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— Olivier ? Je suis dans la galerie, en face de la FNAC.

— O.K., je suis là. Je suis garé au parking du Palais. Je monte. On se rejoint ? Ascenseur du milieu !

Aucun sous-entendu dans sa voix, aucun piège apparent, Maline se retourna et avança d’une trentaine de mètres vers les trois grands ascenseurs qui menaient un étage plus bas à l’immense parking souterrain qui s’étendait sous une bonne partie de la vieille ville.

Une quinzaine d’autres personnes attendait à côté d’elle, les bras chargés de paquets. L’ascenseur de droite s’ouvrit le premier. Il était large, spacieux, il engloutit au moins dix personnes plus les paquets.

Celui de gauche s’ouvrit à son tour et les cinq dernières personnes s’engouffrèrent.

Cling !

Maline se retrouva seule, une seconde, devant les trois portes d’acier.

Cling !

Une lumière rouge à côté de la porte du centre s’éclaira.

La porte s’ouvrit.

Olivier était dans l’ascenseur, seul.

— Monte !

Maline lança un dernier coup d’œil désespéré autour d’elle. Personne. Puis fit un pas en avant.

Comment faire autrement ?

La porte de l’ascenseur se referma derrière elle.

Cling !

Seuls.

Olivier portait une ample chemise écrue à manches longues, sortie de son pantalon.

Il se tenait au fond de l’ascenseur, à plus d’un mètre d’elle.

L’ascenseur descendit.

Moins d’une seconde.

Il s’arrêta, brusquement.

Olivier tenait le doigt appuyé sur un bouton rouge, qui apparemment possédait le pouvoir de stopper immédiatement la course d’un ascenseur.

Un sentiment affolant, mélange indissociable de panique et d’excitation, saisit Maline.

50. L’abordage

17 h 16, ascenseur de l’espace du Palais

Olivier regardait Maline avec un regard pénétrant. En temps normal, Maline aurait adoré la situation.

Un amant qui bloque l’ascenseur.

La passion pressée des corps.

Se rajuster et sortir comme si de rien n’était, sous le regard suspicieux d’inconnus.

Mais elle n’était peut-être qu’une petite gourde qui allait finir poignardée dans l’ascenseur de l’espace du Palais, alors que tout le monde l’avait pourtant mise en garde.

— Qu’est-ce qu’il y a Maline ? fit la voix mielleuse d’Olivier. Ça ne va pas ?

Maline savait que le meurtrier avait été blessé au bras par Paskah Supandji… Elle se redressa, essaya d’adopter le visage d’une maîtresse-femme et ordonna d’une voix qu’elle aurait voulu plus rauque :

— Retire ta chemise, Olivier !

Levasseur, après un court instant d’étonnement, accepta de jouer le jeu avec délice. Sans prononcer un mot, il ôta lentement sa chemise, dévoilant son torse large et bombé.

Il n’était pas blessé au bras  ! 

Maline se sentit un peu rassurée… mais elle savait que le meurtrier poignardait ses victimes, qu’il portait donc une arme !

Sa voix descendit encore dans les graves :

— Retire ton pantalon, Olivier.

Le pantalon tomba.

Olivier Levasseur ne portait pas de poignard, ni rien d’autre sous son pantalon.

Un immense miroir faisait office de paroi au fond de l’ascenseur. Maline put vérifier, avec une vue panoramique à 360 degrés, que le beau Réunionnais n’avait pas d’autre arme que son corps de rêve.

Il posa son regard sur elle.

Si c’était un piège, il était trop tard.

Elle était prise.

Maline s’avança d’un mètre, respirant la peau de son amant, sans la toucher.

Lentement, elle leva ses mains, jusqu’à la hauteur de ses épaules, d’un geste gracieux de danseuse comme si elle était menacée par une arme. Toujours aussi délicatement, ses doigts se refermèrent sur ses deux paumes, à l’exception de ses deux index.

Ses deux longs doigts avancèrent vers ses épaules nues et passèrent sous les bretelles de la robe à fleurs. D’un mouvement lent, les doigts soulevèrent les deux fines bretelles de la robe, juste un peu, quelques centimètres.

Puis soudain les deux doigts se replièrent.

La robe tomba d’un coup, sans bruit.

Minuscule tissu.

Maline avança.

Le contact de la pointe de ses seins sur les pectoraux de l’homme électrisa son corps jusqu’à la plus infime portion de sa chair.

* * *

Morten Nordraak se posta rue des Boucheries Saint-Ouen, dans le prolongement de la rue du Père-Adam. Il était un peu loin mais il pouvait tout de même surveiller les entrées et les sorties du Libertalia. Il avait aussi sa longue-vue dans sa poche, c’était souvent très utile, autant qu’un couteau.

De son poste d’observation, il ne craignait pas qu’on le repère. Il alluma une cigarette, sans cesser de jeter des regards prudents autour de lui. Se faire interpeller par une patrouille serait stupide, mais à condition de repérer leur présence suffisamment à l’avance, il ne courait aucun risque.

Il fixa à nouveau la porte du Libertalia.

Il s’approcherait tout à l’heure, discrètement, quand la journaliste serait là.

* * *

Maline refit surface, place du marché aux fleurs, une demi-heure plus tard.

Légère.

Rouen était la plus belle ville du monde !

Après l’amour.

Le beau Réunionnais après un dernier baiser sur les lèvres, était reparti, laissant juste un parfum de vide dans l’espace clos de l’ascenseur.

Il avait rendez-vous lui aussi à 18 heures.

Son job !

Débordé.

Beau, libre et débordé.

Arrière-arrière-arrière-petit-fils de pirate, peut-être. Et alors ? Ça lui allait plutôt bien, cette descendance mystérieuse. Jamais désormais, Maline ne pourrait entrer dans l’espace du Palais, prendre l’ascenseur, sans revoir le film de leurs ébats en écran géant, dans le miroir du fond. Maline ne s’était aperçue qu’en sortant qu’il n’y avait pas de plafond à la cage d’ascenseur et que n’importe qui, en se penchant un peu, aurait pu les surprendre.

Cela ajouta, rétrospectivement, encore un peu à son émoi.

Son corps frissonnait encore. Elle marchait mécaniquement vers le Libertalia. Elle y serait dans quelques minutes. Il fallait qu’elle reprenne ses esprits, qu’elle retrouve sa vigilance, rapidement.

Ce double crime, ces menaces de mort, lui semblaient soudainement lointaines, comme un mauvais rêve. Il fallait qu’elle se secoue. Il s’agissait peut-être d’un piège, on l’avait suffisamment mise en garde.

Elle y était. La statue de la Liberté proposait toujours des consommations dans la rue, juste devant le Libertalia. Elle entra. Elle ne fut qu’à moitié rassurée. Il y avait à peine cinq clients dans le bar, deux couples, et Ramphastos, à sa place habituelle.

Le barman la reconnut et la salua. Il était seul. La majorité des clients, et donc également la serveuse sexy, ne devaient arriver qu’à la nuit tombante.

La douce musique brésilienne, la couleur bois et émeraude du décor, la calme fréquentation, rendaient le lieu paisible.

Si c’était un piège, il était bien dissimulé.

Maline alla directement s’installer près de Ramphastos. A vue de nez, et c’était le cas de le dire, il était déjà saoul. S’il simulait, alors, il était un acteur exceptionnel. Il ne sembla la reconnaître que lorsqu’elle fut sous sa barbe.

Maline avait davantage envie d’un café que d’une bière ou d’un rhum, mais elle commanda tout de même une pression, comme pour rassurer Ramphastos. Elle prit soin de s’asseoir non pas en face, comme l’autre soir, mais à côté de lui, dos au mur. Elle voyait ainsi l’ensemble du bar et une bonne partie de la rue, par la porte et les grandes fenêtres vitrées.