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« Vous pouvez venir mais je sais pas comment vous laisser rentrer, dit-elle. Mon oncle a réglé l’alarme avant de partir et je connais pas le code. Je pense qu’il a fermé le portail aussi.

— Je m’occupe de tout.

— Vous venez quand ?

— Je peux être là dans une demi-heure.

— Si vous parlez à Mr Hodges, vous pouvez lui dire quelque chose de ma part ?

— Bien sûr.

— Dites-lui que moi aussi, je suis triste. » Elle marque une pause. « Et que je prends mon Lexapro. »

27

Tard ce mercredi après-midi, Brady prend une chambre dans un gigantesque Motel 6 près de l’aéroport avec sa carte de crédit au nom de Ralph Jones. Il a une valise et un sac à dos. Dans le sac à dos, il y a un change, tout ce dont il aura besoin pour la dizaine d’heures qu’il lui reste à vivre. Dans la valise, il y a le coussin POSE TON CUL, la poche Urinesta, une photo encadrée, plusieurs détonateurs maison (il pense qu’un seul suffira mais on n’est jamais trop prévoyant), Truc 2, plusieurs sacs congélation remplis de billes à roulement et suffisamment d’explosif pour faire sauter le motel et le parking d’à côté. Il retourne à sa Subaru, en extirpe (tant bien que mal) un objet plus encombrant (c’est à peine s’il tient dans sa voiture), l’apporte dans sa chambre et l’appuie contre le mur.

Il s’allonge sur le lit. La sensation de son crâne sur l’oreiller est étrange. Son crâne nu. Et assez sexy, d’une certaine manière.

Il pense, J’ai eu ma dose de malchance, mais j’ai su me relever et je suis encore debout.

Il ferme les yeux. Peu de temps après, il ronfle.

28

Jerome gare sa jeep devant le 729 Lilac Drive, le pare-chocs touchant presque le portail, sort de la voiture et appuie sur l’interphone. Il a une bonne raison de se trouver là si un des agents de sécurité de Sugar Heights le questionne, mais ça ne peut marcher que si la femme qui se trouve à l’intérieur le laisse entrer, et il n’est pas sûr de pouvoir compter là-dessus. D’après sa récente conversation avec elle, cette dame n’a pas tout à fait les pieds sur terre. Quoi qu’il en soit, personne ne vient lui causer de problèmes, et après quelques minutes d’attente devant le portail à faire comme s’il était parfaitement à sa place — c’est dans des moments pareils qu’il se sent particulièrement noir —, Holly répond :

« Oui ? Qui c’est ?

— C’est Jerome, madame Gibney. L’ami de Bill Hodges. »

Une pause, si longue qu’il s’apprête à réappuyer sur l’interphone, quand elle dit : « Vous avez le code du portail ?

— Oui.

— D’accord. Et puisque vous êtes un ami de Bill Hodges, j’imagine que vous pouvez m’appeler Holly. »

Il entre le code et le portail s’ouvre. Il avance sa jeep et regarde le portail se refermer derrière lui. Jusqu’ici tout va bien.

Holly est à la porte d’entrée, l’observant depuis l’une des fenêtres latérales comme un détenu dans un parloir hautement sécurisé. Elle porte une robe de chambre par-dessus un pyjama et ses cheveux sont en bataille. Un bref scénario catastrophe traverse l’esprit de Jerome : elle appuie sur le bouton d’urgence du système d’alarme (probablement juste à côté de là où elle se tient) et quand la sécurité arrive, elle l’accuse d’être un cambrioleur. Ou un violeur potentiel fétichiste des pyjamas en flanelle.

La porte est fermée. Il la pointe du doigt. Pendant un instant, Holly reste plantée là comme un robot avec les batteries à plat. Puis elle tourne le verrou. Un bip-bip strident se déclenche quand Jerome ouvre la porte et Holly recule de quelques pas en se couvrant la bouche de ses deux mains.

« Ne m’attirez pas d’ennuis ! Je veux pas avoir d’ennuis ! »

Elle a l’air deux fois plus nerveuse que lui et ça lui redonne un peu confiance. Il entre le code dans le système d’alarme et appuie sur SÉCURISER. Le bip-bip s’arrête.

Holly s’effondre dans un fauteuil en bois sculpté qui a l’air d’avoir coûté suffisamment cher pour payer une année d’études dans une bonne université (mais peut-être pas Harvard non plus), ses cheveux pendouillant en mèches moites autour de son visage. « Oh, c’est le pire jour de ma vie, dit-elle. Pauvre Janey, pauvre Janey.

— Je suis désolé.

— Mais au moins, c’est pas ma faute. » Elle le regarde avec une attitude de défi qui fait peine à voir. « Personne peut dire ça. J’y suis pour rien, moi.

— Bien sûr que non », dit Jerome.

Ça sonne faux, mais elle sourit un peu, donc c’est que ça passe. « Est-ce que Mr Hodges va bien ? C’est un homme, très, très, très gentil. Même si ma mère ne l’aime pas. » Elle hausse les épaules. « Mais qui aime-t-elle ?

— Il va bien, répond Jerome, même s’il en doute.

— Vous êtes noir », dit-elle en le regardant avec de grands yeux.

Jerome examine ses mains. « On dirait bien, hein ? »

Elle éclate d’un petit rire aigu. « Excusez-moi. C’était malpoli. C’est très bien que vous soyez noir.

— Le noir c’est l’espoir, dit Jerome.

— Bien sûr que c’est l’espoir. »

Elle se lève, se mâchouille la lèvre inférieure puis lui tend la main dans un visible effort de volonté.

Jerome lui serre la main. Elle est moite. C’est comme serrer la patte d’un petit animal timide.

« Faut se dépêcher. Si ma mère et Oncle Henry vous trouvent ici, je suis dans de beaux draps. »

Vous ? pense Jerome. Et le gosse noir alors ?

« La dame qui habitait là était aussi votre cousine, n’est-ce pas ?

— Oui. Olivia Trelawney. La dernière fois que je l’ai vue, c’était à la fac. Elle et ma mère ne s’entendaient pas très bien. » Elle le regarde d’un air solennel. « J’ai dû arrêter la fac. J’avais des problèmes. »

Jerome n’en doute pas une seule seconde. Et il parie qu’elle en a toujours. Et pourtant, il y a quelque chose chez elle qu’il aime bien. Va savoir quoi. Sûrement pas ce rire en griffure d’ongle sur un tableau.

« Vous savez où est son ordinateur ?

— Oui. Je vais vous montrer. Vous pouvez faire vite ? »

J’ai plutôt intérêt, se dit Jerome.

29

L’accès à l’ordinateur d’Olivia Trelawney est protégé par un mot de passe, chose ridicule étant donné qu’en retournant le clavier, Jerome découvre OTRELAW écrit au marqueur.

Holly, debout dans l’encadrement de la porte, tournant et retournant le col de sa robe de chambre nerveusement, marmonne quelque chose qu’il ne comprend pas.

« Hein ?

— Qu’est-ce que vous cherchez ?

— Vous le saurez si je trouve. »

Il ouvre la barre d’outils du Finder et tape PLEURS DE BÉBÉS dans la barre de recherche. Aucun résultat. Il essaie CRIS DE NOURRISSON. Rien. Il entre HURLEMENTS DE FEMME. Toujours rien.

« Ça pourrait être caché. » Cette fois, il l’entend clairement car sa voix est juste à côté de son oreille. Il sursaute légèrement mais Holly ne le remarque pas. Elle est courbée en deux, les mains sur les genoux, et elle fixe l’écran de l’ordinateur. « Essayez FICHIERS AUDIO. »