Выбрать главу

Il faisait tout nuit dans la piaule, j’avais soufflé la calebombe… Je m’allonge alors d’un coup sur le plume, tout habillé, je me repose… Je vais m’endormir tel que… Je me disais comme ça : « Toto, enlève pas ta pelure… tu pourras te casser à la première lueur… » J’avais plus rien à découvrir… tout mon truc était préparé. J’avais pris même des serviettes… Jonkind finalement il s’endort… Je l’entends qui ronfle… Je dirai « au revoir » à personne !… Ni vu ni connu !… J’aurai pas droit aux effusions !… Je commençais à somnoler !… Je me tapais un tout petit rassis… J’entends la porte qui tournique… Mon sang fait qu’un tour !… Je me dis « Gafe ! Toto ! Vingt contre un, que c’est les adieux !… T’es encore bidon ma caille !… »

J’entends un petit pas léger… un glissement… c’est elle ! un souffle ! Je suis fait Bonnard !… Je pouvais plus calter !… Elle attend pas ! Elle me paume en trombe, d’un seul élan sur le page ! C’est bien ça !… Je prends tout le choc dans la membrure ! Je me trouve étreint dans l’élan !… congestionné, raplati sous les caresses… Je suis trituré, je n’existe plus… C’est elle, toute la masse qui me fond sur la pêche… ça glue… J’ai la bouille coincée, j’étrangle… Je proteste… j’implore… J’ai peur de gueuler trop fort… Le vieux peut entendre !… Je me révulse !… Je veux me dégager par-dessous !… Je me recroqueville… j’arc-boute ! Je rampe sous mes propres débris… Je suis repris, étendu, sonné à nouveau… C’est une avalanche de tendresses… Je m’écroule sous les baisers fous, les liches, les saccades… J’ai la figure en compote… Je trouve plus mes trous pour respirer… « Ferdinand ! Ferdinand ! » qu’elle me supplie… Elle me sanglote dans les conduits… Elle est éperdue… Je lui renfonce dans la goulette, tout ce que je me trouve de langue, pour qu’elle gueule pas tant… Le vieux dans sa crèche il va sûrement sursauter !… J’ai la terreur des cocus… Y en a des horribles…

J’essaye de bercer sa douleur, qu’elle se contienne un peu… Je calfate au petit hasard !… je me dépense… je m’évertue… je déployé toutes les fines ruses… Je suis débordé quand même… elle me passe des prises effrénées… Elle en saccade tout le plumard ! Elle se débat la forcenée… Je m’acharne… J’ai les mains qui enflent tellement je lui cramponne les fesses ! Je veux l’amarrer ! qu’elle bouge plus ! C’est fait ! Voilà ! Elle parle plus alors ! Putain de Dieu ! J’enfonce ! Je rentre dedans comme un souffle ! Je me pétrifie d’amour !… Je ne fais plus qu’un dans sa beauté !… Je suis transi, je gigote… Je croque en plein dans son nichon ! Elle grogne… elle gémit… Je suce tout… Je lui cherche dans la figure l’endroit précis près du blaze, celui qui m’agace, de sa magie du sourire… Je vais lui mordre là aussi… surtout… Une main, je lui passe dans l’oignon, je la laboure exprès… j’enfonce… je m’écrabouille dans la lumière et la bidoche… Je jouis comme une bourrique… Je suis en plein dans la sauce… Elle me fait une embardée farouche… Elle se dégrafe de mes étreintes, elle s’est tirée la salingue !… elle a rebondi pile en arrière… Ah merde ! Elle est déjà debout !… Elle est au milieu de la pièce !… Elle me fait un discours !… Je la vois dans le blanc réverbère !… en chemise de nuit… toute redressée !… ses cheveux qui flottent… Je reste là, moi, en berloque avec mon panais tendu…

Je lui fais : « Reviens donc !… » J’essaye comme ça l’amadouer. Elle semble furieuse d’un seul coup ! Elle crie, elle se démène… Elle recule encore vers la porte. Elle me fait des phrases, la charogne !… « Good-bye, Ferdinand ! qu’elle gueule, Good-bye ! Live well, Ferdinand ! Live well !… » C’est pas des raisons…

Encore un scandale ! Putinaise ! Je saute alors du pageot !… Celle-là je vais la raplatir ! Ça sera la dernière ! Bordel de mon sacré cul ! Elle m’attend pas la fumière ! Elle est déjà dégringolée !… J’entends la porte en bas qui s’ouvre et qui reflanque brutalement !… Je me précipite ! Je soulève la guillotine… J’ai juste le temps de l’apercevoir qui dévale au bord de l’impasse… sous les becs de gaz… Je vois ses mouvements, sa liquette qui frétille au vent… Elle débouline les escaliers… La folle ! Où qu’elle trisse ?

Ça me traverse l’esprit en éclair, que ça va faire un vrai malheur !… Je me dis « Ça y est ! c’est bien pour ta gomme ! C’est la catastrophe mironton ! C’est bien pour tes fesses ! Ça fait pas l’ombre d’un poil ! merde ! Rantanplan !… Elle va se foutre à présent au jus !… » Je sentais que c’est couru ! Elle est possédée ! Merde !… Je pourrai t’y la rattraper ?… Mais j’y suis pour rien !… J’y peux rien !… J’entrave pouic moi dans ce manège… J’écoute… Je regarde par la lourde du couloir… si je l’aperçois pas sur les quais… Elle doit être parvenue en bas… Encore un coup ! encore des cris !… et puis des « Ferdinand » !… des autres… des clameurs qui traversent le ciel !… C’est encore elle la canasse, de tout en bas qu’elle glapit !… Elle est soufflée !… Bordel de vache ! Je l’entends de tout au fond du port ! Je me turlupine !… Je m’écarquille ! On dira que je savais des choses !… Sûrement que je vais être épinglé !… J’y coupe pas… À moi les menottes ! Je m’émotionne terriblement… Je vais secouer l’idiot dans son panier… Si je le laisse seul un instant et qu’il prenne encore la panique ?… il fera que des conneries en plus… il foutra le feu à toute la crèche… Saloperie ! Je le décanille… Je le décampe de son grillage… je le vire tel quel, en kimono… je le tire en vrac dans l’escalier…

Une fois dehors, dans l’impasse, je me penche au-dessus des rocailles, j’essaye de revoir jusqu’au pont, dessous les lumières… Où ça qu’elle peut bagotter ? En effet ! je l’aperçois bien… c’est une tache… Ça vacille à travers les ombres… Une blanche qui virevolte… C’est la môme sûrement, c’est ma folle ! Voltige d’un réverbère à l’autre… Ça fait papillon la charogne !… Elle hurle encore par-ci, par-là, le vent rapporte les échos… Et puis un instant c’est un cri inouï, alors un autre, un atroce qui monte dans toute la vallée… « Magne enfant ! que je rambine le gniard ! Elle a sauté notre Lisette ! Jamais qu’on y sera ! C’est nous les bons pour la mouillette ! Tu vas voir Toto ! Tu vas voir ! »

Je m’élance, je déferle à travers les marches, les espaces… Flac ! Comme ça ! D’un coup pile !… En plein au milieu de l’escalier ! Mon sang fait qu’un tour !… La réflexion qui me saisit. Je bloque ! Je trembloche ! Ça va ! Ça suffit. J’avance plus d’un pas !… Des clous ! Je me ravise ! Je gafe !… Je me repenche un coup sur la rampe ! J’aperçois… C’est plus très bas l’endroit du quai d’où ça venait… Ça grouille à présent tout autour !… Le monde rapplique de partout !…

L’esplanade est bondée de sauveteurs ! Il en radine encore d’autres. Ça discute… Ça se démène de tous les coins avec des perches, des ceintures et des canoës… Tous les sifflets, les sirènes se mettent ensemble à mugir… C’est un vacarme, c’est la bagarre !… Mais ils se débattent ! ils se dépensent… Ils attrapent rien… Le petit carré blanc dans les vagues… il est emporté toujours plus…

Je la vois, moi, encore, d’où je suis, très bien dans le milieu des eaux… elle passe au large des pontons… J’entends même comme elle suffoque… J’entends bien son gargouillis… J’entends encore les sirènes… Je l’entends trinquer à travers… Elle est prise par la marée… Elle est emmenée dans les remous… Ce petit bout de blanc dépasse le môle ! Ô ma tante ! Ô merde afur ! Elle a sûrement tout trinqué !… Accélère que je rambine le fiotte ! que je lui bourre le train au mignard ! Faut pas qu’on nous retrouve nous dehors !… Qu’on soye planqués quand ils reviennent… Ah dis donc !