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— Les S.S. continueront d’exister en tant que troupes d’élite, poursuivit Feric. Comme vous le savez, les critères génétiques, intellectuels, physiques et idéologiques des S.S. sont les plus élevés. Mais leur puissance ne s’opposera jamais à celle de l’armée. Sur ce point, vous avez ma parole.

— Accepté, dit simplement Forman.

— Enfin, Waffing sera ministre de la Sécurité. Bien que ce poste soit traditionnellement réservé à un civil, Waffing sera nommé maréchal pour bien montrer l’étroitesse et la cordialité des relations entre l’armée et la direction suprême. »

À ces mots, Forman esquissa enfin un sourire. Il se leva. « Au nom du Haut-Commandement, j’engage notre loyauté à l’égard du Commandeur Suprême de Heldon. » Le maréchal claqua les talons et fit le salut du Parti, au cri de « Vive Jaggar ! »

Feric, étreint par l’émotion, se dressa et rendit le salut. Quel grand moment dans l’Histoire de Heldon – le Svastika et l’armée, enfin réunis ! À eux deux, ils balaieraient la Terre !

« Si vous souhaitez que l’armée s’occupe de Stopa et de sa clique, il vous suffit d’en donner l’ordre », dit Forman.

Une certaine tristesse tempéra l’exaltation qui régnait dans le cœur de Feric ; la perfidie de Stopa et des ex-Vengeurs pesait sur son âme. Il était tenté de remettre l’affaire entre les mains de l’armée ; ce serait moins déchirant pour lui. Mais le Parti se devait d’assurer sa propre discipline.

« Je dois décliner cette offre, dit tristement Feric. Ces hommes ont trahi le Svastika. Nous nous devons et devons à Heldon de nettoyer nos rangs de tout élément de contamination.

— Je comprends le courage qui vous est nécessaire pour prendre cette décision, dit Forman. Mais un homme doit maintenir une discipline de fer parmi ses troupes. »

Dans le petit jour blême et froid, Feric dirigeait lui-même un convoi S.S., d’abord à travers les rues vides et silencieuses de Heldhime puis dans la campagne assoupie, en direction des baraquements des Chevaliers. L’honneur n’exigeait pas moins, car Stopa avait juré fidélité à Heldon et à la personne de Feric. Celui-ci ressentait la même obligation sociale que le maître d’un chien devenu enragé : il était de son devoir de mettre fin de sa propre main aux souffrances de la créature.

Pour ce faire, Feric avait équipé trois cents S.S. de mitraillettes et de massues et les avait embarqués dans des camions. Trois cents S.S., l’élite de l’élite, opérant en douceur et en silence, pouvaient, à eux seuls, réussir l’excision chirurgicale, là où une attaque en masse aurait risqué de déclencher une bataille sanglante susceptible d’entraîner la mort de nombreux Chevaliers, pourtant récupérables.

Aussi, le convoi de camion une fois parvenu à trois kilomètres du cantonnement, Feric ordonna l’arrêt, fit descendre ses hommes, et, flanqué de Waffing et de Remler, les dirigea à travers les champs couverts de rosée. Pas un de ces jeunes héros n’émit une protestation ; Waffing fut le seul à abandonner son siège pour la marche avec un enthousiasme légèrement amoindri. Feric se dérida quelque peu à la vue du commandant, fier mais décidément hors de forme, qui soufflait et ahanait pour arriver à suivre les longues enjambées de son chef, manifestement incommodé par le rythme d’enfer, mais n’ayant pas la moindre intention d’en souffler mot.

Feric avait décidé d’implanter le camp des Chevaliers au sommet d’un mamelon dominant la route de Heldhime, afin de rendre aussi difficile que possible une attaque par surprise. Il subissait lui-même à présent les conséquences de sa clairvoyance militaire. Il forma ses hommes en groupes d’assaut à l’abri d’un fossé profond, au pied du tertre, et se mit à étudier la situation. Là-haut, les baraquements en bois étaient entourés d’une barrière électrifiée : il y avait un mirador à chaque coin, muni d’un projecteur et d’une mitrailleuse, et les gardes patrouillaient à intervalles très rapprochés. Des mitrailleurs gardaient la porte, également électrifiée. Feric savait trop bien qu’une telle installation était militairement inexpugnable, en ayant lui-même dessiné les plans. Pour prendre la place, il ne fallait compter que sur la puissance de la volonté.

« Bien. Remler, dit-il au commandant S.S., qui s’impatientait à ses côtés, je vous charge de contenir les hommes ici pendant que Waffing et moi-même monterons jusqu’à la porte et ordonnerons aux sentinelles de l’ouvrir. Cela fait, vous entrerez avec vos hommes. Il faut à tout prix éviter de tirer avant d’avoir atteint le quartier des officiers.

— Mais, Commandeur, je tiens à être en première ligne ! Laissez-moi vous accompagner ! »

Feric fut profondément touché par le fanatisme de Remler ; il comprenait fort bien ses sentiments, mais sa présence ne ferait que compliquer les choses lors du face-à-face avec les gardes. « Désolé, Remler, mais, si vous vous montrez, les gardes vont se douter de quelque chose. »

Pour toute réponse, Remler claqua les talons et fit silencieusement le salut du Parti. Feric le gratifia d’un petit sourire, lui rendit son salut, puis entraîna Waffing à découvert sur la route qui montait à la porte principale.

Ils n’avaient pas gravi la moitié de la pente qu’ils furent pris dans un faisceau de lumière ; au moins la perfidie de Stopa n’avait-elle pas entraîné l’affaiblissement total de l’efficacité de la garnison. Le projecteur illuminant le chemin jusqu’à la porte, Feric se drapa entièrement dans les plis de sa cape écarlate à croix gammée, voûta les épaules et s’abrita derrière la rotondité bien reconnaissable de Waffing, qui poursuivait sa marche assurée en direction des gardes inquiets, tenant parfaitement son rôle.

Feric se tapit dans un coin dans l’ombre tandis que Waffing atteignait la porte et beuglait aux mitrailleurs : « Ouvrez immédiatement !

— Le commandant Stopa nous a ordonné de ne laisser entrer personne cette nuit, bafouilla l’un des gardes, parfaitement conscient de l’identité de l’officier qui se trouvait devant lui.

— Ouvrez la porte ou je vous fais fusiller pour insubordination, bande de cochons ! répliqua Waffing. Je suis le commandant en chef Lar Waffing, et mes ordres ont le pas sur ceux de Stopa !

— Nous avons l’instruction formelle de n’admettre personne sous peine de mort, bégaya l’autre garde. Nous demandez-vous de violer l’ordre d’un supérieur ? »

Feric comprit que ces deux braves garçons souffraient un véritable dilemme, ne sachant à quel ordre il était de leur devoir d’obéir. Il était le seul à pouvoir dissiper leurs doutes. Rejetant d’un coup sa cape derrière le dos, Feric, se dévoilant d’un geste magnifique, avança dans l’éclat du projecteur.

Instantanément, les deux jeunes mitrailleurs se figèrent au garde-à-vous en claquant les talons et saluèrent, bras tendu, soulignant à l’unisson leur geste d’un « Vive Jaggar ! »

Feric rendit le salut et lança sèchement : « Je prends le commandement direct de cette garnison. Le commandant Stopa est relevé de ses fonctions. Vous ne suivrez que mes ordres. Ouvrez la porte immédiatement pour faire entrer les S.S. qui me suivent. Quand ils seront à l’intérieur, vous refermerez la porte et ne laisserez plus personne entrer ou sortir avant que je ne l’aie moi-même ordonné. Vous ne préviendrez personne de notre arrivée. Est-ce clair ?

— Oui, Commandeur !

— Très bien, les gars, dit Feric, radouci. Je me souviendrai du jugement sain et du sens du devoir dont vous avez fait preuve cette nuit. »

En deux minutes, les trois cents S.S. étaient dans la place, rassemblés autour de Feric. Sur un signe qu’il fit de la tête en direction des grands baraquements des officiers au centre du camp, les S.S. passèrent à l’action. Les consignes de Feric étaient simples. Chaque S.S. devait rapprocher le plus possible en rampant des baraques, avec l’ordre de ne tirer qu’après avoir entendu le premier coup de feu. La surprise serait d’autant plus grande qu’ils seraient plus proches.