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— Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? Répondez !

Raccrocher avant qu’il ne se méfie, qu’il ne file.

— Qui êtes-vous ?

Un silence. Puis la voix claqua, au moment même où Maline allait refermer le téléphone :

— Vous êtes Maline Abruzze ? Forcément… Vous étiez la seule à pouvoir reconnaître Marine ! J’aurais dû me méfier. Où est Marine ?

Maline encaissa le coup, mais garda le silence. Elle ne risquait rien, elle avait l’avantage, elle était en sécurité. La voix continua, parlant plus fort dans le téléphone :

— Où est Marine ?

Aucune réponse. La voix se calma, se fit inquiète :

— Vous avez prévenu la police ?

Silence.

— Non… Vous ne l’avez pas encore fait ! O.K., écoutez-moi, ne la prévenez pas, pas encore, je vais tout vous expliquer. Il faut qu’on se rencontre, où vous voulez, dans un endroit sans danger pour vous. Je vais tout vous expliquer. Mais ne parlez pas à la police, ne dénoncez pas ma fille à la police. Laissez-moi une chance de vous expliquer.

— O.K., fit Maline d’une voix sèche et rapide. Rendez-vous sur les quais de Rouen devant le Surcouf, à côté du Cuauhtémoc, dans une demi-heure. Venez seul !

Maline raccrocha.

Elle n’avait bien entendu aucune envie de se rendre à ce rendez-vous, de tomber dans ce piège grossier ! Elle allait prévenir la police, le commissaire était devant elle, à portée de vue. Avec de la chance, si le meurtrier était aussi paniqué qu’il le paraissait au téléphone, les flics n’auraient qu’à le cueillir comme une fleur devant le Surcouf.

Maline se sentit légère, fière.

Elle avait gagné  ! 

Elle fit quelques pas vers le parking lorsque le téléphone portable sonna à nouveau.

Elle s’arrêta, surprise.

Par réflexe, elle décrocha.

C’était lui  ! 

— Allo, Maline Abruzze ? C’est encore moi…

Dans l’intonation du meurtrier, la panique avait laissé place à un inquiétant timbre ironique.

Ne pas entrer dans le jeu, ne pas répondre  ! 

— Excusez-moi Mademoiselle Abruzze, je manque à tous mes devoirs. Pour le rendez-vous au Cuauhtémoc, j’aurais pu vous proposer de vous emmener !

Maline ne dit toujours rien, méfiante. Où voulait-il en venir ? Maline devait tendre l’oreille, il y avait une sorte d’écho dans les paroles qu’elle entendait dans le téléphone. Le tueur continua sur le même ton :

— Ne soyez pas timide, on peut faire la route ensemble. C’est moi qui conduis ! Dites-moi où vous souhaitez que je passe vous prendre ?

Ce type la prenait pour une gourde  !

Cet écho dans son oreille était de plus en plus net.

— Vous ne pouvez pas refuser ! fit encore la voix du tueur.

Maline fut soudain saisie d’effroi.

Elle n’avait pas entendu les derniers mots prononcés par le tueur dans l’écouteur de son téléphone… mais dans son dos !

L’instant suivant, elle sentit le canon d’un revolver se planter dans le bas de ses reins.

— Ne bougez pas, fit la voix. Pas un mot, pas un cri ! Vous savez comme moi que je ne bluffe pas, que je peux tuer, que je l’ai déjà fait.

Maline le savait. Elle tremblait, prise à son propre piège.

Son corps ne répondait plus.

Pourtant, la police était là, à cent mètres, des centaines de flics armés !

— Si vous tirez, fit Maline d’une voix qu’elle voulut assurée, vous ne vous en sortirez pas. Il y a des flics partout.

— Si je vous laisse filer, fit la voix dans son dos, je n’ai aucune chance. Marine non plus. Si je vous tue, il nous reste une petite chance… Je crois que vous n’avez encore rien dit à la police, alors suivez-moi, on quitte les lieux.

Maline regardait médusée les centaines de policiers devant elle. Si proches. Tous occupés à fêter leur triomphe. Un petit-déjeuner improvisé s’organisait sur les berges de la Seine, café et pain frais.

Pas un ne regardait dans sa direction.

— Suivez-moi, insista la voix dans son dos. Si vous faites un geste, si un flic se retourne vers nous et comprend, vous mourrez dans la seconde ! Ne jouez pas avec le feu, suivez-moi !

Maline lança un dernier regard désespéré vers le parking. Elle avait repéré les silhouettes tournées vers la Seine d’Olivier Levasseur, du commissaire Paturel, des inspecteurs. Mais elle n’espérait qu’une chose, maintenant : qu’ils ne se retournent pas !

Car alors, ce fou l’abattrait sur place. Elle en avait la certitude. Ses jambes peinaient à la porter, elle savait que si elle quittait ce lieu, ce tueur allait l’abattre quelque part, abandonner son corps dans un coin sordide. Pourtant, elle n’avait pas le choix.

— Je vous suis, fit Maline d’une voix presque inaudible.

Ils marchèrent quelques mètres vers la sortie de La Bouille. Le tueur se tenait toujours dans son dos, braquant son arme :

— J’ai longtemps hésité à venir, précisa l’homme. Cette histoire de trésor trouvé dans les carnets secrets de Ramphastos ressemblait trop à un piège grossier. Mais la curiosité a été la plus forte, il a fallu que je vienne voir de moi-même, je n’ai pas pu attendre tranquillement chez moi le coup de téléphone de Marine. Lorsqu’elle m’a appelé, j’étais déjà dans la descente de La Bouille, les flics viennent de la rouvrir. Lorsque vous m’avez appelé, j’étais en train de me garer, j’ai fait simplement durer un peu la conversation pour vous repérer…

Maline se sentait stupide, des larmes de dépit montaient en elle. Elle avait eu toutes les cartes en main et s’était laissé berner stupidement.

Le tueur lui fit signe de s’arrêter. Au bord de la route, une petite camionnette Renault Kangoo frigorifique blanche était garée.

— Montez dans le frigo !

Maline tenta de réagir :

— Où m’emmenez-vous ?

Le canon du revolver s’enfonça un peu plus dans son dos et la voix du tueur se fit plus ironique encore :

— Je suis certain que cela va beaucoup vous plaire, mademoiselle Abruzze. Vous serez aux premières loges pour le départ de la parade. Un endroit où personne ne songera à vous chercher… Par contre, j’espère que vous n’avez pas le vertige ! Allez, montez là-dedans !

60. Café froid

6 h 57, berges de la Seine, La Bouille

Olivier Levasseur cherchait Maline des yeux.

« Je reviens tout de suite », avait-elle dit… Il y a plus de trente minutes.

Puis elle s’était évanouie dans la foule, Olivier l’avait perdue de vue, n’y avait pas prêté attention. Maintenant, il était inquiet.

Le chargé de relations presse apostropha le commissaire Paturel devant la table du petit-déjeuner improvisé :

— Maline a disparu !

Le commissaire Paturel avait encore la bouche pleine de miettes de croissant et la mine réjouie du salarié qui fête le départ en vacances. Il prit une pose amusée :

— Elle ne doit pas être loin. Avec plus de dix flics au mètre carré, il ne peut pas lui arriver grand-chose… Mais je crois que c’est une fille que vous allez avoir du mal à attacher à un piquet, Monsieur Levasseur.

L’humour de Gustave Paturel se perdit dans les yeux brouillés d’Olivier Levasseur :

— Je ne plaisante pas, commissaire. Je suis vraiment inquiet.

— Allons allons, Levasseur, vous êtes un grand garçon, Maline est une grande fille…

— Vous ne comprenez pas, commissaire. Tout à l’heure, quand elle m’a laissé, brusquement, sans raison, on aurait dit que ses yeux avaient vu un spectre.