Выбрать главу

Mais tout ça, c’est plus son problème. Et puis, les profondeurs du pont sont désertes et Pete l’attend. Hodges pousse la porte du restaurant et quand Elaine, au comptoir, l’accueille avec le sourire et en l’appelant par son nom (bien qu’il ne soit pas venu depuis des mois — peut-être même un an), il est agréablement surpris. Bien sûr, Pete est installé sur l’une des banquettes, lui faisant déjà signe de la main, et c’est sûrement lui qui lui a rafraîchi la mémoire, comme disent les avocats.

Hodges lève la main en retour et quand il arrive à hauteur de la banquette, Pete est déjà debout, bras grands ouverts pour une étreinte fraternelle. Ils se tapent dans le dos le nombre de fois requis puis Pete lui dit qu’il a bonne mine.

« Tu connais les trois Âges de l’Homme ? » demande Hodges.

Pete secoue la tête, arborant un large sourire.

« L’enfance, l’âge adulte et t’as une putain de bonne mine. »

Pete éclate de rire et demande à Hodges ce que dit une blonde quand elle ouvre un paquet de Cheerios. Hodges dit qu’il ne sait pas. Pete ouvre de grands yeux écarquillés et dit : « Oh ! Regarde toutes ces mignonnes petites graines de donuts ! »

À son tour, comme le veut la coutume, Hodges éclate de rire (bien qu’il ait déjà entendu des Blagues de Blondes plus spirituelles), et une fois débarrassés des civilités, ils s’assoient. Un serveur approche — pas de serveuse chez DeMasios’, seulement des vieux messieurs en tabliers immaculés noués bien haut autour de leurs étroites poitrines de poulets — et Pete commande un pichet de bière. De la Bud Lite, pas de l’Ivory Special. Quand elle arrive, Pete lève son verre.

« À toi, Billy, et à la vie après le travail.

— Merci. »

Ils trinquent et boivent. Pete demande des nouvelles d’Allie et Hodges des enfants de Pete. Leurs épouses, toutes deux de la catégorie des ex-, sont évoquées (comme pour se prouver mutuellement — et à eux-mêmes — qu’ils n’ont pas peur d’en parler) puis bannies de la conversation. La commande est enregistrée. Quand les plats arrivent, ils ont eu le temps de passer en revue les petits-enfants de Pete et d’analyser les chances de victoire des Indians de Cleveland, qui se trouve être l’équipe de ligue majeure la plus proche. Pete a pris des raviolis, Hodges des spaghettis à l’ail et à l’huile d’olive, comme toujours quand il vient ici.

La moitié de ces bombes caloriques ingurgitées, Pete sort un bout de papier de sa poche de chemise et, non sans cérémonie, le pose à côté de son assiette.

« C’est quoi ? demande Hodges.

— La preuve que mon sixième sens de détective est toujours aussi aigu. Je t’ai pas vu depuis cette soirée de débauche au Raintree Inn — ma gueule de bois a duré trois jours, au passage — et je t’ai parlé, quoi, deux, trois fois ? Et d’un coup, bim, tu veux qu’on mange ensemble. Est-ce que ça m’étonne ? Non. Est-ce que je flaire une intention cachée ? Oui. Alors, voyons un peu si j’ai raison. »

Hodges hausse les épaules. « Tu sais ce qu’on dit. Le remède à l’ennui c’est la curiosité, mais la curiosité, elle, est sans remède. »

Pete Huntley sourit largement, et quand Hodges se penche pour attraper le bout de papier, il pose la main dessus. « Non non non. Il faut que tu le dises. Fais pas ton timide, Kermit. »

Hodges soupire et énumère quatre dossiers en comptant sur ses doigts. Quand il a fini, Pete pousse le bout de papier vers lui. Hodges l’ouvre et lit :

1. Davis

2. Le Violeur du Parc

3. Les Prêteurs sur gages

4. Le Tueur à la Mercedes

Hodges fait mine d’être vaincu. « Vous m’avez eu, shérif. Mais ne te sens pas obligé de me dire quoi que ce soit. »

Pete redevient sérieux. « Bon sang, si t’étais pas un minimum curieux de savoir ce que sont devenus les dossiers non classés depuis que t’as jeté l’éponge, je serais déçu. Je me faisais… un peu de souci pour toi.

— J’ai pas envie de fourrer mon nez dans ce qui me regarde plus. »

Hodges est légèrement stupéfait de la facilité avec laquelle cet énorme bobard est sorti.

« Ton nez de Pinocchio ?

— Non, vraiment, tout ce que je demande c’est une petite mise à jour.

— Ravi de pouvoir aider. Alors, Donald Davis, pour commencer. Tu connais le scénario. Il foire tous les business qu’il monte, le dernier en date étant les Voitures de Collection Davis. Le type est tellement tout le temps sous l’eau qu’il devrait s’appeler Capitaine Nemo. Deux ou trois pépettes sous le bras.

— Trois quand je suis parti », dit Hodges en retournant à ses pâtes.

Il n’est pas venu ici pour entendre parler de Donald Davis, ou du Violeur du Parc, ni même du gars qui braque des prêteurs sur gages et des magasins d’alcool depuis quatre ans ; tout ça, c’est du camouflage. Mais ça l’intéresse quand même.

« Sa femme en a assez des dettes et des pépettes. Elle est en train de s’occuper du divorce quand la voilà qui disparaît. Une histoire vieille comme le monde. Il déclare sa disparition et sa faillite le même jour. Donne quelques interviews télé et verse un seau de larmes de crocodile. On sait qu’il l’a tuée, mais sans le corps… » Il hausse les épaules. « T’étais là pour les entrevues avec Diana la Dinde. » Il parle du procureur.

« Toujours pas possible de la convaincre de l’inculper ?

— Pas de corps, pas de chef d’inculpation. Les flics de Modesto n’avaient aucun doute sur la culpabilité de Scott Peterson mais ils n’ont pu l’inculper qu’une fois les corps de sa femme et de son fils retrouvés. Tu le sais aussi bien que moi. »

Hodges le sait, en effet. Lui et Pete ont beaucoup discuté de l’affaire Scott et Laci Peterson pendant leur enquête sur la disparition de Sheila Davis.

« Mais devine quoi ? On a trouvé du sang dans leur chalet d’été près du lac. » Pete s’interrompt pour l’effet, puis lâche la bombe : « Celui de madame. »

Hodges se penche en avant, oubliant temporairement son assiette. « Quand ça ?

— Y a un mois.

— Et tu m’as rien dit ?

— Je te le dis maintenant. Parce que tu me le demandes. Les recherches continuent. La police de Victor County est en charge de l’affaire.

— Est-ce que quelqu’un l’a vu là bas avant la disparition de Sheila ?

— Oh, que oui. Deux gamins. Davis dit qu’il ramassait des champignons. Pourquoi pas des asperges sauvages ? Tu parles d’un Euell Gibbons à la noix ! Quand ils trouveront le corps — s’ils le trouvent — ce bon vieux Donnie Davis pourra arrêter d’attendre que les sept ans requis soient écoulés pour qu’elle soit déclarée morte et toucher l’assurance. » Pete est tout sourire. « Pense à tout le temps qu’il gagnera.

— Et le Violeur du Parc ?

— C’est qu’une question de temps. On sait qu’il est blanc, on sait qu’il a la vingtaine, et on sait qu’il a un léger penchant pour les chattes de bourgeoises bien entretenues.

— Vous avez sorti les appâts ? Tu sais qu’il sort quand il fait beau.

— C’est ce qu’on fait, et on va l’avoir.