En peu de temps la crapule perdit tout espoir de vaincre, et même les Doms commandant la horde d’esclaves ne pensèrent plus qu’à la fuite. À la vitesse d’une marée en reflux, la populace universaliste rompit les rangs et se précipita vers la rue Hordur, à la limite nord, aussi loin qu’elle le pouvait du théâtre des combats. Aussitôt, les Chevaliers et les S.S. se précipitèrent à la poursuite de ce ramassis informe et terrifié de bétail humain qui fonçait tête baissée vers le nord du parc.
La voiture de commandement de Feric roulait au cœur de cette poursuite triomphale, les armes de Remler et de Best décimant la canaille qui fuyait devant elle, la noble massue de Feric s’occupant des traînards. Le troupeau fou de terreur ne réussit pas à distancer la troupe d’assaut motorisée du Svastika, aussi la voiture de commandement et les S.S. à moto pénétrèrent bientôt dans l’arrière-garde, laissant derrière eux de grands tas de corps brisés et sanglants.
Bien plus, alors que les bandits en fuite se répandaient dans la rue Hordur, les motards de Stopa jaillirent de toutes les rues, de toutes les allées adjacentes, suivis de fantassins armés de chaînes et de massues. La canaille se trouvait prise entre le marteau et l’enclume.
De petits groupes d’ennemis s’égaillèrent dans toutes les directions, mais ils furent renversés par les escadrons à moto et abattus par les fantassins. Ceux qui parvinrent à fuir les environs immédiats du parc et à se réfugier dans les ruines fumantes de Borburg ne furent pas poursuivis. Mais toute la pègre universaliste à l’intérieur du périmètre des quatre rues entourant le parc fut scindée en groupes de plus en plus faibles et taillée en pièces.
Comme il restait quelques minutes de télévision après que le dernier des Universalistes eut été massacré, assommé ou chassé des environs du parc, Feric fit diriger la voiture de commandement vers le centre du parc. Autour de lui, les S.S. moteurs au ralenti, leur cuir noir souillé par la poussière et le sang de la bataille, formèrent un cercle d’honneur. Face à leurs camarades montés, une troupe de cinq cents fantassins S.S. au garde-à-vous. Derrière cette garde d’élite, les rangs des Chevaliers motards, puis la masse puissante de milliers de Chevaliers du Svastika, silhouettes glorieuses plastronnant dans leurs uniformes de cuir brun, la plupart généreusement éclaboussés de sang ennemi.
Autour de cette armée victorieuse gisaient les témoignages de ses prouesses, de son fanatisme impitoyable et de sa glorieuse victoire. Les corps des Universalistes et des Dominateurs jonchaient le parc, épars ou en monticules sanglants. Derrière le parc, de grandes flammes ondoyantes dévoraient les dernières traces de pestilence des taudis de Borburg.
Un micro fut tendu à Feric, debout sur le siège de sa voiture, pour qu’il s’adresse à ses troupes victorieuses. Quand il parla, sa voix se répercuta dans tout Heldon, ainsi que dans les rues encaissées de Borburg.
« Amis Helders, je vous salue ! Cette grande et glorieuse victoire d’aujourd’hui vivra à jamais dans les cœurs des vrais humains. Vive Heldon ! Vive le pur génotype humain ! Vive la victoire totale du Svastika ! »
En réponse, le rugissement de « Vive Jaggar ! » secoua les fondations de Heldon, spontanément répété une douzaine de fois, accompagné chaque fois du joyeux claquement de talons de milliers de bottes et d’une forêt de saluts du Parti défiant le ciel. Lorsque les applaudissements fervents se furent enfin calmés, le dernier meeting électoral se conclut avec solennité par le chant, repris en chœur, du nouvel hymne du Parti : Le Svastika est éternel, écrit pour l’occasion par Feric. Les nobles accents de cet air martial, scandés par les héros victorieux, mirent un digne point final à la manifestation du jour.
Après l’écrasant succès du meeting du Parc des Chênes, les trois derniers jours de la campagne ne furent plus qu’une promenade triomphale pour les Fils du Svastika ; l’élection de Feric Jaggar au Conseil d’État, avec la marge la plus confortable de toute l’Histoire, n’était plus mise en doute par personne.
IX
Quand les voitures à essence des membres du Conseil commencèrent à passer l’entrée d’honneur du Palais d’État, le décor était planté pour un grand moment d’Histoire. La première réunion d’un Conseil d’État nouvellement élu constituait toujours un événement de première grandeur, mais celle-ci s’annonçait d’importance, qui confrontait directement pour la première fois le vieil ordre dégénéré au héros du futur Nouvel Âge, Feric Jaggar. Il n’était pas exagéré de dire que le peuple de Heldon retenait son souffle racial.
Le Palais lui-même offrait un cadre approprié à un tel événement : édifice impressionnant de marbre noir dont chacune des quatre façades s’ornait de bas-reliefs gigantesques représentant quatre batailles de l’Histoire de Heldon. L’entrée de parade s’ouvrait face au boulevard de Heldon, précédée d’un splendide tapis de gazon. Une longue allée montait en serpentant gracieusement vers le portique d’entrée et redescendait ensuite en une courbe d’une égale douceur vers le boulevard, sur lequel se trouvait rassemblée une énorme foule. Une rangée de soldats aux uniformes vert-de-gris et casqués d’acier bruni interdisait à cette foule l’accès aux pelouses du Palais.
Les voitures banales des conseillers arrivèrent l’une après l’autre, escortées tout au long du chemin par une garde d’honneur de motards de l’armée. Les politiciens, tout aussi anodins, mirent pied à terre et disparurent à l’intérieur de la bâtisse ; seul manquait Feric. La tension dramatique, au sein de la foule qui stationnait sur le boulevard, dans le cœur de tous les téléspectateurs sur les places publiques de Heldon, ne cessa de croître : tous attendaient l’apparition de Feric Jaggar.
Enfin, l’on perçut le grondement des motocyclettes qui remontaient pleins gaz le boulevard vers le Palais d’État, et, l’instant d’après, la voiture de Feric, noire et luisante, apparaissait derrière un groupe de dix motards S.S., resplendissants dans leurs habits de cuir noir et leurs capes rouges à croix gammée, déployant en tête de la colonne deux immenses drapeaux du Parti. Feric lui-même, silhouette majestueuse en uniforme noir et écarlate, dont les galons scintillaient au soleil, se tenait debout à l’arrière de l’habitacle ouvert, la main gauche posée sur le dossier du siège devant lui.
Lorsque le convoi quitta le boulevard pour s’engager à vive allure sur l’allée, les badauds qui peuplaient les trottoirs firent spontanément le salut du Parti, souligné de fervents « Vive Jaggar ! » qui se répétèrent jusqu’à ce que la voiture eût atteint le portique. Feric, en réponse, étendit le bras pour un salut qu’il maintint jusqu’à l’arrêt complet, à la joie de tous.
Il descendit alors de la voiture, et l’escorte S.S. mit aussitôt pied à terre, six de ses membres se figeant au garde-à-vous devant la petite volée de marches de marbre, au grand dam des fonctionnaires de l’armée. Les deux porte-drapeaux précédèrent Feric dans l’escalier, tandis que les deux derniers S.S. formaient une garde d’honneur derrière lui. Juste avant d’entrer dans le bâtiment, Feric s’arrêta, fit demi-tour en claquant les talons et gratifia derechef la foule du salut du Parti. Enfin, accompagné par un chœur de « Vive Jaggar ! », Feric et son escorte S.S. pénétrèrent dans le Palais d’État.
Feric parcourut un long corridor aux murs de marbre blanc, au plancher de céramique rouge, blanche et noire, et au plafond abondamment décoré de peintures, en direction d’une enfilade de grandes portes de bois décorées de lourds ornements de cuivre, flanquées d’un soldat de l’armée régulière. Les bottes ferrées de la garde d’honneur S.S. battaient un rythme martial sur le plancher de céramique brillante alors que la troupe s’approchait des fonctionnaires d’apparat. Les porte-drapeaux s’arrêtèrent fièrement devant les soldats avec un claquement de talons, frappant l’extrémité des hampes contre le sol et rendant le salut du Parti au cri de « Vive Jaggar ! » Derrière ces admirables S.S., Feric attendit un instant, tandis que les deux soldats, hésitant entre leur inclination naturelle à rendre le salut et les ordres pusillanimes reçus, hésitaient sur l’attitude à adopter. Ils se contentèrent finalement d’ouvrir les doubles portes et Feric, précédé de ses porte-drapeaux et suivi des deux gardes S.S., pénétra dans la salle du Conseil.