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— N’as-tu pas envie d’aller faire une promenade sur un joli poney ?

— Les tours de poney, c’est pour les bébés.

— As-tu consulté la diseuse de bonne aventure ?

— Oui, et elle m’a dit que je ferais un long voyage.

Le plus tôt sera le mieux, songeai-je.

— Ils ont de magnifiques essuie-plumes, au stand des travaux d’aiguille.

— Je ne veux pas d’un essuie-plume, je veux le trésor.

Elle garda son œil d’aigle rivé sur moi pendant une autre demi-heure, puis le professeur Peddick arriva et me désigna la pelouse, les étals et la buvette.

— On se croirait à Runnymede. Les seigneurs avec leur suite et leurs étendards qui attendaient Jean sans Terre.

Je saisis la balle au bond.

— À ce propos, ne devrions-nous pas aller visiter ce site historique puis rentrer à Oxford ? Votre sœur et votre nièce sont certainement impatientes de vous voir.

— Bah ! Rien ne presse. Elles passeront tout l’été ici et le colonel a commandé une tanche argentée à pois rouges qui lui sera livrée demain.

— En ce cas, nous pourrions faire un saut à Oxford dans la matinée afin de nous assurer de leur confort. Nous serons de retour à temps pour assister à l’arrivée de ce poisson.

— Je n’en vois pas l’utilité. Maudie est pleine de ressources. Je doute par ailleurs que Terence souhaite nous accompagner, à présent qu’il est fiancé à Mlle Mering.

Il secoua la tête.

— Je ne puis dire que j’approuve sans réserve cette décision hâtive. Et vous, Henry ?

— Ce n’est pas parce qu’on est petit qu’on n’a pas de grandes oreilles, déclarai-je en fixant Églantine.

Elle s’attardait devant la chasse au trésor, les mains dans le dos.

— Oh, je la trouve bien proportionnée, répondit le professeur Peddick qui n’avait pas dû saisir le fond de ma pensée. Mais elle croit que le bras de Nelson a été emporté par un boulet de l’invincible Armada.

Églantine approcha.

— Vous allez creuser ?

— Creuser ?

— Chercher le trésor.

— Comme le professeur Schliemann. Fuimus Troes ; fuit Illium.

Il prit la petite pelle.

— Il faut d’abord donner deux pence et dire un nombre.

— Dire un nombre ? Entendu. Quinze pour le jour et l’année de la signature de la Grande Charte. Le 15 juin 1215.

Il sortit son porte-monnaie et me régla son dû.

— Le 15, c’est demain. N’est-ce pas une excellente occasion de faire un saut à Runnymede ? Nous pourrions y aller en canot dans la matinée et télégraphier à votre sœur et votre nièce de nous y rejoindre.

— Les anniversaires attirent trop de gens. Ils feront fuir les poissons.

— Quinze, ce n’est pas un bon chiffre, estima Églantine, Moi, j’aurais choisi le neuf.

— Tiens, lui dit le professeur Peddick en lui remettant la pelle. Creuse à ma place.

— Je peux garder ce que je trouve ?

— Nous partagerons équitablement le butin. Fortuna belli semper anticipiti in loco est.

— Qu’est-ce que j’aurai, s’il n’y a rien ?

— Limonade et gâteaux à la buvette.

— C’est perdu d’avance, marmonna-t-elle.

Mais elle se mit à pelleter.

— Un jour fatidique, le 15 juin, ajoutait-il. C’est également un 15 juin que Napoléon a pénétré en Belgique. Et s’il avait continué jusqu’à Ligny au lieu de s’arrêter à Fleurus, il aurait divisé les armées de Wellington et de Blücher et remporté la bataille. Le cours de l’histoire aurait été modifié.

— Je vous avais bien dit qu’il n’y avait rien dans la quinze, déclara Églantine. D’ailleurs, je crois qu’elles sont toutes vides. Quand est-ce que j’aurai ma limonade et mes gâteaux ?

— Tout de suite.

Il lui prit le bras pour la guider vers la buvette.

Ce qui me permettrait de me présenter au rapport.

Je n’avais pas fait trois pas en direction de la gloriette que Mme Chattisbourne m’arrêta.

— N’auriez-vous pas vu Églantine, monsieur Henry ?

Je lui dis où elle était.

— Je suppose que vous avez été informé des fiançailles de Mlle Mering avec M. St. Trewes ?

Je répondis affirmativement.

— J’ai toujours estimé que juin était le mois idéal pour prendre de tels engagements. Pas vous, monsieur Henry ? Il y a tant de jeunes filles ravissantes, ici, que je ne serais aucunement étonnée d’apprendre que vous avez vous aussi trouvé l’âme sœur.

Je lui répétai qu’Églantine était à la buvette.

— Merci. Oh, si vous voyez M. Finch… Pourrez-vous lui dire que nous allons bientôt manquer de vin de sureau au stand des petits-fours ?

— Certainement, madame Chattisbourne.

— Il est absolument merveilleux. Il pense à tout. Savez-vous qu’il s’est rendu à Stowcester pour acheter le gâteau au carvi ? Il consacre tous ses loisirs à parcourir la campagne, en quête de ce qu’il y a de mieux pour notre table. Hier, il est allé chercher des fraises chez Bilton, le fermier. C’est une vraie perle. Le meilleur de tous les majordomes que nous avons eus. Je redoute jour et nuit qu’on me le chipe.

Des inquiétudes bien légitimes, lorsqu’on avait Mme Mering pour voisine. Je me demandai ce que manigançait Finch et si Mme Chattisbourne finirait par me laisser.

Elle le fit, mais Violette et Iris avaient pris entre-temps la relève pour dépenser en gloussant deux pence chacune sur le trois et le treize (leurs nombres porte-bonheur respectifs). Quand je m’en débarrassai, une demi-heure s’était écoulée et Églantine risquait de revenir d’un instant à l’autre.

Je courus jusqu’au point de départ de la promenade à poney pour prier Terence de surveiller la chasse au trésor pendant quelques minutes.

— Que devrai-je faire ? me demanda-t-il, méfiant.

— Remettre une pelle en échange de deux pence.

Je passai sous silence les harcèlements d’Églantine, et il attacha son poney à un arbre.

— Entendu. Ça doit être de tout repos comparé à ceci. J’ai reçu des coups de pied toute la matinée.

Je lorgnai l’ongulé.

— Il semble pourtant paisible.

— Pas lui, les enfants.

Je lui montrai le bac à sable et lui confiai la pelle.

— Je serai de retour dans un quart d’heure.

— Prenez votre temps.

Je le remerciai et filai vers le belvédère. Je l’aurais sans doute atteint si le vicaire ne m’avait intercepté à la bordure des lilas pour me demander :

— Vous amusez-vous, monsieur Henry ?

— Comme un fou. Je…

— Vous êtes-vous fait prédire votre avenir ?

— Pas encore, je…

— Allez-y. Avec la brocante, c’est le clou de la kermesse.

Sur ces mots, il me prit par le bras et m’entraîna vers la tente de la diseuse de bonne aventure.

Il me poussa sous un rabat rouge et je me retrouvai face à Mme Mering qui attendait les gogos devant une boule de cristal. Elle avait donc réussi à intimider suffisamment l’artisan pour qu’il la livre dans les temps.

— Asseyez-vous, et tracez une croix dans ma paume avec de l’argent.

Je lui remis la pièce d’or qu’elle m’avait généreusement laissée et elle daigna cette fois me rendre la monnaie. Puis elle plaça ses mains au-dessus de la sphère, leur fit dessiner des mouvements circulaires et déclara d’une voix sépulcrale :

— Je vois… que vous serez encore de ce monde dans de nombreuses années. Je vois aussi… un long, très long voyage… Vous cherchez un objet. A-t-il de la valeur ?