Feric tomba à revers sur une vingtaine de Guerriers, brisant leur crâne d’un magistral coup de la Grande Massue. Fait incroyable, les géants de trois mètres continuaient à avancer vers les lignes de Waffing, ignorant les motards S.S. et les tanks alors même que ceux-ci les mettaient en pièces. Les motards S.S. fauchèrent des rangées entières de Guerriers avec leurs mitrailleuses sans rencontrer de résistance. Best descendit vingt créatures d’une seule rafale, son visage exprimant une totale incrédulité.
Avant que les Doms restants aient pu faire tourner leurs arrières pour parer à l’attaque S.S., Feric et ses hommes plongèrent au cœur de la horde, infligeant de pertes considérables à l’ennemi ; en outre, tant de fourgons avaient été détruits et tant de Dominateurs abattus qu’il y avait plus de Guerriers fous frappant à l’aveuglette que de troupes disciplinées. La formation de Zind en marche vers les positions de Waffing s’écroula dans une folle mêlée de bêtes piaillantes, affolées et défécantes.
Voyant cela, et comprenant que les hommes de Feric étaient arrivés à pied d’œuvre, les survivants de l’armée de Waffing se ruèrent hors des tranchées et chargèrent avec la dernière énergie.
La horde zind, déjà en plein désarroi, se trouva prise entre deux grandes lignes de Helders héroïques en mouvement. Dans ces conditions, l’issue de la bataille ne pouvait plus laisser de doute.
Se taillant un chemin à la force du poignet dans une véritable mer de Guerriers à l’odeur aigre qui battaient piteusement l’air dans leur agonie, Feric se sentit envahi d’une glorieuse ivresse. Chaque grand coup du Commandeur d’Acier écharpait une paire de monstres obscènes ; chaque Guerrier abattu était un obstacle en moins sur la route vers la victoire finale. Autour de lui, les S.S. fauchaient les Guerriers avec une frénésie toujours croissante, paraissant disposer d’immenses réserves de force hystérique, tirant peut-être des ressources insoupçonnées de la volonté raciale elle-même. Feric et ses hommes étaient unis dans la communication d’un combat héroïque et triomphant, où temps et fatigue étaient des mots dénués de sens.
Feric n’aurait pu dire combien de temps s’était écoulé depuis le début de la bataille. Il poussa sa moto dans l’enfer bouillonnant de la horde en transes, écrasant tout devant lui avec la Grande Massue. Son uniforme de cuir noir semblait teint en rouge ; le sang s’écoulait du fût argenté du Commandeur d’Acier, poissant sa main d’une riche liqueur incarnate. Et pourtant il ne ressentait pas la moindre lassitude. Les Guerriers, devant lui, étaient là pour être massacrés, et il les massacrait ; l’univers de guerre dans lequel il se mouvait n’avait pas d’autres paramètres.
Enfin, il y eut davantage de Guerriers parsemant la campagne que de Guerriers vivants courant sans but ; bientôt Feric n’abattit plus les répugnantes créatures qu’une à une et non plus par paquets, les cibles pour son arme irrésistible se faisant plus rares et lointaines.
À quelques mètres devant lui, Feric aperçut deux Guerriers, juchés sur un monceau de cadavres de leurs pareils, qui se rouaient de coups de massue sans grand enthousiasme. Il dirigea sa moto vers eux, visant les têtes. Mais avant même que la Grande Massue fît mouche, l’une des créatures poussa un hurlement et tomba dans un grand éclaboussement de cervelle ; Feric dut se contenter d’abattre l’autre.
Et comme par enchantement apparut devant lui la lourde silhouette de Lar Waffing, son uniforme kaki poissé de sang, à la main une grande massue teintée de vermillon.
Dans un hurlement de freins, Feric arrêta sa moto devant un Waffing hilare et mit pied à terre. Un instant plus tard, Best s’arrêtait à leurs côtés. Les trois hommes se tinrent ainsi en silence durant quelques instants pendant que les S.S. acclamaient les troupes vert-de-gris. Les mâchoires du piège s’étaient refermées – la horde de Zind était détruite.
Ce fut le bouillant Waffing qui rompit ce silence solennel. « Nous avons réussi ! s’écria-t-il, Heldon est sauvé ! C’est le plus grand moment de l’Histoire du monde !
— Non, mon cher Waffing, corrigea Feric, le plus grand moment de l’Histoire du monde sera celui de l’anéantissement du dernier Dominateur. Réjouissez-vous d’une belle victoire, mais ne la confondez pas avec la fin de la guerre.
Waffing acquiesça, et les trois hommes regardèrent le soleil se coucher sur le champ de bataille. De l’endroit où ils se tenaient jusqu’à la rivière Roul s’étendait une vaste zone entièrement tapissée des corps de l’ennemi et des débris de son matériel. Les S.S. et les pelotons de nettoyeurs commençaient à manœuvrer dans cet immense charnier ; de temps à autre une rafale rompait le silence majestueux. Les rayons rouges du soleil couchant semblaient auréoler les silhouettes de Feric et de ses deux paladins et baigner le champ de victoire dans un feu céleste.
XI
Les hordes de Zind temporairement rejetées au-delà du Roul, la construction du nouvel Heldon progressa selon un rythme à couper le souffle. La victoire de Lumb avait enflammé les esprits de la race helder, en même temps que la certitude de voir bientôt les Dominateurs lâcher derechef leurs ignobles esclaves sur le sol sacré de l’humanité les poussait à d’incroyables actions, preuve d’une abnégation fanatique et d’une énergie sans précédent.
Le programme des camps de sélection surtout mit en valeur les qualités inhérentes au Nouvel Ordre. Rien ne satisfaisait davantage Feric que de visiter ces camps, car l’ardeur patriotique qui animait le pays vivait là son expression la plus haute et la plus tangible.
C’est donc avec une joie anticipée que Feric franchit l’entrée principale du tout dernier camp de sélection de Heldon, à proximité de la bordure nord de la Forêt d’Émeraude, pour une inspection amicale sous la conduite de Bors Remler lui-même. À ses côtés, le commandant S.S. rayonnait de ferveur patriotique, et Feric se fit la réflexion que Waffing lui-même, qui avait accompli des miracles avec l’armée et l’industrie d’armement, n’arrivait pas à la cheville de Remler et des S.S. pour les exploits qu’ils avaient accomplis durant ces deux mois de fièvre.
Le camp apparaissait comme une construction assez modeste. Un rectangle de barrières électrifiées entourait un grand hangar et des rangées de baraquements en bois, le tout dominé aux quatre coins par des miradors. Les baraques étaient assez vastes pour loger environ dix mille Helders en permanence ; pour faire la preuve de l’efficacité surhumaine des S.S., Remler avait promis un renouvellement complet de la population des trois douzaines de camps tous les cinq jours, et il avait dès à présent fait mieux qu’améliorer cette performance.
Bien évidemment, rien de tout cela n’eût été possible sans le soutien fanatique du peuple de Heldon tout entier, à l’image des deux mille personnes alignées par Remler dans la cour principale du camp. C’étaient pour la plupart des individus sans tare apparente, ayant provisoirement troqué leurs vêtements civils contre les tuniques grises numérotées du camp de sélection. Bien que ce séjour au camp fût considéré par tous comme une épreuve, y compris par l’écrasante majorité qui obtenait un nouveau certificat, Feric remarqua avec plaisir qu’aucun visage maussade ne déparait le lot. Sans doute la perspective d’intégrer les formations S.S. contribuait-elle fortement au moral élevé qui régnait dans les camps, car à tout moment les pensionnaires pouvaient jouir du spectacle éblouissant de quelque spécimen de la virilité S.S., grand, blond, physiquement parfait, en cuir noir ajusté et cape vermeille, exemple galvanisateur s’il en fût.