqué, ce crétin a attendu.

Substituez dès qu’il aurait réussi à ce s’il tentait, et cette déclaration était probablement une presque-vérité. Miles regretta de ne pas avoir l’enregistrement du rapport de cet agent ranger et de la réplique cinglante de Cavilo.

— Là, vous voyez ? Vous avez besoin de subordonnés qui sachent penser par eux-mêmes. Comme moi.

Cavilo rejeta brutalement la tête en arrière.

— Vous, comme subordonné ? Je coucherais plutôt avec un serpent !

Eh, eh !

— Mieux vaudrait vous habituer à moi. Vous cherchez à entrer dans un monde qui vous est étranger, qui m’est familier. Les Vorkosigan sont partie intégrante de la classe dirigeante de Barrayar. Un guide du pays pourrait vous servir.

Silence dû au retard du décalage horaire.

— Exactement. J’essaie de… je dois… conduire votre empereur en lieu sûr. Vous bloquez sa ligne de vol. Ôtez-vous de là !

Miles prit une seconde pour jeter un coup d’œil au schéma tactique. Oui, très juste. Viens, viens à moi !

— Commandant Cavilo, je suis certain que vous avez négligé une donnée importante dans vos calculs me concernant.

Temps de retard.

— Que je vous explique clairement ma position, petit homme de Barrayar. Je détiens votre empereur. Il est entièrement à ma merci.

— Parfait ! Alors, que j’entende ces ordres de sa propre bouche.

Temps de retard… très légèrement plus court.