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L’homme se leva, mit sur pause le film et éteignit la télévision.

Il avait visionné ce film des dizaines de fois depuis cinq ans. Ces quatre jeunes matelots avaient cru chaque parole de ce vieil ivrogne ! Au cours des siècles, combien de milliers de marins avaient été ainsi enrôlés un soir dans une taverne par un conteur habile et des litres de bière ? Combien de jeunes garçons crédules s’étaient retrouvés embarqués sur des tombeaux flottants pour avoir écouté les récits de voyages d’un vieux loup de mer ?

Ce soir-là, les quatre matelots qui s’étaient retrouvés par hasard dans ce bar face à Ramphastos avaient pris au pied de la lettre toutes les révélations du vieux marin. Ils avaient cru à ses récits, à leur chance, à leur fortune.

La destinée avait placé devant eux cet ivrogne trop bavard !

Pendant les heures qui avaient suivi, ils n’avaient dû penser qu’à cela, au butin, au fameux butin accumulé au cours des siècles par les pirates de la vallée de la Seine, protégé par la malédiction.

Avant de se séparer, quelques jours plus tard, les quatre matelots avaient sans doute juré entre eux de garder le secret, s’étaient tatoués mutuellement pour signer le pacte, la chasse-partie, s’étaient donné cinq ans pour rechercher les indices et avaient pris rendez-vous en 2008 pour se partager le butin en quatre parts égales.

Pauvres fous  ! 

Avaient-ils seulement écouté Ramphastos ? La malédiction ? « Seul découvrira le butin celui qui cherche à le protéger, l’enrichir, pas le piller » !

Croyaient-ils réussir à trouver en une seule soirée ce que lui cherchait depuis plus de trente ans ?

Croyaient-t-ils être dignes en quelques jours de cette quête à laquelle il se préparait depuis si longtemps ?

L’homme regarda encore sa montre.

Pourquoi Marine ne l’appelait-elle pas ? S’était-il passé quelque chose ?

Non, il était encore trop tôt… Elle allait appeler, il fallait juste qu’il soit patient.

Il se leva et alla vérifier si le téléphone était bien raccroché… Il l’était.

Il devait lutter contre cette envie irrésistible de se rendre sur place, d’aller voir par lui-même. Il savait qu’il était inutile de prendre des risques, maintenant.

Marine allait appeler.

59. Entre les mailles

6 h 24, berges de la Seine, La Bouille

La main de Maline tomba mollement le long de son corps. Olivier Levasseur, déçu de l’interruption inattendue de la caresse dans son dos, se retourna vers elle. Il perçut son regard bouleversé, mais n’eut pas le temps de questionner la journaliste :

— Excuse-moi, fit Maline d’une voix blanche. Je reviens tout de suite !

Maline venait de voir disparaître la fille blonde au bonnet de laine dans le bungalow de chantier. Elle ne devait pas la perdre de vue, à aucun prix !

Maline s’approcha, prudemment. Elle était encore à une cinquantaine de mètres du bungalow lorsqu’elle aperçut la jeune fille ressortir du bâtiment qui servait de vestiaire improvisé aux plongeurs. La fille tenait entre ses mains un petit sac à main de toile bleu clair.

Maline la suivit du regard.

Ne pas la perdre, ne pas se faire repérer.

La jeune fille s’éloignait un peu de l’épicentre de la cohue. Elle marcha quelques mètres sur la promenade le long de la Seine et lorsqu’elle fut suffisamment à l’abri des oreilles indiscrètes, sortit un téléphone portable. La conversation ne dura pas plus de trois minutes.

La fille raccrocha, rangea son téléphone dans le sac et rebroussa chemin. Maline, toujours attentive, mais dissimulée dans la foule des agents de police et des plongeurs occupés à faire place nette sur les lieux, observa la fille se rapprocher.

La fille entra à nouveau dans le bungalow, l’air le plus naturel du monde, et en ressortit quelques instants plus tard.

Sans le sac.

Elle réajusta machinalement son bonnet de laine duquel une mèche blonde s’échappait. Un étrange bonnet de laine, un peu ridicule, incongru sur sa silhouette élancée. A l’examen de son visage, la fille devait avoir une trentaine d’années, mais son corps supportait la comparaison avec ceux de filles de vingt ans. Maline vit la plongeuse empoigner avec une belle énergie une bouteille d’oxygène posée devant le baraquement, la caler fermement entre ses bras et sa poitrine et se diriger lentement avec sa lourde charge vers une remorque dans laquelle les plongeurs rangeaient le matériel, cent mètres plus loin.

Elle en avait au moins pour quelques minutes !

L’occasion était trop belle.

Sans davantage réfléchir, pendant que la fille lui tournait le dos et s’éloignait à pas lents, Maline se précipita vers le bungalow.

Elle entra.

Le bungalow était constitué d’une seule grande pièce. C’était visiblement le vestiaire féminin. Deux plongeuses, qui terminaient de se rhabiller, lui lancèrent un « salut » amical, celui de la complicité de ceux qui ne se connaissent pas mais viennent de produire ensemble le même effort physique.

Maline essaya de conserver l’air le plus naturel possible. Il n’y avait qu’une quinzaine de sacs dans le vestiaire, elle repéra presque immédiatement, en face d’elle, le petit sac à main bleu ciel. Elle traversa le vestiaire, suivie du regard par les deux plongeuses, et se pencha, sans hésiter, sur le sac à main.

— Je peux t’aider ? fit une voix dans son dos.

Un frisson glaça Maline.

Elle se retourna, lentement, saisie d’une terrible angoisse.

La question ne s’adressait pas à elle !

Une des plongeuses demandait simplement à l’autre de nouer dans son dos les bretelles d’un caraco. Les deux filles semblaient même avoir oublié sa présence. Maline, sans prendre le temps de souffler, se pencha à nouveau, ouvrit le sac à main, attrapa le téléphone portable et sortit en essayant de combiner une démarche naturelle avec son envie de s’éloigner le plus rapidement possible.

— Salut, fit la fille au caraco.

— Salut !

Maline ressortit du bungalow.

Elle tourna la tête : la jeune fille au bonnet progressait lentement et n’était pas encore parvenue à la remorque !

Elle ne se doutait de rien.

Maline traversa à nouveau l’agitation du parking où des dizaines d’agents de police rangeaient tout le matériel déployé. Elle s’éloigna d’une centaine de mètres, remontant vers l’église du village et la route départementale. Elle restait à portée de vue mais put sortir tranquillement le téléphone portable dérobé.

Elle avait son idée, toute simple, sans risque.

Ainsi, elle saurait !

En quelques touches, Maline entra dans le menu journal des appels et demanda le rappel du dernier numéro.

Une sonnerie. Une autre.

— Allo ?

Maline laissa venir.

— Allo, c’est toi Marine ?

Maline reconnut la voix. Elle ne s’était pas trompée !

Elle connaissait le meurtrier !

— Allo, Marine ? C’est toi ? Je ne t’entends pas ?

Maline ne voulait prendre aucun risque. Elle ne devait pas parler afin que son interlocuteur ne puisse pas l’identifier. Elle en savait assez désormais. Elle pouvait distinguer le commissaire Paturel, cent mètres plus bas, en grande conversation avec ses inspecteurs.

Elle allait raccrocher, les mettre au courant. Ils n’auraient ensuite qu’à cueillir les véritables criminels !

— Allo ? Ce n’est pas toi, Marine ? Qui est à l’appareil ?

Ne pas parler. Raccrocher  !