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Des sirènes. Il entend des sirènes. Encore des cris. Quelqu’un gueule à quelqu’un d’autre de s’occuper de monter les chevalets.

« Quel prêteur sur gages ?

— King Virtue Pawn & Loan, sud de MLK. Tu vois où ?

— Ouais…

— Et devine qui est le propriétaire ? » Mais Pete est bien trop excité pour lui laisser une chance de deviner. « Alonzo Moretti ! Tu piges ? »

Non, Hodges ne pige pas.

« Moretti est le petit-fils de Fabrizio Abbascia, Bill ! Fabby le Nez ! Ça y est, ça commence à s’éclaircir ? »

Au début, non, parce que lorsque Hodges a été interrogé par Pete et Isabelle, il a simplement pioché le nom d’Abbascia dans son tiroir mental de vieilles affaires non élucidées impliquant quelqu’un susceptible de nourrir de l’animosité envers lui… et des comme ça, il y en a eu plusieurs centaines par le passé.

« Pete, le King Virtue appartient à des noirs. Comme tous les commerces du secteur.

— Mon cul ! Le nom de Bertonne Lawrence est sur l’enseigne, mais il y a un accord de location, Lawrence est une façade, et il est en train de cracher. Tu veux savoir le meilleur ? On a notre part dans la saisie : une de nos patrouilles a découvert le truc une semaine environ avant la date choisie par l’ATF pour boucler ces trafiquants. Tous les inspecteurs du département sont là. Le Chef est en route, avec une caravane de presse plus longue que la parade de Thanksgiving de Macy’s ! Pas question que les Feds se l’accaparent, celle-là ! Pas question  ! »

Cette fois son rire est carrément dément.

Tous les inspecteurs du département, se dit Hodges. Ce qui laisse quoi pour Mr Mercedes ? Des clous, voilà quoi.

« Bill, faut que j’y aille. C’est… mon vieux, c’est phénoménal  !

— Ouais, sûr, mais d’abord, tu pourrais me dire ce que ça a à voir avec moi ?

— Ben, ce que tu disais. Ta voiture piégée c’était une vengeance. Moretti épongeant la dette de sang de son grand-père. En plus des fusils d’assaut, des mitrailleuses, des grenades, des pistolets et toute la quincaillerie assortie, il y a au moins cinquante caisses de Detasheet Hendricks Chemicals. Ça te dit quelque chose ?

— Explosif en feuilles ?

— Ouais. Qui s’utilise avec des détonateurs à l’azoture de plomb, et on sait déjà que c’est ce type de détonateur qui a été utilisé dans ta voiture. On a pas encore l’analyse chimique de l’explosif lui-même, mais dès qu’on l’aura, tu verras que ça sera du Detasheet. J’en mets ma main au feu. T’es un putain de sacré veinard, Bill.

— J’avoue, dit Bill. C’est vrai. »

Il voit d’ici la scène devant King Virtue : flics et agents de l’ATF partout (déjà en train de se disputer la juridiction) et d’autres ne cessant d’arriver. Lowbriar fermé à la circulation, MLK Avenue sans doute aussi. Des foules grossissantes de badauds. Le Chef de la Police et autres grosses légumes du même acabit en route pour les rejoindre. Le maire ne loupera pas sa chance de faire un discours. Et puis tous ces journalistes, ces équipes télé, et les véhicules de retransmission en direct. Pete n’en peut plus d’excitation, alors est-ce que Hodges va se lancer dans une histoire longue et compliquée à propos du Massacre du City Center et d’un site de rencontre appelé le Parapluie Bleu de Debbie, et d’une mère morte qui s’est probablement soûlée à en crever, et d’un réparateur d’ordinateurs en fuite ?

Non, décide-t-il. Pas envie de me lancer là-dedans.

Alors il souhaite bonne chance à Pete et raccroche.

17

Quand il revient dans la cuisine, Holly n’y est plus, mais il l’entend parler. Holly la Marmonneuse s’est muée en Holly Prédicatrice de Revival, on dirait. Sa voix a clairement la cadence propre aux invocations à Notre-Seigneur-Dieu-Tout-Puissant, du moins pour le moment.

« Je suis avec Mr Hodges et son ami Jerome, est-elle en train de dire. Ce sont mes amis, maman. Nous avons partagé un sympathique déjeuner. Maintenant ils me montrent les hauts lieux de la ville et ce soir nous partagerons un sympathique dîner. Nous parlons de Janey. J’ai le droit de faire ça si je veux. »

Même dans son état de confusion quant à leur situation présente et son infinie tristesse concernant Janey, Hodges se réjouit d’entendre Holly tenir tête à Tante Charlotte. Il ne peut pas avoir la certitude que ce soit la première fois, mais sur la tête du Dieu vivant, ça se pourrait bien.

« Qui a appelé qui ? demande-t-il à Jerome avec un signe de tête vers la voix.

— C’est Holly qui a appelé, mais c’était mon idée. Elle avait éteint son téléphone pour pas que sa mère l’appelle. Il a fallu que je lui dise qu’elle risquait de prévenir les flics pour qu’elle accepte.

— Et alors, qu’est-ce que ça peut faire  ? dit maintenant Holly. C’était la voiture d’Olivia et ce n’est pas comme si je l’avais volée. Je rentre ce soir, maman. En attendant, laisse-moi tranquille ! »

Elle revient dans la pièce, les joues empourprées, du défi dans le regard, rajeunie de plusieurs années, et décidément jolie.

« Vous déchirez, Holly », lui dit Jerome. Et il lève la main pour qu’elle lui claque la paume.

Holly ignore son geste. Ses yeux — toujours flamboyants — sont fixés sur Hodges. « Si vous appelez la police et que ça me crée des ennuis, je m’en fiche. Mais si vous ne l’avez pas encore fait, sachez que vous ne devriez pas le faire. Ils ne pourront pas le retrouver. Nous on peut. Je sais qu’on peut. »

Hodges se rend compte que s’il y a quelqu’un sur cette terre pour qui capturer Mr Mercedes est plus important que pour lui, alors ce quelqu’un est Holly Gibney. Peut-être pour la première fois de sa vie, elle fait quelque chose qui compte. Et avec des gens qui l’apprécient et la respectent.

« Je vais le garder pour nous encore un peu. Principalement parce que les flics sont occupés ailleurs cet après-midi. Le plus drôle — ou devrais-je dire le plus ironique —, c’est qu’ils pensent que ça a quelque chose à voir avec moi.

— De quoi vous parlez ? » demande Jerome.

Hodges jette un coup d’œil à sa montre et voit qu’il est deux heures vingt. Ils sont restés là suffisamment longtemps. « Retournons chez moi. Je vous raconterai en route, et on repassera tout ça en revue. Si on n’a aucune nouvelle piste, je devrai rappeler mon collègue. Je ne veux pas risquer un nouveau spectacle d’horreur. »

Le risque est pourtant bien là et il voit à leur mine que Jerome et Holly le savent aussi bien que lui.

« Je suis allée dans le petit coin bureau contigu au salon pour appeler ma mère, dit Holly. Mrs Hartsfield a un ordinateur portable. Si nous allons chez vous, je veux l’emporter.

— Pourquoi ?

— Je pourrai peut-être trouver comment entrer dans les ordinateurs de son fils. Elle a pu noter ses commandes clavier ou vocales.