Ganêça le faiseur-de-dieux marchait à côté de Çiva dans la forêt de Kaniburrha.
— Dieu de la Destruction, dit-il, j’ai cru comprendre que tu voulais déjà exercer des représailles contre ceux des habitants de la Cité qui accordent aux paroles de Siddharta plus qu’un sourire de mépris.
— Bien entendu, fit Çiva.
— Ce faisant, tu mets fin à son efficacité.
— Son efficacité ? Explique-toi.
— Tue-moi cet oiseau vert sur cette branche, là-bas.
Çiva agita son trident et l’oiseau tomba.
— Tue sa compagne à présent.
— Je ne la vois pas.
— Tue n’importe lequel de la volée.
— Mais je n’en vois aucun.
— À présent qu’il est mort, tu n’en verras plus. Si tu le veux, donc, frappe le premier qui prête l’oreille aux paroles de Siddharta.
— J’ai compris ce que tu veux dire, Ganêça. Je vais le laisser en liberté quelque temps.
Ganêça le faiseur-de-dieux regarda la jungle autour de lui. Il traversait le royaume des félins fantômes, mais ne craignait rien. Le dieu du Chaos marchait à ses côtés et le Trident de la Destruction lui donnait courage.
Vichnou Vichnou Vichnou regardait regardait regardait Brahma Brahma Brahma…
Ils étaient assis dans la Galerie des Glaces.
Brahma pérorait sur les Huit Chemins et la splendeur du Nirvâna.
Après avoir fumé trois cigarettes, Vichnou s’éclaircit la gorge.
— Oui, Seigneur ? demanda Brahma.
— Pourquoi ce tract bouddhiste ?
— Ne le trouves-tu pas fascinant ?
— Pas particulièrement.
— Tu es un hypocrite.
— Qu’entends-tu par là ?
— Un maître devrait montrer au moins quelque intérêt pour son propre enseignement.
— Un maître ? Un enseignement ?
— Mais oui, Tathagata. Pourquoi ces dernières années le dieu Vichnou aurait-il été poussé à s’incarner parmi les hommes, si ce n’avait été pour leur enseigner la Voie de l’Illumination ?
— Moi, j’ai…
— Salut, réformateur, toi qui as délivré de la peur de la vraie mort l’esprit des hommes. Ceux qui ne renaissent pas parmi les hommes atteignent à présent au Nirvana.
— Il vaut mieux s’annexer une croyance que lutter pour l’extirper des esprits ? fit Vichnou avec un sourire.
Brahma resta un instant silencieux, regardant les glaces, regardant Vichnou.
— Ainsi, quand nous nous serons débarrassés de Sam, tu auras été le vrai Tathagata.
— Comment allons-nous nous débarrasser de Sam ?
— Je n’ai encore rien décidé, mais je veux bien écouter tes conseils.
— Pourquoi ne pas l’incarner en un geai ?
— Possible. Mais quelqu’un d’autre pourrait désirer que ce geai fût réincarné en un homme. Je sens que certains le soutiennent.
— Nous avons le temps de réfléchir à la question. Aucun besoin de se presser, à présent qu’il est prisonnier du Ciel. Dès que j’aurai une idée là-dessus, je t’en ferai part.
— Bon, alors n’en parlons plus.
Ils ils ils sortirent sortirent sortirent alors de la Galerie.