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« INCONNU. Je fais quoi, Bill ?

— Réponds. C’est lui. Et souviens-toi qui tu es. »

Jerome appuie sur ACCEPTER et annonce : « Bonjour, ici Martin Lounsbury. » Écoute. « Ah, bonjour, monsieur Peeples. Je vous remercie infiniment de me rappeler. »

Hodges gribouille un nouveau mot et le pousse vers lui. Jerome le parcourt rapidement des yeux.

« Mmh-mmh… oui… Mrs Wilcox n’a eu que des éloges à votre égard. Des éloges, vraiment. Mais le travail qui m’occupe concerne la défunte Mrs Trelawney. Nous ne pouvons boucler sa succession tant que nous n’avons pas inventorié le contenu de son ordinateur, et… oui, je sais que cela remonte à plus de six mois. Terrible, n’est-ce pas, la lenteur de l’administration pour ces choses-là ? Nous avons eu un client l’an dernier qui a dû demander des coupons alimentaires alors qu’il était en attente d’un héritage de soixante-dix mille dollars. »

T’enflamme pas, Jerome, pense Hodges. Son cœur tambourine dans sa poitrine.

« Non, rien de comparable. J’ai juste besoin du nom du gars qui venait en assurer la maintenance. Le reste est du ressort de mon patron. » Jerome écoute, sourcils étroitement froncés. « Vous ne pouvez pas ? Ah, min… »

Mais Peeples a repris la parole. La sueur sur le front de Jerome n’est plus imaginaire. Il tend la main par-dessus la table, attrape le stylo de Hodges et commence à écrire très vite. Tout en écrivant, il entretient la conversation d’un filet régulier de mmh-mmh et de OK et de je vois. Finalement :

« Ah, c’est formidable. Absolument formidable. Je suis sûr que Mr Schron saura en tirer profit. Vous avez été d’une grande aide, monsieur Peeples. Alors je vais… » Il écoute encore. « Oui, c’est terrible. Je crois que Mr Schron s’occupe de… mmh… certains aspects de cette affaire en ce moment même, mais vraiment je n’en sais pas davan… ah oui ? Wouah ! Monsieur Peeples, vous avez été formidable. Oui, je transmettrai. Je n’y manquerai pas. Merci, monsieur Peeples. »

Il coupe la communication et presse la base de ses paumes contre ses tempes comme pour stopper une migraine.

« Wouah, c’était intense. Il voulait parler de ce qui s’est passé hier. Et me dire de transmettre aux proches de Janey que Vigilant est à leur service pour leur apporter toute l’aide possible.

— C’est parfait, je suis sûr qu’il aura droit à des félicitations dans son dossier, mais…

— Il m’a dit aussi qu’il avait parlé au type dont la voiture a sauté hier. Il a vu votre photo aux actualités ce matin. »

Ce n’est pas une surprise pour Hodges et dans l’instant, il s’en fout. « T’as un nom ? Dis-moi que t’as un nom.

— Pas celui du technicien informatique, non, mais j’ai le nom de la boîte pour laquelle il travaille. Ça s’appelle Cyber Patrouille. Peeples dit qu’ils tournent en Coccinelle vert fluo. Il dit qu’ils sont tout le temps à Sugar Heights et qu’on peut pas les louper. Il a déjà vu un homme et une femme au volant, entre vingt et trente ans tous les deux. “Genre lesbienne”, il a dit de la femme. »

Hodges n’a pas envisagé une seule seconde que Mr Mercedes puisse en fait être une Mrs Mercedes. Il suppose que c’est techniquement possible, et ça ferait un bon dénouement dans un roman d’Agatha Christie, mais là on est dans la vraie vie.

« Il t’a dit à quoi ressemble le type ? »

Jerome secoue la tête.

« Viens dans mon bureau. Tu peux conduire mon ordi pendant que je fais copilote. »

En moins d’une minute, ils sont devant une rangée de trois Coccinelle vertes avec CYBER PATROUILLE peint sur les portières. Ce n’est pas une société indépendante mais une branche d’une chaîne appelée Discount Electronix qui a un gros magasin en ville. Il se trouve dans le centre commercial de Birch Hill.

« Merde, j’y ai déjà acheté des trucs, dit Jerome. Plein de trucs. Des jeux vidéo, des composants d’ordinateur, des films de karaté en solde. »

Sous la photo des Coccinelle on peut lire RENCONTREZ LES EXPERTS. Hodges tend la main par-dessus l’épaule de Jerome et clique dessus. Trois photos apparaissent. La première est celle d’une jeune fille, visage étroit, cheveux blond cendré. Le numéro deux est un gars joufflu, lunettes à la John Lennon, air sérieux. Numéro trois est le beau mec générique, cheveux bruns soigneusement peignés, sourire de commande insipide. Les noms en dessous indiquent FREDDI LINKLATTER, ANTHONY FROBISHER et BRADY HARTSFIELD.

« Et maintenant ? demande Jerome.

— Maintenant on part en virée. J’ai un truc à prendre d’abord. »

Hodges va dans sa chambre et pianote le code du petit coffre-fort dans son placard. À l’intérieur, outre quelques polices d’assurance et autres documents financiers, il y a un petit paquet de cartes plastifiées comme celle qu’il transporte couramment dans son portefeuille, maintenues par un élastique. Les flics de la ville reçoivent une nouvelle carte d’identification tous les deux ans, et chaque fois qu’il en recevait une neuve, il rangeait la vieille ici. La différence cruciale c’est qu’aucune d’entre elles ne porte la mention RETRAITÉ tamponnée en rouge. Il prend celle qui a expiré en décembre 2008, retire sa dernière carte de son portefeuille et la remplace par celle-là. Bien évidemment, la présenter à un quidam est un autre crime — Loi d’État 190.25, usurpation d’identité de policier, crime de classe E passible d’une amende de 25 000 dollars, cinq ans d’emprisonnement, ou les deux — mais ces trucs-là ne le touchent même plus maintenant.

Il glisse son portefeuille dans sa poche arrière, va pour refermer le coffre, se ravise. Il y a autre chose à l’intérieur qui pourrait lui être utile : un étui de cuir plat assez semblable à ceux dans lesquels les habitués des vols internationaux conservent leur passeport. Il appartenait aussi à son père.

Hodges le glisse dans sa poche avec le Happy Slapper.

5

Après avoir rasé son crâne de près et chaussé ses nouvelles lunettes, Brady se rend au bureau du Motel 6 et paye pour une nuit supplémentaire. Puis il retourne dans sa chambre et déplie le fauteuil roulant qu’il a acheté mercredi. Il était pas donné, mais on s’en fout. L’argent n’est désormais plus un souci pour lui.

Il installe le coussin POSE TON CUL sur l’assise du fauteuil, puis fend la doublure de la poche à l’arrière du dossier et y insère plusieurs blocs de son plastic maison. Chacun des blocs a été équipé d’un détonateur à l’azoture de plomb. Il réunit les câbles de raccordement à l’aide d’un clip métallique. Il a dénudé les fils de cuivre à leur extrémité et cette après-midi, il les tressera ensemble pour en faire un seul fil maître.

Le détonateur proprement dit, ce sera Truc 2.

Un par un, à l’aide de scotch à filament, il fixe des sachets en plastique remplis de billes de roulement sous l’assise du fauteuil en entrecroisant les bandes d’adhésif pour bien les maintenir en place. Ceci fait, il s’assoit au pied du lit et contemple solennellement son travail artisanal. S’il pourra introduire cette bombe roulante dans l’auditorium Mingo, il n’en a aucune idée… mais il ne savait pas non plus à l’avance s’il allait pouvoir se tirer du City Center l’an dernier. Or tout avait fonctionné ; peut-être que tout fonctionnera aussi cette fois. Après tout, il n’aura pas à s’enfuir, c’est déjà la moitié de la bataille de gagnée. Même s’ils flairent quelque chose et essayent de le stopper à l’entrée, le hall sera bourré de spectateurs et il fera un score bien supérieur à huit.