Выбрать главу

Ce bouclier protecteur n’avait pas été programmé pour une fermeture lente ; il se ferma avec fracas en moins d’un clin d’œil. De brefs bruits de feux de plasma, de l’autre côté, des clameurs ; la voix de Cavilo poussant un cri d’alarme à l’adresse d’un de ses hommes juste à temps pour l’empêcher de mettre à feu une mine contre la paroi d’une chambre close que lui-même occupait. Puis le silence.

Miles laissa choir son fusil à plasma, arracha son casque.

— Bonté divine, je ne m’attendais pas à ça ! Grégor, tu es un génie !

Avec douceur, Grégor leva un doigt et écarta le bout du canon à plasma.

— Ne t’inquiète pas, ajouta Miles, aucune de nos armes n’est chargée. Je ne tenais pas à ce qu’il y ait d’accident.

— J’aurais presque parié que c’était le cas, murmura Grégor. (Il jeta par-dessus son épaule un coup d’œil aux portes blindées.) Qu’aurais-tu fait si j’avais été en train de dormir debout ?

— J’aurais continué à parler. Tenté divers compromis. J’avais en réserve un tour ou deux de ma façon. Derrière l’autre porte, j’ai posté une patrouille avec des armes chargées. À la fin, si Cavilo n’avait pas mordu à l’hameçon, j’étais préparé à me rendre.

— C’est ce que je craignais.

De singuliers bruits étouffés parvinrent à travers les battants blindés.

— Elena, à toi de jouer ! ordonna Miles. Nettoie-moi ça. Capture Cavilo vivante si possible, mais je ne veux pas qu’un Dendarii meure pour avoir essayé. Ne cours pas de risques, ne crois pas un mot de ce qu’elle dira.

— Compris.

Elena salua de la main, puis fit signe à sa patrouille qui s’ébranla pour charger ses armes. Elena commença à conférer par le casque-radio avec son homologue dont la patrouille attendait de l’autre côté de Cavilo et avec le commandant de la navette de combat de l’Ariel qui se rapprochait, venant de l’espace.

Miles entraîna Grégor dans la coursive, l’éloignant le plus vite possible de la zone potentiellement dangereuse.

— À la salle de tactique. Je te mettrai au courant. Tu as des décisions à prendre. (Ils entrèrent dans un tube-ascenseur et montèrent. Miles respirait mieux à chaque mètre supplémentaire qu’il mettait entre Grégor et Cavilo.) Ma plus grande crainte, jusqu’à ce que nous nous parlions face à face, était que Cavilo ait vraiment réussi ce dont elle était sûre, autrement dit t’avoir obnubilé. Je ne voyais pas d’où elle pouvait tirer ses idées, sinon de toi. Je me demandais bien comment réagir dans ce cas-là, autrement qu’en jouant le jeu jusqu’à ce que je puisse te transmettre à des spécialistes plus calés à Barrayar. Si je survivais. J’ignorais combien de temps il te faudrait pour lire en elle.

— Oh ! j’ai tout de suite vu clair dans son jeu, répliqua Grégor avec un haussement d’épaules. Elle avait le même sourire avide que Vordrozda. Et une douzaine d’autres moins cannibales depuis. Je suis maintenant capable de déceler à un kilomètre un flatteur avide de pouvoir.

— Je m’incline devant mon maître en stratégie, dit Miles dont la main cuirassée esquissa un mouvement de génuflexion. Sais-tu que tu t’es sauvé tout seul ? Elle t’aurait reconduit jusque chez toi, même si je n’étais pas venu.

— C’était facile. (Grégor se rembrunit.) Cela impliquait seulement que je n’aie aucun sens de l’honneur.

Miles se rendit compte alors que le regard de Grégor était comme mort, dépourvu de la moindre expression de triomphe.

— On ne triche pas avec quelqu’un d’honnête. Homme ou femme, commenta Miles d’un ton hésitant. Comment aurais-tu agi, en admettant qu’elle t’ait ramené à bon port ?

— Cela dépend. (Le regard de Grégor se perdit dans le vide.) Au cas où elle se serait arrangée pour que tu sois tué, je l’aurais fait exécuter. (Grégor jeta un coup d’œil derrière lui quand ils sortirent de l’ascenseur.) C’est mieux comme ça. Peut-être… peut-être y a-t-il un moyen de lui donner sa chance.

Miles cligna des paupières.

— À ta place, je prendrais un maximum de précautions avant de donner à Cavilo n’importe quelle sorte de chance. Même avec des pincettes. Tu crois qu’elle le mérite ? Te rends-tu compte de ce qui se passe, du nombre de gens qu’elle a trahis ?

— En partie. Et pourtant…

— Pourtant quoi ?

Le ton de Grégor était bas au point d’être presque inaudible.

— J’aurais bien voulu qu’elle soit réelle.

— … et voilà quelle est la situation tactique actuelle dans l’espace territorial du Moyeu et de Vervain, d’après mes renseignements.

Ainsi Miles conclut-il sa présentation des faits à Grégor. Ils avaient la cabine de briefing de l’Ariel à eux seuls ; Arde Mayhew montait la garde dans le couloir. Miles avait commencé son analyse accélérée dès qu’Elena avait annoncé que les intrus avaient été maîtrisés. Il avait seulement pris le temps de se débarrasser de son armure mal adaptée à sa taille et de renfiler son uniforme gris dendarii.

Miles éteignit l’écran holovidéo au centre de la table. Comme il aurait aimé pouvoir suspendre de la même façon les événements et le temps réels, d’un seul coup de doigt sur une touche, pour arrêter leur terrible ruée !

— Tu remarqueras que nos plus grands points faibles dans notre réseau d’espionnage, c’est l’absence de renseignements précis sur les ressources en armes de Cetaganda. J’espère que les Vervani vont combler quelques-uns de ces manques si nous réussissons à les persuader que nous sommes leurs alliés, et les Rangers pourraient aider à en combler d’autres. D’une manière ou d’une autre.

« Maintenant… sire, la décision repose sur toi. Le combat ou la fuite ? Je peux à l’instant même détacher l’Ariel des Dendarii pour te conduire chez toi sans que cela nuise beaucoup au combat. La puissance de feu et le blindage, non pas la vitesse, vont compter là-bas plus que tout. La solution pour laquelle voteraient mon père et Illyan est à peu près évidente.

Non. (Grégor se secoua.) D’autre part, ils ne sont pas là.

— C’est vrai. Autre solution, à l’extrême opposé : désires-tu être le commandant en chef de cette calamité ?

Grégor eut un léger sourire.

— Quelle tentation ! Mais ne crois-tu pas qu’il y a une certaine outrecuidance à se lancer comme chef sans avoir d’abord appris à obéir aux ordres ?

Miles rougit un peu.

— Je… je me trouve en présence d’un dilemme semblable. Tu as rencontré la solution, son nom est Ky Tung. Nous allons conférer avec lui quand nous nous serons de nouveau transférés dans le Triomphe, tout à l’heure. (Miles marqua un temps.) Il y a deux autres choses que tu pourrais faire pour nous. Si tu le veux bien. Des choses pratiques.

Grégor se frotta le menton, observant Miles comme il aurait regardé une pièce de théâtre.

— Expose-moi ça, seigneur Vorkosigan.

— Légitime les Dendarii. Présente-les aux Vervani comme étant l’armée d’exploration de Barrayar. Je ne peux que bluffer. Ton souffle fait loi. Tu peux conclure un traité de défense légal entre Barrayar et Vervain… les Aslunders également, si nous pouvons les y inciter. Ta valeur la plus importante est – excuse-moi – diplomatique, pas militaire. Va à la station de Vervain et négocie avec ces gens-là. Et par là, j’entends négocier sérieusement.