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Terence interrompit sa citation.

— Hantée ?

— Hantée ? fit gaiement Tossie avant de pousser une version miniature d’un cri, une sorte de « criolet ». Évidemment ! Mme Iritosky dit qu’il y a en certains lieux des portes entre notre monde et le suivant.

Je regardai Verity. Elle était sereine. Le fait que Tossie vînt de décrire un transmetteur ne l’avait pas ébranlée.

— Elle sait que les âmes des défunts s’attardent à proximité du passage qu’elles ont emprunté pour nous quitter. C’est pour cela que tant de séances ne donnent aucun résultat. Elles se déroulent trop loin d’un de ces accès. Voilà pourquoi Mme Iritosky n’en organise qu’à son domicile. Et existe-t-il un emplacement plus logique qu’un cimetière, pour une porte de ce genre ?

Elle leva les yeux vers la voûte et criola encore.

— Ils pourraient être ici, avec nous !

— Je présume que le marguillier doit être au courant de ces choses, déclara Verity.

Si c’était le cas, il aurait apposé un écriteau supplémentaire. « Apparitions interdites, ectoplasmes formellement prohibés ».

— Oh, oui ! Monsieur St. Trewes, nous devons aller l’interroger !

Ils sortirent, lurent la pancarte et partirent vers Harwood House où le marguillier leur réserverait certainement un accueil chaleureux.

Verity en profita pour reprendre ses explications.

— Tout ce que M. Dunworthy m’a dit, c’est qu’il me renverrait ici deux heures après mon sauvetage du chat. Et que je devrais revenir aussitôt si je remarquais un décalage inhabituel, ou d’étranges coïncidences. J’en ai déduit que la Princesse Arjumand était de retour à Muchings End. Mais elle n’y était pas. Tossie avait découvert sa disparition et toute la maisonnée la cherchait. Je n’ai pas eu le temps de retourner consulter M. Dunworthy que Mme Mering nous emmenait à Oxford et que Tossie faisait la connaissance du comte de Vecchio.

— Le comte de Vecchio ?

— Un jeune homme qui a assisté à une des séances. Riche, beau et charmant. Il serait parfait, si son nom débutait par un « C » et non par un « V ». Il se dit passionné par la théosophie, mais c’est surtout Tossie qui l’intéresse. Il a insisté pour s’asseoir près d’elle et, après avoir pris sa main dans la sienne, il lui a dit de ne pas s’effrayer si elle sentait des esprits lui effleurer les jambes. C’est pour les séparer que j’ai suggéré de faire une promenade au bord de la Tamise. Mais Terence, dont le nom ne commence pas non plus par un « C », est arrivé à la rame et s’est épris d’elle. Ce qui n’a rien d’étonnant. Tous les jeunes mâles sont sensibles à ses charmes.

Elle me lorgna sous sa voilette.

— À propos, pourquoi faites-vous exception à la règle ?

— Parce qu’elle croit que Henry VIII a eu huit femmes.

— J’aurais pensé que votre déphasage vous rendrait vulnérable, prêt à tomber éperdument amoureux de la première fille que vous verriez.

— C’était vous, lui rappelai-je.

Si elle avait été la rose virginale dont elle avait l’aspect, elle eût viré au cramoisi. Mais elle était originaire du XXIe siècle, et ce fut d’une voix d’infirmière qu’elle affirma :

— Vous vous en remettrez dès que vous aurez bénéficié d’une bonne nuit de sommeil. J’aimerais pouvoir en dire autant des prétendants de Tossie. Surtout de Terence, qui ne la laisse pas non plus indifférente. Elle a insisté pour venir à Iffley alors que Mme Iritosky avait prévu une séance pour retrouver la Princesse Arjumand. En chemin, elle m’a demandé si je pensais qu’un cake aux raisins convenait pour un mariage, et j’ai commencé à craindre que mon acte inconsidéré n’ait provoqué une incongruité. Le comte de Vecchio et Terence ne l’auraient jamais rencontrée si elle n’était pas venue à Oxford, et leurs noms ne commencent pas par un « C ».

J’étais de nouveau perdu.

— Pourquoi accordez-vous tant d’importance à leurs initiales ?

— Parce que cet été – je dis bien cet été – elle épousera un « C » et quelque chose.

— Comment le savez-vous ? Je croyais son journal illisible.

— Il l’est.

Elle gagna un banc, à côté d’un écriteau où était précisé : « Il n’est autorisé de s’asseoir sur les bancs que pendant les offices ».

— Coventry commence également par un « C », et c’est là-bas que sa vie a été bouleversée à tout jamais.

Elle secoua la tête.

— On trouve dans un de ses journaux, en date du 6 mai 1938 : « Cet été, nous célébrerons nos cinquante ans de mariage, et je suis plus heureuse que je n’aurais pu l’espérer en étant l’épouse aimante de monsieur C… » Un pâté couvre le reste du nom.

— Un pâté ?

— Une tache. Les plumes bavaient, à l’époque.

— Vous êtes sûre que c’est un « C » ?

— Oui.

Ce qui éliminait non seulement le comte de Vecchio et Terence mais aussi le professeur Peddick, Jabez et, Dieu merci, moi.

— Qui est ce M. Chips, Chesterton ou Coleridge avec qui elle va convoler en justes noces ?

— Je n’en ai pas la moindre idée. Personne qu’elle a cité ou qui est allé à Muchings End, en tout cas. J’ai interrogé Colleen. C’est la bonne. Elle n’en a jamais entendu parler.

Des voix l’incitèrent à se lever.

— Suivez-moi et feignez de vous intéresser à l’architecture.

Elle gagna les fonts baptismaux, qui parurent la passionner.

— Vous ignorez donc qui est ce monsieur C tout en sachant que Tossie ne l’a pas encore rencontré et qu’elle l’épousera cet été, résumai-je en lisant un écriteau où était précisé : « Il est interdit de déplacer le mobilier ».

— Absolument. Ce qui ne saurait tarder, car la mi-juin approche et après les fiançailles les bans doivent être lus à l’église trois dimanches de suite, sans oublier la rencontre des parents et la préparation du trousseau.

— Quand se sont-ils mariés ?

— L’église de Muchings End a été incendiée pendant la Pandémie et elle n’en parle pas dans ses autres journaux.

— Mais on doit y trouver son nom. En cinquante ans de vie commune, elle n’a tout de même pas mentionné son mari que le 6 mai 1938 !

— Elle s’y est toujours référée en tant que son « époux adoré » ou « compagnon aimé ». Adoré et aimé étant soulignés.

Je hochai la tête.

— Et suivis de points d’exclamation.

J’avais dû lire sa prose pour y chercher des références à la potiche de l’évêque.

Nous allâmes vers le collatéral.

— Elle a interrompu leur rédaction après son mariage et repris ses vieilles habitudes en 1904. Ils vivaient alors en Amérique, et il jouait dans des films muets sous le pseudonyme de Bertram W. Fauntleroy qu’il a changé en Reginald Fitzhugh-Smythe en 1927, à l’avènement du parlant.

Elle s’arrêta devant un vitrail à moitié dissimulé par la pancarte : « Ne pas ouvrir ».

— Il a principalement interprété des rôles d’aristocrates britanniques.

— Ce qui signifie qu’il devait en être un. C’est déjà ça, non ? Nous n’aurons pas à nous méfier des vagabonds venus quémander un quignon de pain.

Je pensai à autre chose.

— Et sa rubrique nécrologique ?

— Y figurent son nom de scène et celui de Tossie. Elle vivra jusqu’à quatre-vingt-dix-sept ans et aura cinq enfants, vingt-trois petits-enfants et un grand studio hollywoodien.

— Et Coventry ? Elle a pu rencontrer l’homme de sa vie pendant qu’elle admirait la potiche de l’évêque.

— C’est possible, ce qui pose un autre problème. Les Mering n’ont pas l’intention d’aller à Coventry, seulement à Hampton Court pour voir le fantôme de Catherine Howard. En outre, elles n’ont encore jamais visité cette ville. Je le sais, car j’ai demandé…