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L’instinct du flic se réveilla immédiatement chez Paturel. Le nouveau croissant s’arrêta à dix centimètres de sa bouche.

— Vous l’avez vu, ce spectre ? Il ressemblait à quoi ?

— Une fille… Une plongeuse qui enfilait un bonnet de laine sur sa tête. Je sais, ça à l’air ridicule mais…

Le commissaire d’un geste lui fit signe de se taire. Un sentiment de panique montait en lui. Nordraak avait une complice, la fameuse fille blonde qui avait entraîné Mungaray hors de la Cantina, pris la place de Sergueï Sokolov sur le Mir, une serveuse du Surcouf selon Joe Roblin. Ils avaient vérifié hier sur le Surcouf, aucune serveuse ne correspondait, c’était une impasse. Jusqu’à présent, même s’ils avaient exploré jusqu’au bout toutes les pistes possibles, il ne s’agissait que d’un personnage secondaire dans cette histoire, une fille que Morten Nordraak avait pu séduire, pas une tueuse…

Paturel empoigna Levasseur :

— Elle était comment cette fille ? Blonde ?

— Oui, bredouilla le Réunionnais.

— Plutôt bien foutue ? Surtout de dos ?

— Oui… Mais…

Le commissaire ne lui laissa pas le temps de répondre et continua :

— C’était il y a combien de temps ?

— Bien… Trente minutes environ.

— Putain !

Le commissaire Paturel se précipita vers les inspecteurs Stepanu et Cadinot, eux aussi occupés à déjeuner :

— Ovide, Colette, vous me prenez autant d’hommes que vous pouvez et vous me fouillez le coin, mètre par mètre. On recherche deux personnes. Maline Abruzze et une plongeuse, plutôt bien foutue, qui pourrait porter un bonnet de laine sur ses cheveux blonds.

Quelques dizaines de policiers allaient boire froid leur café… Ou ne pas le boire du tout…

Moins d’un quart d’heure plus tard, l’ensemble de la zone et des alentours avait été passé au peigne fin.

Rien !

Aucune trace de Maline ou de la fille au bonnet !

Le commissaire Paturel convoqua sa garde rapprochée dans un bungalow-bureau qui servait de central informatique pendant l’opération de La Bouille.

— Colette, demanda avec autorité le commissaire, c’est toi qui as coordonné le recrutement des plongeurs ? Combien y avait-il de femmes dans le groupe ?

Colette Cadinot n’eut pas besoin de consulter ses fichiers informatiques. Elle connaissait la réponse :

— On avait cent treize plongeurs, dont exactement dix-neuf femmes. Si la fille repérée sur le site était en tenue de plongée, c’est qu’elle avait une accréditation officielle, sinon elle n’aurait pas pu entrer. Elle est donc forcément sur ma liste !

L’inspectrice ouvrit un fichier sur l’ordinateur face à elle et continua :

— J’ai les âges et les adresses de toutes les plongeuses ! On a fait des recherches sur chacune, aussi rapidement que l’on a pu en une journée. Mais aucune n’avait le moindre rapport avec le Surcouf, j’ai vérifié.

— O.K., fit Paturel. Tu n’y es pour rien. C’était même le but de l’opération, l’attirer ici, on peut penser que l’on a réussi. Maintenant, il faut l’identifier ! Levasseur, pour vous qu’elle âge avait cette fille ?

Olivier Levasseur essaya de se concentrer :

— Je dirais la trentaine. Peut-être moins…

— O.K., fit le commissaire. Colette, tu m’élimines de ta liste toutes les plongeuses qui ont moins de vingt ans et plus de quarante. Il t’en reste combien ?

Colette Cadinot effectua les tris sur son tableur aussi rapidement qu’elle put :

— On descend à onze, répondit l’inspectrice.

— Colette, tu m’imprimes cette liste de onze noms. On boucle la zone et on recense toutes celles qui sont encore là. Vous me vérifiez les papiers d’identité. La plupart sont encore au petit-déjeuner, je suppose. Avec de la chance, la seule qui manquera sera notre fille !

La brutale incursion de la police dans l’ambiance champêtre et conviviale autour des berges de Seine provoqua la stupeur. Chaque rare femme, généralement galamment accompagnée, se retrouva brusquement encerclée par plusieurs agents de police.

A peine trois minutes plus tard, le commissaire Paturel avait sa réponse : parmi la liste de onze plongeuses, sept étaient encore sur place.

Gustave Paturel se pinça les lèvres.

— Il nous reste quatre noms ! C’est forcément une des quatre ! Vas-y Colette, détaille-nous la liste.

Colette Cadinot lut les détails qu’elle possédait :

— Carole Goncalves, 31 ans, 19, route des Roches à Orival, qui vient du club subaquatique de la région d’Elbeuf ; Sophie Bouvier, 24ans, 5, boulevard Clemenceau au Havre, qui vient du club de plongée Paul Eluard ; Marine Barbey, 35 ans, 12, rue d’Ecosse, de Normandie plongée ; Virginie Poussart, 25 ans, résidence du Panorama, Mont-Saint-Aignan, de l’A.S.U.R Université de Rouen.

Le commissaire Paturel regarda sa montre. Il n’hésita pas une seconde :

— Putain, on n’a pas le choix ! Si Maline Abruzze est en danger, il faut foncer. On lui doit bien ça ! On s’occupe d’une fille chacun. Colette tu te charges de retrouver cette Carole Goncalves, Jérémy, tu prends Sophie Bouvier, Ovide, tu t’occupes de Virginie Poussart et je me charge de Marine Barbey. On prend chacun trois agents avec nous. S’il n’y a personne aux adresses, on entre tout de même et on fouille ! Levasseur, vous gardez ouvert votre téléphone portable. Vous êtes le seul à pouvoir identifier avec certitude la fille, on va avoir besoin de vous.

La peau cuivrée du Réunionnais n’avait jamais été si blanche.

61. Entre ciel et Seine

6 h 59, quais de Rouen

La Renault Kangoo frigorifique blanc se gara sur les quais presque déserts de Rouen, près du Musée maritime. Maline vit brusquement la porte du camion frigorifique s’ouvrir et une arme se pointer sur elle.

— Retournez-vous !

Allait-il l’abattre ici, dans ce camion ? La peur la paralysait. Maline n’arrivait pas à organiser ses pensées, trouver une solution pour essayer de s’en sortir.

— Retournez-vous, insista la voix.

Maline se retourna vers le mur froid. Heureusement, le mode congélation à l’intérieur du véhicule n’était pas en route. Elle percevait la présence du tueur dans son dos.

Qu’allait-il faire ? Sa vie allait-elle s’arrêter là, dans ce fourgon, sur ces quais déserts ? La sueur ruisselait dans son dos.

— Donnez-moi vos poignets, ordonna la voix.

L’ordre soulagea Maline, il ne voulait pas en finir tout de suite. Elle tendit ses mains et sentit une corde entailler sa chair. L’homme liait ses mains dans son dos. Il serra la corde à l’aide d’un nœud marin complexe.

— Bien, avancez maintenant, doucement. Je reste derrière vous, on avance collés, comme des amoureux.

Il se plaqua à elle et ils avancèrent de quelques mètres. Les quais étaient toujours déserts. Devant eux, l’impressionnante pile blanche du pont Gustave Flaubert, haute de plus de quatre-vingts mètres, les dominait. Maline remarqua que la circulation était coupée : vraisemblablement, le double tablier du pont levant allait bientôt se soulever, pour laisser passer les trois-mâts. Le passage des voiliers sous le tablier du plus grand pont levant d’Europe, inauguré quelques semaines plus tôt, devait être la plus belle image de l’Armada 2008. Le tablier du pont se soulevait à l’horizontale, formant à son apogée, cinquante-cinq mètres, le plus somptueux des arcs de triomphe à la gloire de la marine.