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C’est une plutôt bonne idée ; il s’exécute. Mais là non plus il ne trouve rien.

« OK, dit-elle. Allez dans PRÉFÉRENCES SYSTÈME et regardez à SON.

— Holly, c’est juste pour les entrées et sorties audio, ça.

— Merci, je suis au courant. Essayez quand même. »

Elle a arrêté de se mordre les lèvres.

Jerome fait ce qu’elle dit. Dans SORTIE, la barre des menus affiche HAUT-PARLEURS, et PÉRIPHÉRIQUE AUDIO. Dans ENTRÉE, il y a MICROPHONE INTERNE et PRISE JACK. Rien de nouveau.

« D’autres idées ? demande-t-il.

— Ouvrez EFFETS SONORES. Là, à gauche. »

Il se tourne vers elle. « Dites donc, vous vous y connaissez pas mal, hein ?

— J’ai pris des cours d’informatique. Par correspondance. Sur Skype. C’était intéressant. Allez-y, ouvrez le dossier. »

Jerome s’exécute et cligne des yeux à la vue de ce qu’il découvre. En plus de GRENOUILLE, VERRE, REBOND, BOUM et RONRON — les suspects habituels —, il y a un son d’alerte intitulé FANTÔMES.

« Jamais vu ça avant.

— Moi non plus. »

Elle ne le regarde toujours pas directement, mais son attitude a radicalement changé. Elle attrape une chaise et s’assoit à côté de lui, repoussant ses cheveux pendants derrière ses oreilles. « Et je connais les Mac sur le bout des doigts.

— Alléluia », dit Jerome en tendant la paume de sa main.

Sans quitter l’écran des yeux, Holly échange un high-five avec lui. « Joue-le, Sam. »

Il sourit. « Casablanca.

— Oui. Je l’ai vu soixante-treize fois. J’ai un CARNET DE FILMS. J’y écris tout ce que je vois. Ma mère dit que c’est un trouble obsessionnel compulsif.

— La vie est un trouble obsessionnel compulsif », dit Jerome.

Sans un sourire, Holly répond : « Alléluia. »

Jerome sélectionne FANTÔMES et appuie sur Entrée. Dans les hauts-parleurs stéréo de chaque côté de l’ordinateur d’Olivia, un bébé se met à pleurer. Holly n’est pas trop surprise ; elle n’agrippe l’épaule de Jerome que lorsqu’une femme hurle : « Pourquoi vous l’avez laissé tuer mon bébé ? »

« Putain ! » s’écrie Jerome en saisissant la main de Holly. Il n’y réfléchit même pas et elle ne pense pas à s’écarter. Ils scrutent l’ordinateur comme s’il avait des dents et qu’il venait de les mordre.

Il y a un moment de silence puis le bébé se remet à pleurer. La femme hurle de nouveau. Le programme tourne une troisième fois et s’arrête.

Holly le regarde enfin, les yeux si grands qu’ils semblent sur le point de lui tomber de la tête. « Vous vous y attendiez ?

— Bon sang, non ! » Il s’attendait à quelque chose, oui, sinon Bill ne l’aurait pas envoyé ici, mais à ça ? « Holly, vous pouvez trouver plus d’informations sur le programme ? Quand est-ce qu’il a été installé, par exemple ? Si vous ne pouvez pas, c’est pas gra…

— Poussez-vous. »

Jerome s’y connaît en ordinateurs mais Holly joue du clavier comme d’un Steinway. Après quelques minutes de navigation, elle dit : « Il semblerait qu’il ait été installé le premier juillet de l’année dernière. Tout un tas de trucs ont été installés ce jour-là.

— Et il a pu être programmé pour se lancer tout seul à une heure donnée, c’est ça ? Tourner trois fois et s’arrêter ? »

Elle lui lance un regard impatient. « Ben oui.

— Alors comment ça se fait qu’il ne soit plus programmé ? Je veux dire, vous habitez ici en ce moment. Vous auriez dû l’entendre ? »

Elle clique sur la souris comme une dingue et lui montre autre chose.

« J’ai déjà vu ce genre de truc. C’est un programme maître-esclave caché dans les contacts de sa boîte mail. Je suis sûre qu’Olivia ne savait pas qu’il était là. Ça s’appelle Looking Glass. Tu peux pas allumer un ordinateur avec — du moins je pense pas — mais s’il est activé, tu peux tout contrôler à distance depuis ton propre ordinateur. Ouvrir des dossiers, lire des mails, regarder l’historique… ou désactiver un programme.

— Genre après sa mort, dit Jerome.

— Beuh. »

Holly grimace.

« Pourquoi est-ce que le gars qui l’a installé le laisserait ? Pourquoi ne pas l’effacer complètement ?

— Je sais pas. Peut-être qu’il a juste oublié. J’oublie tout le temps des trucs. Ma mère dit que je serais capable d’oublier ma propre tête si elle était pas attachée à mon cou.

— Ouais, ma mère aussi me dit ça. Mais c’est qui ce gars  ? On parle de qui, là ? »

Elle réfléchit. Ils réfléchissent tous les deux. Et au bout de cinq secondes peut-être, ils ouvrent la bouche en même temps.

« Son technicien informatique », s’écrie Jerome, alors que Holly s’exclame : « Le geek qui s’occupe de son ordi. »

Jerome se met à fouiller dans les tiroirs du bureau d’Olivia à la recherche d’un ticket, d’une facture estampillée PAYÉ ou d’une carte de visite. Il doit au moins y avoir un de ces trucs qui traînent par-là mais il ne trouve rien. Il se met à genoux et se glisse sous le bureau. Rien non plus.

« Allez voir sur le frigo, dit-il. Les gens y accrochent des conneries de ce genre des fois, sous de petits aimants.

— Y a plein d’aimants, dit Holly, mais rien sur le frigo à part la carte d’un agent immobilier et celle de la compagnie de sécurité Vigilant Guard Service. Je pense que Janey a dû enlever tout le reste. Elle a dû tout jeter.

— Y a un coffre ?

— Probablement mais pourquoi ma cousine aurait été mettre la carte de visite de son informaticien dans un coffre ? C’est pas comme si ça valait de l’argent ou quoi que ce soit.

— Pas faux, admet Jerome.

— Si ça devait être quelque part, ce serait près de son ordinateur. Elle ne l’aurait pas caché. Elle a quand même écrit son mot de passe sous son fichu clavier.

— Oui, plutôt débile, dit Jerome.

— Complètement débile. »

Holly semble soudainement prendre conscience de ce qu’ils viennent de découvrir. Elle se lève et retourne à la porte du bureau. Elle se remet à tripoter le col de sa robe de chambre.

« Tu vas faire quoi, maintenant ?

— J’imagine que je ferais mieux d’appeler Bill. »

Il sort son portable mais avant qu’il ne puisse appeler qui que ce soit, elle prononce son nom. Jerome lève la tête vers elle, plantée là dans l’encadrement de la porte, l’air perdu dans ses habits d’intérieur informes.

« Il doit y avoir genre un million de dépanneurs informatiques en ville », dit-elle.

Sûrement pas autant, mais beaucoup. Il le sait et Hodges aussi le sait puisque c’est Jerome qui le lui a dit.

30

Hodges écoute attentivement le rapport de Jerome. Il est content de l’entendre faire l’éloge de Holly (et espère que Holly aussi sera contente — si elle écoute) mais terriblement déçu qu’aucune piste ne permette de remonter au crack en informatique qui a piraté l’ordi d’Olivia. Jerome pense que c’est parce que Janey a jeté sa carte de visite. Hodges, dont l’esprit est prédisposé à la suspicion, pense que Mr Mercedes a bien veillé à ce qu’Olivia n’ait pas de carte. Sauf que ça ne tient pas. Si le gars fait du bon boulot, tout le monde demanderait sa carte, non ? Et la garderait à portée de main. Sauf bien sûr si…