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Hodges demande à ses convives : « Et si Olivia avait vraiment entendu des fantômes ? »

2

Sur le parking, debout à côté de la jeep Wrangler d’occasion mais en bon état de marche que ses parents lui ont offerte pour ses dix-sept ans, Jerome dit à Janey à quel point il a été content de la rencontrer et l’embrasse sur la joue. Elle a l’air surprise mais enchantée.

Jerome se tourne vers Hodges. « Vous avez tout ce qu’il vous faut, Bill ? Besoin de quelque chose pour demain ?

— Juste que tu vérifies ce dont on vient de discuter pour que tu saches quoi faire quand on ira sur l’ordinateur d’Olivia.

— Je m’en occupe.

— Bien. Et n’oublie pas de dire bonjour à ton père et ta mère de ma part. »

Jerome sourit. « Vous savez quoi ? Je vais passer le bonjour à mon père. Quant à ma mère… » Tyrone Feelgood Delight fait une brève apparition. « Moi éviter cette bonne femme-là pou’ les pwochains jou’. »

Hodges lève les sourcils. « T’es fâché avec ta mère ? Ça vous ressemble pas.

— Nah, elle est juste grognon. Et je peux comprendre. » Jerome ricane.

« Qu’est-ce qui se passe ?

— Oh là là. Y a un concert au MACC jeudi prochain. Ces crétins de ’Round Here. Barb et Hilda, avec d’autres copines, sont complètement folles à l’idée de les voir, même si y a pas plus mièvre comme truc.

— Quel âge a ta sœur ? demande Janey.

— Neuf, bientôt dix.

— Les filles de cet âge adorent les trucs mièvres. Et c’est une ancienne gamine de onze ans fan des Bay City Rollers qui te le dit. » Jerome a l’air perdu, ce qui fait rire Janey. « Si tu les connaissais, je perdrais toute l’estime que j’ai pour toi.

— Enfin bref, elles n’ont jamais été à un vrai concert, vous voyez ? Je veux dire, sans parler de trucs comme Barney ou Sesame Street on Ice. Alors elles ont fait pression et encore pression — même sur moi — et les mamans ont fini par en discuter puis ont décidé que puisque le concert était tôt, même si c’est en semaine, elles pourraient y aller à condition que l’une d’entre elles les accompagne. Elles ont carrément tiré à la courte paille, et ma mère a perdu. »

Il secoue la tête. Il a l’air solennel mais ses yeux pétillent. « Ma mère au MACC entourée de trois ou quatre mille gamines de huit à quatorze ans hurlant comme des groupies. Est-ce que maintenant vous comprenez pourquoi j’essaie de garder mes distances ?

— Je suis sûre qu’elle va s’amuser, dit Janey. Elle a probablement fait la groupie pour Marvin Gaye ou Al Green y a pas si longtemps que ça. »

Jerome saute dans sa jeep, les salue une dernière fois et s’engage sur Lowbriar. Hodges et Janey se retrouvent seuls à côté de la voiture de Hodges par cette soirée quasi estivale. Un quartier de lune s’est levé au-dessus du pont qui sépare le secteur le plus aisé de la ville du quartier de Lowtown.

« C’est un chouette gars, dit Janey, t’as de la chance de l’avoir.

— Ouais, répond Hodges, j’ai de la chance. »

Elle lui enlève son Borsalino et le met sur sa tête, lui donnant une légère mais provocante inclinaison. « C’est quoi la suite du programme, Détective ? Chez vous ?

— Est-ce que tu penses ce que j’espère que tu penses ?

— Je veux pas dormir toute seule. » Elle se dresse sur la pointe des pieds pour lui remettre son chapeau. « Alors, s’il faut que je vende mon corps pour ne pas passer la nuit seule, eh bien je le vendrai. »

Hodges appuie sur la clé pour déverrouiller sa voiture et dit : « Qu’on ne me reproche jamais de n’avoir pas su profiter d’une demoiselle en détresse.

— Vous n’êtes pas très gentleman, monsieur », dit-elle. Puis elle ajoute : « Dieu merci. Allons-y. »

3

C’est mieux cette fois car ils se connaissent un peu. L’appréhension a été remplacée par l’excitation. Quand ils ont fini de faire l’amour, elle se glisse dans une de ses chemises (tellement grande pour elle que ses seins disparaissent complètement et que les pans lui tombent sous les genoux) et part explorer sa petite maison. Il la suit de près, un peu nerveux.

De retour dans la chambre, elle lui rend son verdict. « Pas si mal pour une piaule de célibataire. Pas de vaisselle sale dans l’évier, pas de cheveux dans la baignoire, pas de DVD porno sur la télé. J’ai même aperçu un légume ou deux dans le frigo, ce qui te vaut quelques points bonus. »

Elle a chipé deux bières dans le frigo et trinque avec lui.

« Je pensais pas qu’une autre femme viendrait ici, dit Hodges. À part peut-être ma fille. On s’appelle et on s’envoie des mails mais Allie n’est pas venue me rendre visite depuis au moins deux ans.

— Elle a pris le parti de ton ex pendant le divorce ?

— J’imagine que oui. » Hodges n’y avait jamais vraiment pensé en ces termes. « Si c’est le cas, elle avait sûrement raison.

— T’es peut-être un peu dur avec toi-même. »

Hodges sirote sa bière. Elle passe plutôt bien. Alors qu’il prend une nouvelle gorgée, une pensée lui vient.

« Est-ce que Tante Charlotte a mon numéro, Janey ?

— Absolument pas. C’est pas pour ça que j’ai voulu passer la nuit ici plutôt que chez moi mais je mentirais si je disais que ça ne m’a pas traversé l’esprit. » Elle le regarde gravement. « Tu viendras à la cérémonie mercredi ? Dis-moi que tu viendras. S’il te plaît. J’ai besoin d’un ami.

— Bien sûr que je viendrai. Je viendrai aussi à la présentation du corps mardi. »

Elle a l’air surprise, mais agréablement. « C’est bien au-delà de ce que je te demande. »

Non, Hodges ne le pense pas. Il est en train de mener une enquête et assister aux funérailles d’une personne impliquée — de près ou de loin — dans une affaire de meurtre est la procédure habituelle. Il croit pas vraiment que Mr Mercedes viendra à la présentation du corps ou à la cérémonie d’hommage à la défunte du mercredi mais ce n’est pas à exclure. Hodges n’a pas vu le journal d’aujourd’hui mais il est tout à fait possible qu’un journaliste averti ait fait le lien entre Mrs Wharton et Olivia Trelawney, sa fille qui s’était suicidée après que sa voiture avait été utilisée comme arme de crime. Ce genre de lien n’est pas franchement de l’info mais on pouvait en dire autant des histoires de drogue et d’alcool de Lindsay Lohan. Hodges se dit qu’il a dû au moins y avoir un encadré.

« Je veux être là, dit-il. Il se passe quoi avec les cendres ?

— L’entrepreneur des pompes funèbres les appelle les crémacendres, dit-elle en retroussant son nez comme elle le fait quand elle se moque de son ouais. C’est pas répugnant ? On dirait un truc que tu mets dans le café. L’avantage, c’est que je ne me battrai sûrement pas avec Tante Charlotte et Oncle Henry pour les récupérer.