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— Thanksgiving, Noël et le 4-Juillet ?

— C’est à peu près ça. Je voyais certaines de ses bonnes vieilles psychoses ressurgir et après la mort de Kent — crise cardiaque —, tout est remonté à la surface. Elle a énormément maigri. Elle a ressorti les vêtements horribles qu’elle portait quand elle était au lycée et quand elle travaillait au bureau. Je me rendais compte de ça quand je leur rendais visite, à ma mère et elle, ou quand on se parlait sur Skype. »

Il hoche la tête en signe de complicité. « Oui, j’ai un ami qui veut à tout prix que je m’y mette. »

Elle lui sourit. « Vous êtes de la vieille école, vous, non ? Je veux dire, vraiment. » Puis son sourire disparaît. « La dernière fois que j’ai vu Ollie, c’était en mai de l’année dernière, peu de temps après l’accident du City Center. » Janey hésite puis emploie le véritable terme. « Le massacre. Elle était dans un état épouvantable. Elle disait qu’elle était harcelée par la police. C’est vrai ?

— Non, mais c’est ce qu’elle croyait. Il est vrai que nous l’avons interrogée à plusieurs reprises ; elle continuait d’affirmer qu’elle avait retiré la clé de contact et verrouillé la Mercedes. C’était un problème pour nous car la voiture n’avait été ni forcée ni démarrée aux fils. Ce que nous avons fini par conclure… » Hodges s’interrompt et repense au gros psy des familles qui passe tous les jours à quatre heures. Le spécialiste du forçage du mur du déni.

« Oui ? Qu’avez-vous conclu ?

— Qu’elle était incapable de regarder la vérité en face. Est-ce que ça ressemblerait à la sœur que vous avez connue ?

— Oui. » Janey montre la lettre du doigt. « Vous pensez qu’elle a fini par dire la vérité à ce type ? Sur le site de rencontre ? Et que c’est pour ça qu’elle a pris les cachets de maman ?

— Impossible à dire. »

Mais Hodges pense qu’il y a des chances.

« Elle avait arrêté les antidépresseurs. » Janey regarde à nouveau vers le lac. « Elle persistait à nier mais je savais très bien. Elle n’a jamais aimé prendre ces trucs, ça la rendait vaseuse, comme elle disait. Elle les prenait pour Kent, et quand Kent est mort, elle les a pris pour notre mère, mais après l’histoire du City Center… » Elle secoue la tête et prend une profonde inspiration. « Est-ce que je vous en ai assez dit sur la santé mentale de ma sœur, Bill ? Parce qu’on pourrait encore y passer des heures.

— Oui, je pense avoir l’image d’ensemble. »

Elle secoue la tête d’un air pensif et triste. « C’est comme si ce type la connaissait. »

Hodges ne dit pas ce qui lui semble évident, principalement parce qu’il a sa propre lettre pour comparer : oui, il la connaissait. D’une manière ou d’une autre.

« Vous avez dit qu’elle était obsessionnelle compulsive. Au point de devoir faire demi-tour pour vérifier si le four était bien éteint.

— Oui.

— Vous semble-t-il vraisemblable qu’une femme aussi obsessionnelle oublie les clés sur le contact de sa voiture ? »

Pendant un long moment, Janey ne répond pas, puis elle dit : « Pour être franche, non. » Hodges n’en pense pas moins. Bien sûr, il y une première fois à tout mais… est-ce que Pete et lui avaient déjà considéré les choses sous cet angle ? Il n’en est pas sûr mais il pense que oui, peut-être. Sauf qu’à l’époque, ils n’étaient pas au courant des problèmes de santé mentale de Mrs T., si ?

Il demande : « Avez-vous déjà essayé d’aller sur le site du Parapluie Bleu ? Avec l’identifiant qu’il a donné à votre sœur ? »

Elle le dévisage, interloquée. « Ça ne m’est jamais venu à l’idée, et quand bien même, je pense que j’aurais eu trop peur de ce que j’aurais pu y trouver. J’imagine que c’est pour ça que vous êtes le détective et que je suis la cliente. Vous essaierez ?

— Je ne sais pas encore ce que je vais faire. J’ai besoin d’y réfléchir, et de consulter quelqu’un qui s’y connaît un peu plus que moi en informatique.

— Pensez bien à noter ses honoraires », dit-elle.

Hodges acquiesce et se dit qu’il y en a au moins un qui tirera son épingle du jeu, peu importe l’issue finale. Et pourquoi Jerome Robinson n’en profiterait-il pas ? Huit personnes sont mortes au City Center, trois resteront handicapées à vie, mais Jerome doit bien aller à la fac. Hodges se souvient d’un vieux dicton : même le jour le plus sombre, quelque part, le soleil brille sur le cul d’un chien.

« Bon, et ensuite ? »

Hodges ramasse la lettre et se lève. « Je fais une photocopie dans le magasin le plus proche et je vous la rapporte.

— Pas la peine. Je vais la scanner et vous l’imprimer. Donnez-la-moi.

— Vraiment ? Vous pouvez faire ça ? »

Elle a toujours les yeux rouges d’avoir pleuré mais son regard n’en est pas moins pétillant. « C’est une bonne chose que vous ayez un expert en informatique sous la main, dit-elle. Je reviens de suite. En attendant, prenez un autre biscuit. »

Hodges en prend trois.

10

Quand elle revient avec la copie de la lettre, il la plie et la met dans la poche de sa veste. « La place de l’original est dans un coffre-fort, si vous en avez un ici.

— Il y en a un à Sugar Heights. Ça ira ? »

Ça irait sûrement mais Hodges n’aime pas trop l’idée. Trop d’acheteurs potentiels allant et venant dans la maison. Peut-être que c’est une crainte saugrenue, mais il ne peut pas s’empêcher de l’avoir.

« Vous avez un coffre à la banque ?

— Non, mais je peux en louer un. Je suis à la Bank of America, à deux rues d’ici.

— Je préférerais, dit Hodges en allant vers la porte.

— Merci pour tout, lui dit Janey en lui offrant ses deux mains — comme s’il venait de lui proposer de danser. Vous n’imaginez pas à quel point c’est un soulagement pour moi. »

Il saisit les deux mains qui lui sont offertes, les presse légèrement dans les siennes et relâche son étreinte, même si ça ne lui aurait pas déplu de les garder encore un peu.

« Deux petites choses. Votre mère, d’abord. Vous lui rendez souvent visite ?

— Tous les deux jours, à peu près. Des fois, je lui prends à manger chez l’Iranien qu’elle et Ollie aimaient bien — le personnel de Beausoleil se fait toujours un plaisir de nous réchauffer les plats —, d’autres fois, je lui apporte un DVD ou deux. Elle aime les vieux films, comme ceux avec Fred Astaire et Ginger Rogers. Je ne viens jamais les mains vides et elle est toujours contente de me voir. Quand elle me voit. Des fois, elle me prend pour Olivia. Ou Charlotte. C’est ma tante. J’ai aussi un oncle.

— La prochaine fois qu’elle est dans ses bons jours, prévenez-moi et j’irai lui rendre visite.

— Très bien. Je viendrai avec vous. Vous aviez autre chose à me dire ?

— Oui, l’avocat dont vous m’avez parlé. Schron. Vous a-t-il semblé compétent ?

— Très compétent, selon moi.

— Si je trouve quelque chose, admettons même que j’arrive à mettre un nom sur l’assassin, alors il nous faudra quelqu’un comme lui. Nous irons le voir pour lui remettre les lettres…

— Les lettres ? Je n’ai trouvé que celle-là. »

Hodges se dit, Ah, merde, puis rattrape le coup. « L’original et la copie, je veux dire.

— Ah, d’accord.