Выбрать главу

Il demande à Jerome de lui passer Holly.

« Allô ? » Si bas qu’il doit faire un effort pour l’entendre.

« Holly ? Est-ce qu’il y a un carnet d’adresses sur l’ordinateur d’Olivia ?

— Une minute. » Il entend le bruit léger de la souris. Quand elle le reprend, elle a l’air perplexe. « Non.

— Est-ce que ça vous semble bizarre ?

— Un peu, oui.

— Est-ce que celui qui a installé les bruits de fantômes a aussi pu effacer son carnet d’adresses ?

— Oh oui, bien sûr. Facile. Monsieur Hodges, je prends mon Lexapro.

— C’est super ça, Holly. Est-ce que vous pouvez me dire si Olivia utilisait beaucoup son ordinateur ?

— Oui.

— Passez-moi Jerome pendant que vous regardez, s’il vous plaît. »

Jerome reprend le téléphone et s’excuse de n’avoir rien trouvé d’autre.

« Mais non, vous avez fait du super boulot. Quand t’as fouillé son bureau, t’as pas trouvé un vrai carnet d’adresses ?

— Non, non, mais la plupart des gens ne s’embêtent plus avec ça de nos jours — ils ont tous leurs contacts dans leurs ordis ou leurs téléphones. Vous savez ça, non ? »

Hodges imagine qu’il devrait le savoir, mais le monde va trop vite pour lui ces temps-ci. Il ne sait même pas comment programmer son enregistreur numérique.

« Attendez, Holly veut vous parler.

— Vous vous entendez bien tous les deux, hein ?

— Ça va. Je vous la passe.

— Olivia avait tout un tas de programmes et de sites dans ses favoris, dit Holly. Elle allait surtout sur Hulu et Huffpost. Et à voir son historique, on dirait qu’elle passait encore plus de temps que moi sur Internet, et j’y passe beaucoup de temps.

— Holly, pourquoi est-ce que quelqu’un qui dépend autant de son ordinateur n’a pas la carte d’un technicien à portée de main ?

— Parce que l’homme s’est introduit chez elle après sa mort et l’a récupérée, répond Holly du tac au tac.

— Peut-être, mais pensez au risque que ça représente — surtout avec le service de sécurité du quartier aux aguets. Il aurait fallu qu’il connaisse le code du portail, de l’alarme… et même sans ça il aurait eu besoin d’une clé… »

Sa voix s’éteint.

« Monsieur Hodges ? Vous êtes toujours là ?

— Oui. Et vous pouvez m’appeler Bill. »

Mais elle ne le fait pas. Peut-être qu’elle n’y arrive pas. « Monsieur Hodges, est-ce que c’est un pro ? Comme dans James Bond ?

— Juste un fou à mon avis. »

Et parce qu’il est fou, le risque ne compte peut-être pas pour lui. T’as qu’à voir le risque qu’il a pris au City Center en fonçant dans cette foule de gens.

Mais ça ne tient toujours pas.

« Repassez-moi Jerome, s’il vous plaît. »

Elle obéit. Hodges dit à Jerome de quitter les lieux avant que Tante Charlotte et Oncle Henry ne rentrent et ne les surprennent en train de fricoter avec l’ordinateur d’Olivia.

« Qu’est-ce que vous allez faire, Bill ? »

Il regarde dehors où le crépuscule a commencé à intensifier les couleurs du jour. Il est bientôt dix-neuf heures. « Réfléchir. La nuit porte conseil », répond-il.

31

Avant d’aller se coucher, Hodges passe quatre heures devant la télé, à regarder des émissions que ses yeux arrivent parfaitement à capter mais qui se désintègrent avant d’arriver à son cerveau. Il essaye de ne penser à rien, car c’est comme ça que les portes finissent par s’ouvrir pour laisser passer la bonne idée. Une bonne idée est toujours le résultat d’une bonne connexion, et il y a une connexion qui n’attend plus que d’être faite ; il le sent. Peut-être plus d’une. Il ne laissera pas Janey envahir ses pensées. Plus tard oui, mais pour le moment, tout ce qu’elle est susceptible de faire c’est enrayer le moteur.

L’ordinateur d’Olivia Trelawney est le nœud du problème. Il a été piraté avec des bruits de fantômes et le suspect le plus probable est son dépanneur informatique. Alors pourquoi n’avait-elle pas sa carte de visite ? Il avait pu effacer le carnet d’adresses de son ordinateur à distance — et Hodges parie que c’est ce qu’il a fait —, mais aller jusqu’à entrer par effraction après sa mort pour voler une putain de carte de visite ?

Il reçoit l’appel d’un journaliste. Puis d’un type de Channel Six. Après le troisième appel d’un représentant des médias, Hodges éteint son téléphone. Il ne sait pas qui a craché son numéro de portable mais il espère que la personne a été bien payée en échange de l’info.

Autre chose continue de faire irruption dans sa tête, une chose qui n’a absolument rien à voir : Elle croit qu’ils sont parmi nous.

Un rapide coup d’œil à ses notes lui permet de mettre le doigt sur la personne qui a dit ça : Mr Bowfinger, le rédacteur de cartes de vœux. Lui et Mr Bowfinger étaient installés dans des chaises de jardin et Hodges se rappelle avoir été reconnaissant de profiter de l’ombre. C’était pendant qu’il faisait du porte-à-porte à la recherche de quiconque aurait repéré un véhicule suspect dans les rues du quartier.

Elle croit qu’ils sont parmi nous.

Bowfinger parlait de Mrs Melbourne, la voisine d’en face. Mrs Melbourne qui appartient à une organisation de fanatiques d’OVNI appelée la CNRPA, la Commission nationale de recherche sur les phénomènes aériens.

Hodges décide que c’est peut-être juste un de ces échos, comme un air de musique pop qui se mettrait à résonner dans un esprit surmené. Il se déshabille et va se coucher et c’est là que Janey arrive, Janey retroussant le bout de son nez en disant ouais, et pour la première fois depuis son enfance, il s’endort à force de pleurer.

Jeudi matin, il se réveille au petit jour, va pisser et repart pour se coucher quand il s’immobilise, les yeux écarquillés. Ce qu’il cherchait — la connexion — est là tout à coup, grosse comme le nez au milieu de la figure.

On s’emmerde pas à garder une carte de visite quand on en a pas besoin.

Admettons que le gars ne soit pas un travailleur indépendant gérant sa petite entreprise de chez lui mais l’employé d’une société. Dans ce cas, il pouvait être joint n’importe quand au numéro de la boîte, un numéro probablement très simple à retenir du genre 555-9999, ou n’importe quels chiffres donnant ORDINAT.

S’il travaille pour une société, alors il doit faire ses dépannages dans une voiture de fonction.

Hodges repart au lit, certain que le sommeil ne viendra pas cette fois, mais il vient.

Il pense, S’il avait assez d’explosif pour faire sauter ma voiture, il doit en avoir encore.

Puis il sombre.

Il rêve de Janey.

DES BISOUS

SUR LA GRANDE ROUE

1

Mardi matin. Hodges est debout à six heures. Il se confectionne un solide petit-déjeuner : deux œufs, quatre tranches de bacon, quatre tranches de pain grillé beurré. Il n’a pas faim mais se force à avaler jusqu’à la dernière bouchée, se disant que c’est du carburant pour son organisme. Peut-être qu’il aura une autre occasion de manger dans la journée, mais rien n’est moins sûr. Sous la douche, et tandis qu’il mastique résolument à la table de la cuisine (personne pour qui contrôler son poids maintenant), une pensée ne cesse de le hanter, la même avec laquelle il est allé se coucher tard hier soir.