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Ni l’un ni l’autre, pensai-je.

— L’aval. Où est le bureau de poste ?

— L’aval ! Alors, vous l’avez déjà vu. Charmant, n’est-ce pas ?

Elle me tendit un oreiller en satin jaune où un moulin et « Souvenir d’Iffley » avaient été peints au pochoir.

Je m’empressai de lui rendre son bien.

— Très joli. D’où puis-je expédier un télégramme ?

— Du bureau de poste, mais j’ai toujours estimé qu’il était plus convenable d’envoyer une lettre, pas vous ?

Elle me montra des feuilles qui avaient pour en-tête « Salutations amicales d’Abingdon ».

— Un demi-penny l’une et un penny l’enveloppe.

— Non, merci. Où avez-vous dit que se trouvait le bureau de poste, déjà ?

— Au bas de la rue. En face de la grille de l’abbaye. L’avez-vous visitée ? Nous en avons une reproduction absolument adorable. Mais peut-être préférez-vous nos statuettes d’animaux en porcelaine. Peintes à la main. Ou des essuie-plumes.

Je finis par acheter un bouledogue qui ne ressemblait pas à Cyril – ni à un chien, d’ailleurs – pour pouvoir ressortir et aller au bureau de poste.

Le professeur Peddick n’y était pas, et la vieille dame souriante en bonnet de dentelle de faction derrière le comptoir ne pouvait me dire s’il était passé.

— Mon mari est allé déjeuner. Il reviendra dans une heure. Vous faites du canotage ?

Et elle tenta de me vendre un vase décoré du Moulin d’Iffley.

Peddick n’était pas non plus chez l’épicière.

— Avez-vous du saumon ? m’enquis-je.

— Bien sûr, dit la vieille dame souriante en bonnet de dentelle qui posa une boîte de conserve sur le comptoir.

— Du saumon frais.

— Vous n’avez qu’à le pêcher vous-même. C’est un des coins les plus poissonneux de toute la Tamise.

Et elle essaya de me fourguer une paire de grandes bottes en caoutchouc.

Je ressortis de la boutique avec un verre à dent portant l’inscription « Vacances sur la Tamise » et me penchai vers Cyril qui m’avait patiemment attendu devant la porte, afin de lui demander :

— Où va-t-on, à présent ?

Abingdon avait été construit autour d’une abbaye médiévale. S’il eût été logique de trouver un professeur d’histoire dans des ruines, il n’y était pas. Pas plus que dans le cloître.

Les lieux étaient déserts, et je m’agenouillai près d’un mur, posai la bouteille de lait sur une pierre et ouvris le sac de voyage.

Cyril s’assit, réprobateur.

— As-tu faim, Princesse Arjumand ?

Je la pris et la posai sur l’herbe, où elle fit quelques pas avant de bondir hors de mon champ de vision.

Je t’avais pourtant averti, parut me dire Cyril.

— Allons, ne reste pas planté là, lui rétorquai-je. Rattrape-la.

Il ne broncha pas.

Et je ne pus le lui reprocher. Notre battue dans les bois s’était soldée par un cuisant échec.

— Alors, que me suggères-tu ?

Il s’allongea, le mufle contre la bouteille de lait. Son idée était bonne. Je sortis le bol du sac de voyage, y versai un peu de ce breuvage et le posai devant le mur.

— Ici, le chat ! À table !

Bien que bonne, ainsi que je l’ai déjà précisé, son idée ne donna pas plus de résultats que notre exploration des ruines, de la grand-place et des rues encaissées entre les maisons à colombages.

— Tu connais les chats mieux que moi. Tu aurais pu m’avertir.

Mais j’étais seul responsable. J’avais libéré la Princesse Arjumand et elle devait être partie pour Londres où elle rencontrerait Gladstone et provoquerait la chute de Mafeking.

Nous avions atteint la limite du village et la route allait se perdre dans un champ entrecoupé de ruisseaux.

— Elle a peut-être regagné le canot.

Cyril ne prêtait pas attention à mes propos. Il s’intéressait à un sentier qui s’éloignait vers un pont enjambant un petit cours d’eau.

Pont à côté duquel le professeur Peddick pataugeait jusqu’aux genoux. Il avait retroussé les jambes de son pantalon et tenait une grande épuisette. Je voyais derrière lui la bouilloire et la Princesse Arjumand.

— Assis, dis-je à Cyril. Et je ne plaisante pas.

Je rampai vers le chat en regrettant de ne pas avoir acheté une épuisette plutôt qu’un bouledogue en porcelaine.

La Princesse Arjumand rampait quant à elle vers la bouilloire, encore plus silencieuse que moi. Le professeur, aussi attentif que le chat, s’inclina et abaissa son filet. La Princesse Arjumand regarda dans le récipient et y plongea sa patte.

Je bondis et abattis sur elle le sac de voyage, pendant que le professeur Peddick remontait l’épuisette dans laquelle frétillait un poisson.

— Professeur ! Nous vous avons cherché partout !

— Une épinoche. Les truites en sont friandes.

Il la jeta dans la bouilloire et je l’aidai à sortir du ruisseau.

— C’est Terence qui m’envoie. Il est impatient d’arriver à Pangbourne.

— Qui non vult fieri desidiosus amet. Ovide. Laissons celui qui ne souhaite pas être oisif tomber amoureux.

Mais il s’assit sur la berge pour renfiler ses chaussettes et ses chaussures.

— Dommage qu’il n’ait pas rencontré ma nièce. Maudie lui aurait certainement plu.

Je ramassai la bouilloire et l’épuisette. Je lus sur son manche « Souvenir de la Tamise ». Cyril était toujours à la même place.

— Brave garçon ! le félicitai-je.

Cela l’incita à se ruer vers moi. Il percuta mes tibias et je faillis renverser le contenu de la bouilloire. Le professeur Peddick se leva.

— En route. Il se fait tard.

Sur ces sages paroles, il se dirigea d’un pas alerte vers le village.

— Avez-vous expédié votre télégramme ? lui demandai-je quand nous passâmes devant le bureau de poste. Il plongea la main dans sa veste et en sortit deux bulletins jaunes.

— Cette abbaye n’a guère d’intérêt historique. Elle a été pillée par les hommes de Cromwell, pendant le Protectorat.

Il s’arrêta devant la grille.

— La porte date du XVe siècle.

— J’ai cru comprendre que pour le professeur Overforce le Protectorat était la conséquence des forces naturelles.

Et il repartit vers le fleuve où une vieille dame souriante en bonnet de dentelle vantait à Terence la beauté d’une chope sur laquelle était représentée l’écluse de Boulter.

— Un souvenir impérissable de votre excursion. Vous vous rappellerez cette halte à Abingdon chaque fois que vous boirez du thé.

— Je n’y tiens pas, merci, rétorqua-t-il avant de me demander : Où étiez-vous ?

— À la pêche.

Je montai à bord, posai le sac de voyage dans le canot et tendis la main vers le professeur Peddick qui s’était penché sur la bouilloire afin d’étudier ses prises à travers son pince-nez.

— Il a envoyé son télégramme, j’espère ?

— J’ai vu les récépissés.

Cyril s’était allongé sur le quai et endormi.

— Viens, Cyril, lui dis-je. Professeur ? Tempus fugit !

Terence agita sa montre devant mon nez.

— Sapristi ! Il est presque onze heures !

Je m’assis aux avirons et calai mon bagage entre mes jambes.

— Ne vous tracassez pas, nous ne rencontrerons plus d’obstacles.

Chapitre dix

Il n’y a rien – absolument rien – qui soit, même de loin, aussi agréable que paresser dans une barque…