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Au centre de la pièce en forme de petite rotonde avait été disposée une grande table ronde de bois noir incrusté de céramique blanche et rouge. Neuf chaises assorties étaient également réparties autour de la table ; toutes, sauf une, étaient occupées par des créatures fort peu ragoûtantes, qui, réagissant comme autant de cafards soudain exposés à la lumière lorsque Feric et ses hommes entrèrent à grands pas dans la pièce, se tortillèrent d’un air inquiet sur leurs sièges en manifestant une molle consternation. Entouré de sa garde d’honneur, Feric marcha vers le siège vide et s’y assit, tandis que les quatre S.S. se figeaient au garde-à-vous en claquant les talons, saluaient, et criaient « Vive Jaggar ! »

« Faites sortir immédiatement vos spadassins de la salle du Conseil, siffla une créature sénile en laquelle Feric reconnut Larus Krull, le vénérable chef libertarien.

— Je n’en ferai rien, répliqua Feric ; ce sont au contraire ces S.S. d’élite qui éjecteront bientôt vos carcasses inutiles de ce bâtiment.

— Il n’existe pas de précédent d’une garde privée dans cette pièce, Purhomme Jaggar, gémit un bellâtre en oripeaux bleu et or. Celui-ci était Rossback, l’un des trois Traditionalistes, un véritable crétin.

— Je viens de remédier à cette omission, répliqua sèchement Feric.

— J’exige que vous fassiez sortir vos hommes ! répéta Guilder, sbire notoire de Krull.

— Il nous faut voter sur cette question », dit l’Universaliste Lorst Gelbart, véritable et répugnant amas de protoplasmes. Pourtant, dès que cette créature pustuleuse eut ouvert la bouche pour lâcher son vent, les autres scélérats, manifestant une étrange déférence, se turent aussitôt pour porter une profonde attention à ses propos. Rien d’étonnant à cela : il suffit à Feric, expert en la matière, d’un regard pour comprendre que ce Gelbart, avec ses cheveux noirs et gras, sa grossière tunique bleue et ses yeux chassieux, était en fait un Dominateur ! Sa peau rude et malpropre dégageait l’odeur des Doms. Si la répugnante créature n’avait pas encore capturé le Conseil dans un champ de dominance, ce n’était qu’une question de temps, et il n’en faudrait plus beaucoup, au train où allaient les choses !

Il ne paraissait donc pas utile de perdre son temps en amabilités mielleuses. « Je ne suis pas venu à cette réunion pour badiner ou pour chicaner sur des points de procédure, ces passe-temps convenant mieux aux individus de votre genre », dit Feric, jetant sur chaque conseiller humain un regard méprisant, afin qu’ils ne pussent douter du peu d’estime en lequel il les tenait. Lorsque ses yeux rencontrèrent ceux de Gelbart, ce fut un instant étrange, chacun reconnaissant et jaugeant les forces en présence, mais le Dom puant ne fit, par prudence, aucune tentative pour prendre Feric dans sa nasse psychique.

« Je suis ici pour présenter le programme de base des Fils du Svastika et pour en demander l’application immédiate et totale, poursuivit Feric. La volonté raciale n’exige pas moins. »

Bien évidemment, les mâchoires des vieilles outres à vent tombèrent sous le choc de cette déclaration abrupte : ils déglutirent et ouvrirent la bouche avec ensemble comme autant de carpes à l’air libre. Gelbart, quant à lui, ne se départit pas un instant de sa froideur inhumaine.

Ignorant les protestations impuissantes et silencieuses, Feric détailla les exigences de base du Parti. « Premièrement, le traité de Karmak doit être dénoncé et tous les mutants et métis extirpés à jamais du dernier pouce de territoire helder. Deuxièmement, les lois sur la pureté raciale doivent être sévèrement renforcées et, tenant compte du relâchement qui a permis dans le passé à toutes sortes d’agents contaminants de s’infiltrer dans le creuset génétique de Heldon, des camps de sélection devront être installés dans tout le pays, où seront retenus tous les Helders dont la pureté génétique souffre la moindre contestation, jusqu’à ce que leur généalogie et leur structure génétique aient été rigoureusement examinées. Ceux dont sera prouvée la contamination génétique auront le choix entre l’exil et la stérilisation. »

Feric fixa froidement Gelbart, sans manifester la moindre émotion ; il sentit pourtant le Dom réaliser pleinement qu’il était démasqué. « Tous les Dominateurs qui seront découverts seront bien entendu abattus. Troisièmement, il faut rapidement tripler les effectifs de l’armée pour pouvoir lutter efficacement contre les hordes de mutants qui nous entourent. Enfin, pour que cette nouvelle politique nationale soit mise en œuvre avec le maximum de rigueur et d’efficacité, ce Conseil doit voter la suspension de la Constitution et me confier les pouvoirs spéciaux pour gouverner par décret.

— Cet homme est fou ! » piailla Pillbarm, doyen des Traditionalistes, vieux pruneau desséché qui n’avait pas encore jusque-là révélé ses talents oratoires.

Feric fut aussitôt debout, la Grande Massue de Held à la main, image même de l’indignation vertueuse. « L’un de vous oserait-il ici parler en faveur de la contamination de notre substrat génétique par les mutants et les métis ? Défendrez-vous l’existence de la tourbe des Dominateurs au prix de votre vie ? Oseriez-vous déclarer devant le peuple de Heldon qu’une position de faiblesse est préférable à une politique de fermeté déclarée soutenue par une volonté d’acier ? »

Il n’y eut aucune réaction à ce défi tonitruant ; cela seul indiquait clairement que le champ de dominance de Gelbart était rien de moins qu’établi. Comme sur un ordre, les couards se rejoignirent, dans l’attente de la réponse du Dom lui-même.

« Toutes ces histoires de pureté génétique sont dépassées depuis longtemps, Jaggar, fit Gelbart avec un petit sourire cruel. Déjà, un nombre important de gens demandent l’importation de grandes masses de mutants pour leur faire exécuter les basses besognes nécessaires au maintien d’une haute civilisation. Bientôt Heldon comprendra que la solution de loin la meilleure est d’élever des créatures débiles, des robots protoplasmiques si vous préférez, à l’exemple de Zind. Vous prêchez dans le désert. L’indolence naturelle de l’être humain est votre plus grand ennemi. »

Feric ignora complètement Gelbart ; il était inutile de discuter avec un Dom, et plus encore d’essayer de convaincre ces lâches victimes de leur devoir racial. La seule solution pour en finir avec la peste qui rongeait le cœur de Heldon était la force brutale.

Feric rengaina le Commandeur d’Acier mais resta debout, fouaillant de son regard implacable chaque membre du Conseil. Tous, sauf Gelbart – qui, bien entendu, était au-dessus d’une telle réaction humaine – frémirent sous cette agression psychique.

« J’ai fait mon devoir de pur humain en vous donnant un conseil loyal et une chance de vous prêter sans contrainte à l’expression de la volonté raciale, dit sèchement Feric. Si vous ne votez pas sur-le-champ le programme du Parti, vous reconnaîtrez ouvertement la faillite morale du gouvernement de la Grande République, et les conséquences en retomberont sur vos têtes. »