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— Si je trouve celui qui a fait ça, c’est à la police qu’il incombera de l’arrêter et de l’inculper. Schron, lui, devra faire en sorte que nous ne nous fassions pas arrêter pour avoir enfreint la loi et enquêté de notre côté.

— Ça c’est de l’ordre du droit pénal, non ? Je ne suis pas sûre que ce soit son domaine.

— Peut-être pas, mais s’il est vraiment compétent, il connaîtra quelqu’un. Quelqu’un d’aussi compétent que lui. Sommes-nous bien d’accord là-dessus ? C’est très important. Je suis prêt à mener ma petite enquête, mais si la police doit s’en mêler, alors nous la laisserons faire son travail.

— Je comprends tout à fait », dit Janey. Puis elle se dresse sur la pointe des pieds, pose les mains sur les épaules de Hodges — comprimées dans sa veste trop étroite — et l’embrasse sur la joue. « Je pense que vous êtes quelqu’un de bien, Bill. Et que vous convenez parfaitement pour ce travail. »

Une fois dans l’ascenseur, il sent toujours ce baiser sur sa joue. Une délicieuse petite empreinte encore tiède. Il est content d’avoir pris la peine de se raser avant de partir.

11

La pluie argentée tombe sans fin mais le jeune couple — amants ? amis ? — est à l’abri et au sec sous le parapluie bleu d’une certaine Debbie. Cette fois, Hodges remarque que c’est le garçon qui est en train de parler, les yeux de la fille sont légèrement écarquillés, comme de surprise. Peut-être qu’il vient de la demander en mariage ?

Jerome tire Hodges de ses rêveries romantiques comme on éclate un ballon. « On dirait un site porno, non ?

— Et peux-tu me dire ce qu’un futur étudiant de l’Ivy League comme toi sait des sites pornos ? »

Ils sont dans le bureau de Hodges, assis côte à côte devant la page d’accueil du Parapluie Bleu de Debbie. Odell, le setter irlandais de Jerome, est couché sur le dos derrière eux, les pattes arrière écartées, la langue pendouillant d’un côté de la gueule, le regard fixé au plafond dans un air de contemplation béate. Jerome a dû l’emmener en laisse, mais seulement parce que c’est la loi dans les frontières de la ville. Odell est suffisamment bien élevé pour ne pas traverser la rue et il est aussi inoffensif pour les passants que peut l’être un chien.

« J’en sais autant que vous et que n’importe quel propriétaire d’ordinateur », répond Jerome. Dans son pantalon kaki et sa chemise de jeune premier boutonnée jusqu’au cou, avec ses cheveux frisés coupés ras, Hodges lui trouve un air de jeune Obama. En plus grand seulement ; Jerome mesure presque deux mètres. Et autour de lui flotte une odeur agréable d’après-rasage Old Spice, un léger parfum de nostalgie. « Les sites pornos sont plus nombreux que des moucherons écrasés sur un pare-brise. Sur n’importe quelle page internet, y a un lien qui s’ouvre, impossible d’y échapper. Et ce sont généralement ceux qui ont les noms les plus anodins qui sont les plus malsains.

— Malsains comment ?

— Le genre de contenu qui peut vous mener tout droit en taule.

— Pédophilie, tu veux dire ?

— Ou torture. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des délires sado-masos sont simulés. Le pourcentage restant… » Jerome hausse les épaules.

« Et comment tu sais tout ça ? »

Jerome lui lance un regard droit, franc et honnête. Rien de surjoué, juste sa façon d’être à lui, et c’est ce que Hodges aime chez ce gamin. Ses parents sont comme ça, aussi. Et même sa petite sœur.

« Monsieur Hodges, tout le monde le sait. Tout le monde de moins de trente ans, d’accord.

— À l’époque, les gens disaient qu’il ne fallait faire confiance à personne de plus de trente ans. »

Jerome sourit. « Je leur fais confiance, mais en matière d’ordinateurs, la grande majorité d’entre eux n’y connaissent absolument rien. Ils maltraitent leurs ordis et s’étonnent ensuite qu’ils déconnent. Ils ouvrent des pièces jointes non sécurisées. Ils vont sur des sites comme ça et tout d’un coup, leur ordinateur se prend pour HAL9000 et se met à télécharger des tonnes de photos de prostituées mineures ou de vidéos de terroristes en train de décapiter des gens. »

Hodges était sur le point de demander qui est Hal 9000 — on dirait un nom de gang — mais le truc sur les vidéos de terroristes le dévie complètement de sa question initiale. « Ça existe vraiment ?

— Il paraît. Et après… » Jerome fait mine de frapper du poing à une porte invisible. « Toc-toc-toc, Sécurité Intérieure ! Ouvrez ! » Il pointe maintenant un doigt en direction du couple sous le parapluie. « D’un autre côté, c’est peut-être en effet rien d’autre qu’un site de rencontre pour timides. Vous savez, un site pour célibataires, quoi. Sans déconner, y a plein de gens qui cherchent l’amour sur Internet de nos jours. Voyons voir ça. »

Il tend la main vers la souris mais Hodges lui agrippe le poignet avant qu’il ne puisse l’atteindre. Jerome le regarde d’un air perplexe.

« Pas sur mon ordinateur, dit Hodges. Sur le tien.

— Si vous me l’aviez demandé, j’aurais amené mon portable…

— C’est bon, tu feras ça ce soir. Et si par malheur tu déclenches un virus qui te désintègre tout ton système, je te dédommagerai du prix d’un neuf. »

Jerome lui lance un regard de condescendance amusée. « Monsieur Hodges, j’ai le meilleur antivirus qui existe et le deuxième meilleur en renfort. La moindre bestiole qui essaie de s’introduire dans mon système se fait écraser illico.

— Peut-être que cette bestiole-là ne s’introduira pas pour manger », dit Hodges. Il repense aux paroles de la sœur de Mrs T. : C’est comme si ce type la connaissait, « … mais pour observer. »

Jerome n’a pas l’air inquiet ; il a l’air surexcité. « Comment vous êtes tombé sur ce site, monsieur Hodges ? Vous reprenez du service ? Vous êtes, genre, sur un dossier ? »

Pete Huntley n’a jamais autant manqué à Hodges qu’à l’instant présent ; un partenaire de tennis avec qui faire quelques échanges, mais des échanges de théories et de suppositions, pas de petites balles jaunes poilues. Il ne doute pas une seule seconde que Jerome puisse remplir cette fonction, c’est un garçon intelligent avec un don assuré pour la déduction… mais il ne sera en âge de voter que dans un an et d’acheter son premier verre d’alcool que dans quatre, et tout ça pourrait être dangereux.

« Jette juste un petit coup d’œil au site pour moi, dit Hodges. Mais fais quelques recherches sur le Net avant. Vois ce que tu peux trouver comme informations. Ce que j’aimerais surtout savoir c’est…

— Si le site existe vraiment, le coupe Jerome, faisant preuve encore une fois d’un remarquable esprit déductif. S’il a un historique, en quelque sorte. Vous voulez être sûr que ce ne soit pas un site bidon conçu spécialement pour vous.

— Tu sais, tu devrais arrêter de faire l’esclave pour moi et te trouver un boulot dans une de ces compagnies de dépannage informatique. Tu te ferais certainement bien plus de fric. D’ailleurs, n’oublie pas de me dire combien je te dois pour tout ça. »

Jerome est offensé, mais pas par l’offre de rémunération. « Ce genre de boulot, c’est pour les geeks asociaux. » Il se penche en arrière pour gratter le pelage roux foncé d’Odell. Le chien remue la queue en signe de reconnaissance, même s’il préférerait probablement un sandwich au steak. « Comme ceux qui se baladent en Coccinelle noires. On peut pas faire plus geek. Et les autres, Discount Electronix… vous voyez qui c’est ?

— Oui, répond Hodges en repensant à la pub qu’il a reçue en même temps que la lettre anonyme.