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Seldon aurait bien aimé contester cette remarque et, en d’autres circonstances, il ne s’en serait pas privé. Pour l’heure, toutefois, il se contenta de saisir le couvre-chef en marmonnant : « Merci. Si vous avez froid à la tête, je vous le rends. »

Peut-être n’était-elle pas si jeune. C’était à cause de son visage rond, presque poupin. Et maintenant qu’elle avait attiré son attention sur sa chevelure, il remarqua qu’elle était d’un brun-roux tout à fait charmant. Il n’avait jamais vu de tels cheveux sur Hélicon.

Dehors, le ciel était couvert, comme lorsqu’on l’avait emmené à l’air libre pour le conduire au Palais. Le froid était bien plus vif, mais il se dit que l’hiver s’était rapproché de six semaines. Les nuages étaient plus épais que lors de cette première sortie, et le jour plus sombre et menaçant – ou bien la nuit était-elle plus proche ? Ils n’allaient certainement pas monter faire un travail important sans se réserver une ample période de lumière du jour pour l’effectuer. Ou bien escomptaient-ils le réaliser en un temps très court ?

Il aurait bien aimé le leur demander, mais il s’avisa que le moment était peut-être mal choisi. Tous paraissaient être dans des états allant de l’excitation à la colère.

Seldon inspecta les alentours.

Il se tenait sur une surface qui semblait métallique au bruit qu’elle rendit quand, discrètement, il la martela du pied. Pourtant ce n’était pas du métal nu : il y laissait des empreintes en marchant. La surface était manifestement recouverte de poussière, ou peut-être de sable fin ou d’argile.

Et pourquoi pas ? Il y avait peu de chance que quelqu’un monte ici faire le ménage. Par curiosité, il se pencha pour saisir un peu de cette poussière entre les doigts.

Clowzia, derrière lui, remarqua ce qu’il faisait et dit, l’air d’une ménagère prise en flagrant délit de négligence : « On balaie le secteur pour protéger les instruments. C’est bien pire à d’autres endroits de la Couverture mais ça n’a pas vraiment d’importance. Ça renforce l’isolation, vous savez. »

Seldon grommela et poursuivit ses observations. Il n’avait aucune chance de comprendre la fonction des appareils qui donnaient l’impression de jaillir de cette mince couche de sol (si l’on pouvait l’appeler ainsi). Il n’avait pas la moindre idée de leur nature ou de ce qu’ils mesuraient.

Leggen se dirigeait vers lui. Il levait haut les jambes et posait les pieds avec précaution et Seldon s’aperçut qu’il procédait ainsi pour éviter de déranger les instruments. Il nota mentalement de marcher de même.

« Hé, vous ! Seldon ! »

Seldon n’apprécia guère le ton de sa voix et répliqua, glacial : « Oui, docteur Leggen ?

— Eh bien, docteur Seldon, alors, fit-il avec impatience. Le petit Randa m’a dit que vous étiez mathématicien.

— C’est exact.

— Bon mathématicien ?

— J’aimerais le croire, mais c’est difficile à garantir.

— Et vous vous intéressez aux problèmes insolubles ?

— Je butte sur l’un d’entre eux, répondit-il avec humeur.

— Moi de même. Jetez-y un coup d’œil, ne vous gênez pas. Si vous avez des questions, Clowzia, notre interne, vous viendra en aide. Vous pourrez peut-être nous donner un coup de main.

— J’en serais ravi mais je ne connais rien à la météorologie.

— Pas grave, Seldon. Je veux simplement que vous voyiez en gros de quoi il retourne, et ensuite j’aimerais bien discuter avec vous de mes mathématiques.

— Tout à votre service. »

Leggen fit demi-tour, un air résolu sur son long visage grimaçant. Puis il se retourna : « Si jamais vous avez froid – trop froid –, la porte de l’ascenseur est ouverte. Vous n’avez qu’à entrer et à toucher le voyant marqué : UNIVERSITÉ/BASE. La cabine vous descendra puis remontera ici automatiquement. Clowzia vous montrera – si jamais vous oubliez.

— Je n’oublierai pas. »

Cette fois, il partit pour de bon et, en le regardant s’éloigner, Seldon sentait le poignard glacial du vent traverser son chandail. Clowzia revint vers lui, le visage légèrement rougi par la bise.

« Le docteur Leggen avait l’air ennuyé. Ou est-ce son air habituel ? »

Elle gloussa : « Effectivement, il a toujours l’air ennuyé, mais cette fois il l’est pour de bon.

— Ah bon, pourquoi ? » demanda tout naturellement Seldon.

Clowzia regarda derrière elle, faisant voltiger ses longs cheveux. Puis elle confia : « Je ne suis pas censée le savoir, mais je le sais quand même. Le docteur Leggen avait calculé qu’aujourd’hui, à cette heure précise, il devait se produire une percée dans la couche nuageuse et il avait escompté effectuer certaines mesures particulières à la lumière du soleil. Seulement… eh bien, regardez le temps. »

Seldon acquiesça.

« Nous avons ici des caméras d’holovision, il savait donc que le temps était couvert – plus encore que d’habitude – et je suppose qu’il espérait découvrir une défaillance des instruments si bien que tout serait de leur faute et que théorie serait hors de cause. Seulement, jusqu’à présent, on n’a rien décelé d’anormal dans leur fonctionnement.

— Et c’est ça qui lui donne cet air malheureux ?

— Eh bien, il n’a jamais l’air vraiment heureux. »

Seldon regarda alentour en plissant les yeux. Malgré les nuages, la lumière était vive. Il se rendit compte que la surface sous ses pieds n’était pas parfaitement horizontale. Il se tenait au sommet d’un dôme aplati et, lorsqu’il regarda au loin, il découvrit d’autres dômes dans toutes les directions, plus ou moins larges et hauts.

— La surface de la Couverture paraît irrégulière, remarqua-t-il.

— C’est à peu près partout pareil, je crois. Ça s’est trouvé ainsi.

— Il y a une raison particulière ?

— Pas vraiment. D’après les explications que j’ai entendues – j’ai regardé autour de moi et posé des questions comme vous, vous savez –, les gens de Trantor ont d’abord mis sous dôme certains édifices : les galeries commerciales, les terrains de sport, des choses comme ça, puis des villes entières, de sorte qu’il y avait des tas de dômes ça et là, plus ou moins hauts, plus ou moins larges. Quand ils se sont tous rejoints, la surface résultante était irrégulière mais, entre-temps, les gens avaient estimé qu’il ne pouvait pas en être autrement…

— Vous voulez dire qu’un élément tout à fait fortuit peut finir par s’intégrer dans une tradition ?

— Je suppose… si vous voulez voir les choses ainsi. » (Si quelque chose de tout à fait fortuit peut s’intégrer dans une tradition et devenir quasiment intouchable, se dit Seldon, peut-on l’instaurer en loi de la psychohistoire ? Cela paraissait trivial mais combien d’autres lois, tout aussi triviales, pouvaient alors exister ? Un million ? Un milliard ? Existait-il un nombre relativement réduit de lois générales dont on pouvait déduire en corollaire ces lois triviales ? Comment pourrait-il le dire ? Durant un moment, perdu dans ses pensées, il en oublia presque la morsure du vent.)

Clowzia sentait le vent, toutefois, car elle frissonna et lui dit : « Quel sale temps. Il fait bien meilleur sous le dôme.

— Vous êtes trantorienne ?

— En effet. »

Seldon se rappela la remarque de Randa sur l’agoraphobie des Trantoriens et lui demanda : « Ça ne vous ennuie pas de monter ici ?

— Je déteste, mais je veux décrocher mon diplôme de spécialisation et mon poste, et le docteur Leggen dit que je ne peux pas l’obtenir sans un minimum de travail sur le terrain. Alors voilà, je me retrouve ici, même si j’ai horreur de ça, surtout quand il fait ce froid. A propos, avec une température pareille, vous n’imagineriez pas qu’une végétation pousse sur ces dômes, n’est-ce pas ?