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« Écoute, Pete, on peut en rester là ? J’ai envie de rentrer chez moi, me boire une bonne bière et essayer de retrouver mes esprits.

— Tu me jures que tu nous caches rien ? C’est entre toi et moi, là. »

Hodges laisse passer sa dernière chance de cracher le morceau sans aucun scrupule. « Absolument rien. »

Pete lui dit de rester près de son téléphone ; ils auront besoin de lui demain ou vendredi pour une déposition officielle.

« Pas de problème. Et, Pete ? Si j’étais toi, je vérifierais ma voiture avant de prendre la route dans les jours qui viennent. »

À la porte, Pete passe son bras autour des épaules de Hodges. « Désolé, lui dit-il. Désolé pour ce qui vient de se passer et pour toutes les questions.

— C’est normal, tu fais ton boulot. »

Pete resserre son étreinte et murmure à l’oreille de Hodges : « Je sais que tu nous caches quelque chose. Tu crois que je suis tombé de la dernière pluie ? »

Pendant un instant, Hodges reconsidère ses options. Puis il revoit Janey lui dire Il est à nous.

Il prend Pete par les bras, le regarde droit dans les yeux et dit : « Je suis aussi perdu que toi par rapport à tout ça. Crois-moi. »

25

Hodges traverse l’arène de la division centrale en répondant aux regards inquisiteurs et aux questions insidieuses avec un sérieux qui ne faillit qu’une seule fois. Cassie Sheen, avec qui il travaillait la plupart du temps quand Pete était en vacances, lui balance : « Regardez qui voilà. Toujours en vie et plus moche que jamais. »

Il sourit. « Si c’est pas Cassie Sheen, la Reine du Botox ! » Il lève un bras en faisant mine de se protéger quand elle s’empare d’un presse-papier et le brandit dans sa direction. Tout ça semble faux et spontané à la fois. Comme ces combats de filles l’après-midi à la télé.

Il y a une rangée de chaises près du distributeur de boissons et de snacks dans l’entrée. Tante Charlotte et Oncle Henry y sont installés. Holly n’est pas avec eux et instinctivement, Hodges touche l’étui à lunettes qui se trouve dans la poche de son pantalon. Il demande à Oncle Henry s’il se sent mieux. Oncle Henry lui répond que oui et le remercie. Hodges se tourne ensuite vers Tante Charlotte et lui demande comment elle va.

« Je vais bien. C’est pour Holly que je m’inquiète. Je pense qu’elle se sent coupable parce que… vous savez. »

Hodges sait. Parce que c’est à cause d’elle que Janey conduisait sa voiture à ce moment-là. Bien sûr, Janey aurait été dans la voiture dans tous les cas, mais il doute que ça change quoi que ce soit au ressenti de Holly.

« J’aimerais que vous lui parliez. D’une certaine façon, vous avez tissé des liens avec elle. » Ses yeux revêtent un éclat déplaisant. « Un peu comme avec Janelle. Vous devez avoir un truc.

— Je lui parlerai », dit Hodges.

Et il le fera, mais c’est d’abord Jerome qui s’en chargera. En supposant bien sûr que le numéro sur l’étui à lunettes soit valide. Pour ce qu’il en sait, il peut tout aussi bien être celui d’une ligne fixe à… où ça déjà ? Cincinnati ? Cleveland ?

« J’espère qu’on n’est pas censés l’identifier », dit Oncle Henry. Il a une tasse à café en polystyrène dans les mains. Il y a à peine touché et Hodges n’est pas étonné. Le café du commissariat de police est tristement célèbre. « Comment pourrait-on ? Elle a été complètement déchiquetée.

— Ne sois pas stupide, dit Tante Charlotte. Ils ne nous demanderaient jamais une chose pareille. Ils ne peuvent pas. »

Hodges les rassure : « Si elle a déjà donné ses empreintes digitales — comme la plupart des gens — ils feront avec. Ils vous montreront peut-être des photos de ses habits ou de ses bijoux.

— Comment pourrait-on reconnaître ses bijoux ? » s’écrie Tante Charlotte. Un flic en train de se servir un soda à la machine se retourne pour la regarder. « Et j’ai à peine remarqué comment elle était habillée ! »

Hodges est persuadé qu’elle l’a étiquetée de la tête aux pieds mais ne fait aucun commentaire. « Ils se pourrait qu’ils aient quelques questions. » Certaines le concernant. « Ça ne devrait pas être long. »

Il y a un ascenseur mais Hodges opte pour les escaliers. Un étage plus bas, il s’arrête sur le palier, s’appuie contre le mur, les yeux fermés, et prend une série d’inspirations profondes et fébriles. Les larmes sortent maintenant. Il les essuie avec sa manche. Tante Charlotte a exprimé son inquiétude pour Holly — inquiétude que Hodges partage — mais aucun chagrin pour sa nièce déchiquetée par une explosion. Il imagine qu’à l’heure actuelle, sa principale préoccupation est le devenir du joli pactole que Janey a hérité de sa sœur.

J’espère qu’elle l’a légué à un putain d’hôpital pour chiens, se dit-il.

Il s’assoit dans un grognement essoufflé. Se servant d’une marche comme table de fortune, il y dépose l’étui à lunettes et un morceau de papier froissé sorti de son portefeuille, avec deux séries de chiffres dessus.

26

« Allô ? » Une voix douce, hésitante. « Allô ? Qui est à l’appareil ?

— Je m’appelle Jerome Robinson, madame. J’imagine que Bill Hodges vous a dit que j’appellerais ? »

Silence.

« Madame ? » Jerome est assis à son ordinateur, presque assez cramponné à son Android pour en faire péter la coque. « Madame Gibney ?

— Je suis là. » C’est presque un soupir. « Il dit qu’il veut trouver la personne qui a tué ma cousine. Il y a eu une terrible explosion.

— Je sais », répond Jerome.

Au bout du couloir, Barb passe son dernier album des ’Round Here pour la millième fois. Des bisous sur la grande roue. Ça ne l’a pas encore rendu fou mais la folie se rapproche à chaque nouvelle boucle.

Pendant ce temps, à l’autre bout du fil, la femme s’est mise à pleurer.

« Madame ? Madame Gibney ? Je suis vraiment désolé.

— Je la connaissais à peine mais c’était ma cousine et elle était gentille avec moi. Comme Mr Hodges. Vous savez ce qu’il m’a demandé ?

— Non, dites-moi.

— Si j’avais pris mon petit-déjeuner ce matin. Vous ne trouvez pas ça attentionné ?

— Si, très attentionné », dit Jerome. Il n’arrive toujours pas à croire que la femme si pleine de vie et d’entrain avec qui il a dîné est morte. Il se souvient de la façon dont ses yeux pétillaient quand elle riait et comment elle imitait la façon de Bill de dire ouais. Et maintenant, il est au téléphone avec une femme qu’il n’a jamais rencontrée, une femme très bizarre d’après ce qu’il entend. Parler avec elle lui donne l’impression d’être en train de désamorcer une bombe. « Madame, Bill m’a demandé de passer chez vous.

— Est-ce qu’il viendra aussi ?

— Il ne peut pas pour le moment. Il est obligé d’être ailleurs. »

Silence à nouveau. Et puis, d’une voix si basse et si timide qu’il l’entend à peine, Holly dit : « Vous ne me ferez pas de mal ? Parce que je ne suis pas tranquille avec les gens, vous savez. Je ne suis pas tranquille du tout.

— Non, madame, je ne vous ferai pas de mal.

— Je veux aider Mr Hodges. Je veux l’aider à trouver l’homme qui a fait ça. Cet homme doit être fou, vous ne croyez pas ?

— Oui », répond Jerome.

Au bout du couloir, une nouvelle chanson démarre et deux fillettes — Barbara et sa copine Hilda — poussent des cris de joie presque assez perçants pour faire exploser les vitres. Il imagine deux ou trois cents Barbara et Hilda hurlant à l’unisson demain soir, et Dieu merci, c’est sa mère qui s’occupe de ça.