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— Oui, David, répondit la journaliste. Nous sommes toujours à New York. Nous venons d’entendre un son étrange dans la ville.

— Le moment est mal choisi pour traînasser. Nous nous retrouvons avec un sérieux problème sur les bras. Nous avons établi tous nos nouveaux projets en croyant que Rama resterait illuminé. Nous devons nous réunir au plus tôt.

— Entendu, répondit Wakefield. Nous repartons. Sauf imprévu, nous serons de retour à la base dans moins d’une heure.

Le Dr Shigeru Takagishi répugnait à quitter New York sans avoir résolu ce mystère, mais il comprenait que les circonstances n’étaient pas propices à une incursion dans la cité. À présent que leur glisseur filait sur les glaces de la mer Cylindrique, le scientifique japonais arborait un semblant de sourire. Il se sentait joyeux. Il savait que ce qu’ils venaient d’entendre était une nouveauté, un son très différent de ceux répertoriés par l’équipe d’exploration de Rama I, et il estimait qu’il s’agissait pour eux d’un excellent début.

* * *

Tabori et Wakefield furent les derniers à emprunter le télésiège de l’escalier Alpha.

— Takagishi était vraiment en colère contre Brown, fit remarquer Richard en aidant Janos à s’extirper de son siège.

Ils prirent la rampe en direction de la navette.

— Je ne l’avais encore jamais vu en rogne à ce point, répondit Tabori. Shig n’est pas un débutant et il connaît Rama comme sa poche. Que Brown n’ait pas accordé plus d’importance à votre découverte est l’équivalent d’une insulte, pour Takagishi. Je ne peux lui reprocher de s’être emporté.

Ils s’installèrent dans le wagonnet et s’enfoncèrent dans le tunnel éclairé en laissant derrière eux les ténèbres de la caverne de métal démesurée.

— C’était vraiment étrange, dit Richard. J’en ai eu la chair de poule. J’ignore si c’est vraiment une nouveauté ou si Norton et son équipe ont entendu la même chose il y a soixante-dix ans, mais je n’avais vraiment pas envie de faire le malin, là-haut sur les remparts.

— Même Francesca a eu un accrochage avec Brown, au début. Elle voulait baser son émission de ce soir sur une interview de Shig. Brown l’en a dissuadée, mais je doute qu’il ait réussi à la convaincre que ces étranges bruits sont sans intérêt. Heureusement que l’extinction des feux lui fournissait déjà de quoi faire un bon reportage.

Ils descendirent de la navette et approchèrent du sas.

— Whew, je suis crevé, déclara Janos. Nous venons de vivre deux journées interminables et bien remplies.

— Ouais. Nous devions passer les deux prochaines nuits au camp et nous voici de retour à bord. Je me demande quelles surprises Rama nous réserve encore.

Tabori lui sourit.

— Vous savez ce qu’il y a de plus drôle ?

Il n’attendit pas une réponse pour expliquer :

— Brown se prend pour le chef de cette expédition. Vous avez pu voir sa réaction, quand Takagishi a suggéré d’explorer New York dans le noir. Il croit sans doute que c’est lui qui a décidé d’interrompre cette sortie et de regagner Newton.

Richard le fixa, sans comprendre.

— Mais il se trompe, conclut Janos. C’est Rama qui a voulu notre départ. Et c’est Rama qui nous dictera notre conduite, désormais.

25. UNE AMIE DANS LE BESOIN

Dans son rêve il était allongé sur un futon d’un ryokan du XVIIe siècle. La pièce était très grande, on y dénombrait neuf tatamis. Sur sa gauche, au-delà du paravent ouvert, il voyait un magnifique jardin miniature où se dressaient de petits arbres et où courait un ruisseau bien entretenu. Il attendait une jeune femme.

— Êtes-vous réveillé, Takagishi-san ?

Il sursauta et tendit la main vers le com.

— Oui ? demanda-t-il d’une voix pâteuse. Qui est-ce ?

— Nicole Desjardins. Je suis désolée de vous joindre à une heure aussi matinale mais je dois passer vous voir. C’est urgent.

— Accordez-moi trois minutes, répondit-il.

On frappa à la porte de sa cabine sitôt le délai écoulé. Nicole le salua et entra, avec un cube de données.

— Je peux ? s’enquit-elle en désignant la console de l’ordinateur.

Le Japonais hocha la tête.

— Hier, les sondes ont signalé une demi-douzaine d’incidents, déclara-t-elle avec gravité.

Elle montra du doigt des points lumineux sur le moniteur, avant de préciser :

— Dont les deux irrégularités diastoliques les plus importantes enregistrées à ce jour.

Elle le fixa droit dans les yeux.

— Êtes-vous certain de m’avoir tout dit sur votre état de santé ?

— Absolument.

— En ce cas, j’ai de sérieuses raisons de m’inquiéter. Les problèmes d’hier indiquent que votre anomalie s’aggrave. Une nouvelle fuite a pu se déclarer dans la valvule. Il est aussi possible que votre séjour prolongé en apesanteur…

— N’est-il pas également possible que l’accentuation des symptômes soit due à un excès d’adrénaline ?

— C’est exact, docteur Takagishi. Le premier des deux écarts s’est produit peu après l’extinction des soleils de Rama, à l’instant où vous dites avoir entendu un « son étrange », pour vous citer.

— Et le second n’a-t-il pas eu lieu pendant mon altercation avec le Dr Brown, à mon retour au camp ? Si la réponse est oui, cela confirme mon hypothèse.

Desjardins pressa des touches sur la console et le logiciel appela une autre sous-routine. Nicole lut ce qui s’afficha dans les deux colonnes qui occupaient l’écran.

— Oui, c’est bien cela. Le deuxième incident a été enregistré vingt minutes après que le Dr Brown eut donné l’ordre d’évacuer Rama, vers la fin de votre réunion.

Elle s’écarta du moniteur.

— Mais je ne peux tirer un trait sur l’incident pour la simple raison que vous étiez surexcité.

Ils se dévisagèrent plusieurs secondes.

— Qu’essayez-vous de me dire, docteur ? Auriez-vous l’intention de m’assigner à résidence dans mes quartiers, à ce tournant capital de mon existence ?

— Je l’envisage, répondit-elle avec sincérité. J’accorde plus d’importance à votre santé qu’à votre carrière. J’ai laissé mourir un membre de cette expédition et je ne pourrais me pardonner une nouvelle erreur.

L’expression de son interlocuteur se fit suppliante.

— Je sais à quel point ces sorties dans Rama sont importantes pour vous. J’aimerais trouver une raison valable de ne pas tenir compte de ces enregistrements.

Elle s’assit au pied du lit et regarda ailleurs pour ajouter :

— En tant que médecin, cela me pose un cas de conscience.

Elle entendit Takagishi se rapprocher. Il posa doucement une main sur son épaule.

— Ces dernières journées ont été pour vous très éprouvantes, mais vous n’êtes pas responsable de ce qui s’est passé. Nous savons tous qu’il était impossible de sauver le général Borzov.

Elle lisait du respect et de l’amitié dans les yeux de Takagishi. Elle le remercia d’un sourire.

— Je vous suis très reconnaissant de ce que vous avez fait pour moi avant notre départ, ajouta-t-il. Si vous jugez devoir limiter mes activités, je n’émettrai aucune objection.

— Merde, grommela-t-elle en se levant. Ce n’est pas aussi simple. J’ai consacré plus d’une heure à étudier les données enregistrées au cours de la nuit. Regardez ceci. Tout a été absolument normal, au cours des dix dernières heures. Pas la moindre anomalie. Et il ne s’était pas produit d’incident depuis des semaines. Jusqu’à hier. Qu’avez-vous, Shig ? Votre cœur est-il en mauvais état ou simplement fantasque ?