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— Voulez-vous dire que vous aimeriez voir la météorologie en action ?

— Je crois bien. Comment fait-on pour gagner la Couverture ?

— Rien de bien sorcier. On prend un ascenseur, une porte s’ouvre, et vous y êtes. J’y suis déjà monté… C’est singulier.

— Ça me distrairait un moment de la psychohistoire. » Seldon soupira. « Ce ne serait pas du luxe.

— D’un autre côté, observa Randa, mon oncle avait coutume de dire : “ tout le savoir est un ”, et il se pourrait qu’il ait raison. Qui sait si vous n’apprendrez pas de la météorologie quelque chose qui puisse vous aider en psychohistoire ? N’est-ce pas possible ? »

Seldon sourit faiblement. « Un grand nombre de choses sont possibles. » Et pour lui seul, il ajouta : « Mais inutilisables. »

22

Dors parut amusée : « La météorologie ?

— Oui, répondit Seldon. Ils ont des travaux au programme pour demain et je vais monter avec eux.

— En avez-vous assez de l’histoire ? »

Seldon hocha la tête sombrement. « Effectivement. Ce changement sera le bienvenu. D’autre part, Randa dit que c’est aussi un problème trop massif pour être appréhendé par les mathématiques et ça me fera le plus grand bien de voir que ma situation n’est pas unique.

— J’espère que vous n’êtes pas agoraphobe. »

Il sourit. « Non, mais je vois pourquoi vous me posez la question. D’après Randa, les Trantoriens le sont fréquemment et refusent de monter sur la Couverture. J’imagine qu’ils se sentent mal à l’aise sans abri protecteur. »

Dors acquiesça. « Ça pourrait vous paraître normal, mais on trouve de nombreux Trantoriens sur toutes les planètes de la Galaxie – touristes, fonctionnaires, soldats… Et l’agoraphobie n’est pas non plus si rare sur les mondes extérieurs.

— C’est bien possible, Dors, mais je n’en souffre pas. Je suis curieux et ce changement sera le bienvenu, aussi ai-je bien l’intention de me joindre à eux demain. »

Dors hésita. « Je devrais monter avec vous, mais, demain, j’ai un emploi du temps chargé… Enfin, si vous n’êtes pas agoraphobe, vous n’aurez pas de problème et passerez sans doute une bonne journée. Oh… et restez près des météorologues. J’ai entendu dire que des gens s’étaient perdus, là-haut.

— Je serai prudent. Ça fait bien longtemps que je ne me suis pas perdu quelque part. »

23

Jenarr Leggen avait la mine sombre. Ce n’était pas tant à cause de son teint, plutôt clair ; ou de ses sourcils, qui étaient bruns et fournis. C’était plutôt parce que les dits sourcils surmontaient des yeux profondément enfoncés dans les orbites et un long nez proéminent, ce qui lui donnait cet air passablement chagrin. Ses yeux ne souriaient pas et, lorsqu’il parlait, ce qui était rare, c’était d’une voix grave et forte, étrangement sonore pour ce corps plutôt grêle.

« Vous allez avoir besoin de vêtements plus chauds, dit-il à Seldon.

— Oh ? » fit ce dernier en regardant autour de lui.

Il y avait deux hommes et deux femmes qui s’apprêtaient à monter avec Leggen et lui et, comme ceux de Leggen, leurs légers vêtements trantoriens étaient recouverts de pulls épais décorés (ce n’était pas une surprise) de motifs voyants aux couleurs vives. Il n’y en avait pas deux pareils, bien sûr.

Seldon baissa les yeux sur sa propre mise et s’excusa : « Désolé, je ne savais pas… mais je n’ai pas le moindre vêtement chaud.

— Je peux vous en donner. Je crois bien qu’il y a quelque part une tenue de rechange… Oui, tenez, voilà un pull. Un peu élimé, mais enfin, c’est toujours mieux que rien.

— On risque d’avoir désagréablement chaud avec un truc pareil, remarqua Seldon.

— Ici, sûrement. Mais il règne d’autres conditions sur la Couverture. Froid et vent. Dommage que je n’aie pas de jambières et de bottes à vous prêter. Vous regretterez tout à l’heure de ne pas en avoir. »

Ils emportaient avec eux un chariot bourré d’instruments qu’ils étaient en train de vérifier avec une lenteur bien inutile aux yeux de Seldon.

« Fait froid, sur votre planète ? demanda Leggen.

— Par endroits, répondit Seldon. Le monde d’Hélicon, dont je suis originaire, jouit d’un climat doux et souvent pluvieux.

— Pas de veine. Le climat de la Couverture risque de ne pas vous plaire.

— Je pense être en mesure de le supporter tant que nous serons là-haut. »

Dès qu’ils furent prêts, leur groupe monta dans un ascenseur marqué : STRICTEMENT RÉSERVÉ AU PERSONNEL OFFICIEL.

« C’est parce qu’il permet d’accéder à la Couverture, expliqua l’une des jeunes femmes, et les gens ne sont pas censés aller là-haut sans raison valable. »

Seldon n’avait pas encore rencontré cette jeune femme mais il l’avait entendue se faire appeler Clowzia. Il ignorait si c’était un prénom, un nom de famille ou un surnom.

L’ascenseur ressemblait à ceux que Seldon connaissait ici sur Trantor ou chez lui à Hélicon (hormis, bien sûr, l’appareil gravifique que Hummin et lui avaient utilisé), mais la certitude qu’il allait le mener au-delà des confins de la planète et jusqu’au vide au-dessus d’elle lui donnait des airs d’astronef.

Seldon sourit intérieurement. Fantasme stupide.

La cabine vibrait un peu, ce qui lui remit en tête les sombres pressentiments de Hummin sur la décadence galactique. Leggen, de même que ses collègues mâles et l’une des femmes, semblaient figés et interdits, comme s’ils avaient suspendu toute pensée, toute activité jusqu’à la sortie ; Clowzia, en revanche, ne cessait de lui jeter des coups d’œil à la dérobée, comme si elle le trouvait terriblement impressionnant.

Seldon se pencha pour lui murmurer à l’oreille (il hésitait à déranger les autres) : « Allons-nous monter très haut ?

— Haut ? » répéta-t-elle, d’une voix normale, apparemment inconsciente du silence ambiant. Elle paraissait très jeune et Seldon se dit qu’elle était sans doute étudiante de première année. Apprentie, peut-être.

« Cela prend du temps. La Couverture doit être située à un niveau très élevé. »

Un moment, elle parut intriguée. Puis : « Oh, non. Pas élevé du tout. Nous avons démarré très bas. L’Université est située à une grande profondeur. Nous utilisons d’énormes quantités d’énergie et, plus on est bas, plus le coût énergétique diminue. »

Leggen intervint. « Très bien. Nous y sommes. Sortons le matériel. »

La cabine s’arrêta avec un léger tremblement et la large porte coulissa rapidement. La température dégringola aussitôt et Seldon fourra les mains dans ses poches, bien content d’avoir enfilé un pull. Un vent froid lui ébouriffa les cheveux et il se rendit compte qu’un bonnet n’aurait pas été de trop. Alors même qu’il formulait cette pensée, Leggen sortit quelque chose d’un repli de son chandail, l’ouvrit d’un geste sec et se le mit sur la tête. Les autres firent de même.

Seule, Clowzia hésita. Elle s’arrêta juste avant de mettre le sien, puis l’offrit à Seldon.

Ce dernier secoua la tête. « Je ne peux pas vous prendre votre bonnet, Clowzia.

— Allez-y. J’ai les cheveux longs et épais. Les vôtres sont courts et un peu… dégarnis. »