Выбрать главу

Brady éteint son ordinateur et monte, laissant sa mère ronfler sur le canapé au lieu de la mettre au lit. Il prend trois aspirines, en rajoute une quatrième, puis s’allonge dans son propre lit, les yeux grands ouverts et tremblant jusqu’à ce que les premières lueurs de l’aube se lèvent à l’est. Il réussit finalement à s’assoupir pendant deux heures, un sommeil fragile, hanté de rêves et agité.

16

Hodges est en train de faire des œufs brouillés quand Janey entre dans la cuisine samedi matin. Dans son peignoir blanc, les cheveux encore mouillés de la douche peignés en arrière, elle a l’air plus jeune que jamais. Il pense de nouveau, Quarante-quatre ?

« J’ai pas trouvé le bacon. Bien sûr, il doit être quelque part dans le frigo. Mon ex-femme prétend que la grande majorité des hommes américains souffrent de la Cécité du Réfrigérateur. Je sais pas si y a un numéro d’urgence pour ça. »

Elle montre son ventre du doigt.

« OK », dit-il. Et puis, parce qu’elle a l’air d’aimer ça, il ajoute : « Ouais.

— Et au fait, comment va ton cholestérol ? »

Il sourit et dit : « Tartines grillées ? C’est du pain complet. Comme tu dois le savoir puisque c’est toi qui l’as acheté.

— Une seule. Sans beurre et juste un peu de confiture. Tu vas faire quoi aujourd’hui ?

— Je sais pas trop. »

Bien qu’il se dise qu’il aimerait passer voir Radney Peeples à Sugar Heights si ce dernier est de service pour Vigilant. Et il faut qu’il parle ordi avec Jerome. Perspectives infinies de ce côté-là.

« T’es allé sur le Parapluie de Debbie ?

— Je voulais te faire ton p’tit-déj’ avant. Et le mien. » C’est vrai. Il s’est réveillé avec une réelle envie de rassasier son corps affamé plutôt que d’essayer de combler les espaces vides de son cerveau. « Et puis je connais pas ton mot de passe.

— C’est Janey.

— Tu veux mon avis ? Change. En fait, c’est l’avis du jeune qui bosse pour moi.

— Jerome, c’est ça ?

— Lui-même. »

Il a préparé une demi-douzaine d’œufs et ils mangent tout le plat, partagé en deux parts bien égales. Il lui est venu à l’idée de demander si elle avait de quelconques regrets concernant la nuit dernière mais il décide que la façon qu’elle a d’engloutir son petit-déjeuner répond à sa question.

Laissant la vaisselle dans l’évier, ils vont sur l’ordinateur et restent assis en silence pendant presque quatre minutes, lisant et relisant le dernier message de mercytueur.

« La vache, finit par lâcher Janey. Toi qui voulais taquiner le poisson, je crois que tu l’as bel et bien ferré. T’as vu toutes les fautes ? » Elle lui montre gantz et ouvrrit. « Ça fait partie de ses — comment tu dis déjà ? — techniques de camouflage stylistique ?

— Je pense pas. » Hodges regarde m^eme en souriant. Il ne peut pas s’empêcher de sourire. Le poisson sent l’hameçon, il est enfoncé bien profond. Ça fait mal. Ça brûle. « Je pense que c’est le genre de fautes de frappe que l’on fait quand on perd le contrôle. La dernière chose à laquelle il s’attendait, c’était à avoir des problèmes de crédibilité. Ça le rend dingue.

— Plus, dit-elle.

— Hein ?

— Plus dingue. Réponds-lui, Bill. Secoue-le plus fort. Il le mérite.

— D’accord. »

Il réfléchit puis se met à écrire.

17

Lorsqu’il est rhabillé, Janey le raccompagne dans le couloir et le gratifie d’un long baiser devant l’ascenseur.

« J’arrive toujours pas à croire à ce qui s’est passé la nuit dernière, dit-il.

— Ça s’est pourtant bien passé. Et si tu te débrouilles bien, il y a des chances pour que ça se passe à nouveau. » Elle scrute son visage de ses incroyables yeux bleus. « Mais aucune promesse ni aucun engagement à long terme, OK ? On prend ça comme ça vient. Un jour après l’autre.

— À mon âge, je prends tout comme ça vient. »

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent. Il entre.

« On s’appelle, cow-boy.

— Compte sur moi. » La porte de l’ascenseur commence à se fermer. Il la bloque de la main. « Et SOUM-SOUM, cow-girl. »

Elle hoche la tête solennellement mais il ne manque pas de noter l’étincelle dans ses yeux.

« Janey fera un SOUM d’enfer.

— Garde ton portable avec toi, et ce serait pas mal que t’enregistres le 911 dans tes contacts. »

Il relâche la porte. Janey lui envoie un baiser. La porte se ferme aussitôt sans qu’il ait le temps de répondre.

Sa voiture est là où il l’a laissée, mais son ticket a dû expirer avant que le stationnement gratuit ne prenne effet car il y a une contravention coincée sous l’essuie-glaces. Il ouvre la boîte à gants, balance la contravention dedans et récupère son portable. Il est très fort pour donner à Janey des conseils qu’il ne suit pas lui-même — depuis qu’il a quitté les forces de police, il oublie tout le temps son foutu Nokia, relativement préhistorique si l’on considère la vitesse à laquelle la technologie évolue. Pratiquement personne ne l’appelle ces derniers temps de toute manière, mais ce matin, il a trois nouveaux messages, tous de Jerome. Les deux derniers — un reçu la veille à vingt et une heures quarante, l’autre à vingt-deux heures quarante-cinq — sont des messages impatients et inquiets demandant où il est et pourquoi il ne rappelle pas. Jerome parle de sa voix normale. Le tout premier message, laissé à dix-huit heures trente, commence avec sa voix exubérante de Tyrone Feelgood Delight.

« Missié Hodges, vous êtwe où ? Moi besoin bava’der avé vous autwe ! » Puis il redevient Jerome. « Je pense savoir comment il a fait. Pour voler la voiture. Rappelez-moi. »

Hodges consulte sa montre et décrète que Jerome ne doit pas encore être levé, pas un samedi matin. Il décide plutôt d’y aller, en faisant d’abord un saut chez lui pour prendre ses notes. Il allume la radio et tombe sur Bob Seger chantant « Old Time Rock and Roll », et commence à brailler avec lui : descends tes vieux vinyles de l’étagère.

18

En des temps reculés et simples, avant l’ère des applications, des iPad, des Samsung Galaxy et du monde de la 4G supersonique, les week-ends étaient les jours d’affluence chez Discount Electronix. Aujourd’hui, les gosses qui avant venaient acheter des CD téléchargent du Vampire Weekend sur iTunes pendant que leurs aînés surfent sur eBay ou regardent en replay sur Hulu les émissions télé qu’ils ont ratées.

En ce samedi matin, le DE de Birch Hill est désert.

Tones est à l’avant du magasin en train d’essayer de vendre une télé HD déjà antique à une vieille dame. Freddi Linklatter est dehors sur l’arrière à fumer des Marlboro Rouge à la chaîne et probablement à répéter mentalement sa prochaine diatribe sur les droits LGBT. Brady est assis à l’un des ordinateurs dans le fond, un vieux Vizio qu’il a trafiqué pour qu’aucune frappe ne s’enregistre dans la barre de recherche, sans parler de l’historique. Il fixe des yeux le dernier message de Hodges. Son œil gauche a attrapé un tic rapide et irrégulier.