Выбрать главу

— Tu es un homme plus brave que je n’aurais cru, dit-elle. Mais tu ne devrais pas te vanter de ce qui s’est passé devant trop de monde. L’important est qu’Agrippine est morte. Personne ne la pleurera. Cette putain d’Octavie, elle aussi, a reçu son dû. Après cela, Néron, n’osera jamais divorcer d’Octavie. C’est tout ce que je sais en fait de politique.

Cette dernière affirmation me surprit, mais Sabine posa sa main sur ma bouche.

— C’est le printemps, ô Minutus, murmura-t-elle. Les oiseaux chantent et les lions rugissent tant que le sol tremble sous nos pieds. Le désir ardent brûle ma chair, ô Minutus. Et j’ai décidé, après mûre réflexion, que nous devions avoir un enfant, pour la perpétuation de la gens flavienne et de ta famille. Je ne suis pas une femme stérile, et tu n’as pas de raison de m’infliger la douleur de fuir ma couche.

L’accusation était injuste mais sans doute avait-elle changé d’attitude à mon égard à cause de ce que j’avais fait, à moins que le terrible forfait n’eût ému sa féminité, comme certaines femmes le sont par la vue des incendies et du sang qui s’épanche sur le sable de l’arène.

Mon regard s’attarda sur son corps et il n’y avait rien en elle qui fût déplaisant, même si elle n’avait pas la peau aussi blanche que Poppée. Nous partageâmes la même couche deux nuits durant, ce qui ne nous était pas arrivé depuis longtemps mais je ne retrouvai pas l’extase des débuts de notre union. Sabine aussi était entre mes bras comme une statue de bois et elle finit par avouer qu’elle avait obéi plus à son sens du devoir familial qu’à un goût quelconque pour les plaisirs de la chair, en dépit du sourd râle des lions qui emplissait nos nuits.

Notre fils naquit huit mois plus tard. Je craignis que nous ne fussions contraints de l’abandonner, comme on le fait souvent pour les enfants prématurés. Mais il était en parfaite santé et bien proportionné et l’heureuse naissance suscita une grande allégresse dans la ménagerie. J’invitai nos centaines d’employés à un festin en l’honneur de mon premier-né. Je n’aurais jamais cru les rudes dresseurs de fauves capables de tant de tendresse pour un bébé.

En particulier, nous eûmes le plus grand mal à nous défaire du noiraud Épaphroditus qui ne cessait de s’introduire jusqu’à l’enfant pour le cajoler et en oubliait de nourrir ses fauves. Il insista même pour nous offrir une nourrice et je finis par accepter ce que je considérais comme un hommage.

De Claudia non plus, je ne parvins pas à me défaire. Quelques jours après, rentrant à l’improviste dans ma demeure de l’Aventin, je surpris tous mes domestiques, et jusqu’à Barbus, rassemblés dans le triclinium. Sur mon siège d’honneur, était assis le thaumaturge Céphas, entouré de quelques jeunes gens qui m’étaient inconnus.

L’un d’eux traduisait en latin les histoires que Céphas contait en araméen. Tante Laelia dansait de joie à travers la pièce, en claquant l’une contre l’autre ses mains noueuses. Ma fureur fut telle que je fus bien près de faire fouetter toute ma maisonnée, mais Claudia s’empressa d’expliquer que Céphas était sous la protection du sénateur Pudens Publicolus et vivait dans la maison de ce dernier, à l’écart des Juifs de l’autre côté du fleuve, de façon à ne pas créer de nouveaux conflits entre chrétiens et Juifs. Pudens était un vieil idiot mais c’était aussi un Valérien, je fus donc contraint de serrer les dents.

Céphas se souvenait parfaitement de notre rencontre à Corinthe. Il me salua amicalement. Il ne me demanda pas de partager sa foi mais je compris qu’il désirait me voir réconcilié avec Claudia et m’accommoder de la présence de celle-ci sous mon toit. Ce fut ce qu’il advint, d’une façon que je ne saurais expliquer. À ma grande surprise, je me retrouvai en train de serrer les mains de Claudia, de lui donner un baiser et même, qui l’eût cru ? je pris part à leur repas, car après tout, n’étais-je pas le maître sous mon toit ?

Je ne désire pas m’étendre davantage sur ce honteux épisode. Après cela, je demandai d’une voix sarcastique à Barbus s’il avait abandonné Mithra pour devenir chrétien. Il ne répondit pas directement à ma question et se contenta de marmonner :

— Je suis vieux. Les rhumatismes que j’ai ramenés de la guerre me tourmentent si horriblement que je ferais n’importe quoi pour échapper à ces douleurs. Et il m’a suffi de regarder cet ancien pêcheur pour qu’elles disparaissent chaque fois que j’ai bu de son vin et goûté de son pain, je me suis senti mieux pour plusieurs jours. Personne ne connaît mieux que les prêtres de Mithra les rhumatismes du légionnaire et pourtant ils n’ont pas réussi à me les guérir.

Deuxième partie

Julius, mon fils

V. Mais, pour laisser de côté les exemples anciens, venons-en aux athlètes tout récents, prenons les généreux exemples de notre génération. [2] C’est par l’effet de la jalousie et de l’envie que furent persécutés ceux qui étaient les colonnes les plus élevées et les plus justes et qu’ils combattirent jusqu’à la mort. [3] Jetons les yeux sur les excellents Apôtres : [4] Pierre, qui, victime d’une injuste jalousie, souffrit non pas une ou deux, mais de nombreuses fatigues, et qui, après avoir ainsi accompli son martyre, s’en est allé au séjour de gloire qui lui était dû. [5] C’est par suite de la jalousie et de la discorde que Paul a montré (comment on remporte) le prix de la patience. [6] Chargé sept fois de chaînes, banni, lapidé, devenu un héraut en Orient et en Occident, il a reçu pour sa foi une gloire éclatante. [7] Après avoir enseigné la justice au monde entier, atteint les bornes de l’Occident, accompli son martyre devant ceux qui gouvernent, il a quitté le monde et s’en est allé au saint lieu, illustre modèle de patience.

VI. À ces hommes dont la vie a été sainte vint s’adjoindre une grande foule d’élus qui, par suite de la jalousie, endurèrent beaucoup d’outrages et de tortures, et qui laissèrent par mi nous un magnifique exemple. [2] C’est poursuivies par la jalousie, que des femmes, les Danaïdes et les Dircés, après avoir souffert de terribles et monstrueux outrages, ont touché le but dans la course de la foi, et ont reçu la noble récompense, toutes débiles de corps qu’elles étaient.

Clément de Rome,

Épître I aux Corinthiens :

V-VI

Livre premier

POPPÉE

L’hypothèse de mon épouse se vérifia. Deux années s’écoulèrent avant que Néron n’osât songer sérieusement à divorcer d’Octavie. À son retour de Rome, après la mort de sa mère, il jugea plus politique d’éloigner Poppée du Palatin pour passer secrètement ses nuits avec elle. Il accorda son pardon à nombre d’exilés, rendit leur siège aux sénateurs déchus et distribua la colossale fortune héritée d’Agrippine. Mais les possessions, biens et esclaves d’Agrippine n’étaient pas très recherchés par l’aristocratie romaine. Néron en distribua la plus grande partie au peuple dans les loteries qui accompagnaient les spectacles du cirque.

Pour alléger sa conscience et flatter la plèbe, Néron alla jusqu’à suggérer au sénat d’abolir les impôts indirects. Certes, il concevait fort bien lui-même que cette mesure serait pure folie mais il plaça ainsi le sénat devant l’obligation, infâme aux yeux des citoyens, de rejeter sa suggestion.

La collecte des impôts fut profondément réformée et certaines taxes diminuèrent. La plus importante réforme fut qu’à l’avenir, chacun saurait sur quelle somme porterait l’imposition et de quelle manière il lui faudrait s’en acquitter. Les publicains qui tiraient d’énormes profits de l’ancien système ne goûtèrent guère le changement.