Выбрать главу

— Et une nuit, quelqu’un a tagué le poteau gauche de son portail. Heureusement, on s’en est occupé avant qu’elle le voie. Vous savez ce que ça disait ? »

Hodges secoue la tête.

Peeples baisse la voix. « SALOPE DE TUEUSE, voilà ce que ça disait, et en grandes lettres capitales dégoulinantes. Ce qui était totalement injuste. Elle a juste fait une bourde, c’est tout. Lequel d’entre nous n’en a jamais fait ?

— Pas moi, ça c’est sûr, dit Hodges.

— Exactement. La Bible dit : « “Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre.” »

On sera bien ce jour-là, pense Hodges, puis il demande (avec une sincère curiosité) : « Mrs Trelawney, est-ce que vous l’appréciiez ? »

Le regard de Peeples se perd en haut à gauche, un mouvement d’yeux involontaire que Hodges a très souvent vu en salle d’interrogatoire au cours des années. Peeples va soit éluder la question, soit carrément mentir.

Il choisit d’éluder.

« Eh bien, dit-il, elle était généreuse à Noël. Elle se trompait parfois dans les prénoms mais elle savait très bien qui on était et elle nous donnait quarante dollars chacun et une bouteille de whisky. Du bon whisky. On pouvait pas en dire autant de son mari. » Il lâche un reniflement sarcastique. « Dix dollars glissés dans une carte de vœux Hallmark, c’est tout ce à quoi on avait droit quand ce vieux radin était toujours en selle.

— Pour qui est-ce que Vigilant travaille, exactement ?

— Ça s’appelle la Sugar Heights Association. Une de ces organisations de résidents, vous savez, qui s’opposent aux projets d’urbanisme quand ils leur déplaisent et veillent à ce que tout le monde dans le quartier réponde à certaines… hum, exigences de standing, je dirais. Ils ont un règlement draconien. À Noël, par exemple, vous avez le droit de mettre des guirlandes lumineuses blanches, mais pas des colorées. Et elles ne doivent pas clignoter. »

Hodges lève les yeux au ciel. Peeples sourit. Ils sont passés du statut d’ennemis potentiels au statut de collègues — ou pas loin, en tout cas — et tout ça pourquoi ? Parce que Hodges a su mettre le doigt sur l’origine du prénom pas tout à fait orthodoxe du gars. On pourrait appeler ça de la chance, mais il y a toujours un détail qui vous placera sur un pied d’égalité avec la personne que vous voulez interroger, un petit quelque chose, et une partie de la réussite de Hodges en tant que flic tenait au fait qu’il était capable de l’identifier, du moins la plupart du temps. C’est un talent que Pete Huntley n’a jamais eu, et Hodges est ravi de découvrir que son flair est toujours en bon état.

« Je crois qu’elle avait une sœur, dit-il. Mrs Trelawney, je veux dire. Je ne l’ai jamais rencontrée, cela dit, et impossible de me souvenir de son nom.

— Janelle Patterson, répond Peeples du tac au tac.

— Donc j’imagine que vous, vous l’avez rencontrée.

— En effet. C’est quelqu’un de bien. Elle ressemble un peu à Mrs Trelawney mais en plus jeune et plus jolie. » Ses mains décrivent une forme de sablier. « Plus en chair. Savez-vous s’il y a du nouveau concernant cette affaire de la Mercedes, monsieur Hodges ? » En temps normal, ce n’est pas une question à laquelle Hodges répondrait, mais pour obtenir des informations, il faut savoir soi-même en donner. Et de ce côté-là, Hodges est tranquille, car il n’a rien à donner. Il utilise la même expression que Pete Huntley il y a quelques heures. « C’est le calme plat. »

Peeples acquiesce comme s’il n’en attendait pas plus. « Impulsion criminelle. Aucun lien avec les victimes, pas de mobile, juste le maudit plaisir de tuer. La meilleure chance de le coincer, c’est s’il essaye de recommencer, vous ne croyez pas ? »

Mr Mercedes dit qu’il ne recommencera pas, pense Hodges, mais ça, c’est une information qu’il ne tient absolument pas à partager, alors il approuve. L’entente collégiale est toujours une bonne chose.

« Mrs T. a laissé une fameuse succession, dit Hodges, et je ne parle pas seulement de la maison. Je me demande si la sœur a hérité.

— Oh ouais », répond Peeples. Il s’interrompt un instant, puis dit quelque chose que Hodges lui-même dira à quelqu’un d’autre dans un futur proche. « Puis-je compter sur votre discrétion ?

— Oui. »

À ce genre de question, il faut toujours répondre simplement. Pas de qualificatif superflu.

« Mrs Patterson vivait à Los Angeles quand sa sœur… vous savez. Les cachets. »

Hodges acquiesce.

« Mariée, mais pas d’enfant. Pas un mariage heureux. Quand elle a appris qu’elle héritait de millions de dollars et d’une maison à Sugar Heights, elle a quitté son mari illico et déménagé dans l’Est. » Peeples fait un geste en direction du portail avec sa large allée et la maison au bout. « Elle a habité là pendant deux mois, le temps que le testament soit homologué. Elle est devenue assez intime avec Mrs Wilcox, qui habite au 640. Mrs Wilcox aime bavarder, et elle me considère comme un ami. »

Ça voulait aussi bien dire copains autour d’un café que parties de jambes en l’air l’après-midi.

« Patterson a pris le relais avec leur mère qui vit en ville, dans un immeuble en copropriété. Vous connaissez la mère ?

— Elizabeth Wharton, dit Hodges. Je me demande si elle est toujours en vie.

— Oh, j’en suis quasiment sûr.

— Parce qu’elle souffrait d’une grave scoliose. »

Hodges courbe le dos et effectue quelques pas en avant pour illustrer. Si vous voulez recevoir, il faut donner.

« Vraiment ? Pas de chance. Bref, Helen — Mrs Wilcox — dit que Miss Patterson lui rendait visite avec une régularité d’horloge, exactement comme Mrs Trelawney le faisait. Enfin, jusqu’à il y a un mois. Les choses ont dû empirer car il me semble que la vieille dame est en maison de retraite du côté de Warsaw County, maintenant. Miss Patterson a emménagé dans l’appartement de sa mère. C’est là qu’elle habite, maintenant. Je la vois quand même de temps en temps. La dernière fois, c’était il y a une semaine, quand l’agent immobilier est venu faire visiter la maison. »

Hodges décide qu’il a obtenu de Radney Peeples tout ce qu’il pouvait raisonnablement en attendre. « Merci pour la mise à jour. Je vais y aller. Désolé qu’on ait commencé du mauvais pied.

— Pas de problème, répond Peeples en serrant fermement la main que Hodges lui tend. Vous avez mené la danse comme un pro. Et surtout, n’oubliez pas, je ne vous ai rien dit. Même si Janelle Patterson vit en ville, elle fait toujours partie de l’Association, elle est donc toujours notre cliente.

— Je n’ai absolument rien entendu », dit Hodges en retournant à sa voiture.

Il espère que le mari de Helen Wilcox ne surprendra jamais sa femme au pieu avec Monsieur Muscles, si c’est effectivement ce qu’il y a entre eux ; ça mettrait sûrement fin aux dispositions entre Vigilant Guard Service et les habitants de Sugar Heights. Et ce serait la porte assurée pour Peeples. Aucun doute là-dessus.

Peut-être qu’elle trottine simplement jusqu’à sa voiture pour lui apporter des cookies frais, se dit Hodges en s’éloignant. Toi, t’as trop regardé de thérapie de couple nazie à la télé.

Non pas que la vie sexuelle de Radney Peeples intéresse Hodges. Non, ce qui l’intéresse, alors qu’il roule en direction de sa propre maison bien plus modeste du West Side, c’est que Janelle Patterson a hérité de la fortune de sa sœur, que Janelle Patterson habite en ville (du moins pour le moment), et que Janelle Patterson a dû s’occuper des biens de la défunte Olivia Trelawney. Ce qui inclurait ses papiers personnels, lesquels pouvaient inclure une lettre — peut-être plus — de l’espèce de taré qui a pris contact avec Hodges. Si une telle correspondance existe, il aimerait la voir.