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— Nirriti le Noir, qui hait toutes choses, et par-dessus tout les dieux de la Cité. Il envoie donc mille non-vivants se battre dans la plaine à côté du Védra. Il dit qu’après la bataille, les Rakashas pourront choisir parmi les corps encore intacts des sans-esprits qu’il a fait naître.

— L’aide du Mauvais ne me plaît guère, mais je ne suis pas en état de faire le difficile. Quand arriveront-ils ?

— Ce soir. Mais Dalissa sera là avant eux. Je la sens déjà approcher.

— Dalissa ?

— La dernière des Mères. Elle seule a pu s’échapper dans les profondeurs de la planète, quand Durgâ et Kalkin arrivèrent à cheval au dôme près de la mer. Tous les œufs avaient été écrasés, elle ne peut plus en pondre, mais elle porte en son corps la brûlante énergie marine.

— Et tu crois qu’elle m’aiderait, moi.

— Elle n’aiderait nul autre. Elle est la dernière de son espèce et ne veut assister qu’un égal.

— Alors, sache que celle qu’on appelait Durgâ porte à présent le corps de Brahma, chef de nos ennemis.

— Oui. Vous êtes ainsi tous deux des hommes. La Mère aurait peut-être aidé les autres, si Kâli était restée femme. Mais à présent, elle s’est engagée à te seconder toi, elle t’a choisi.

— Cela rétablit à peu près l’équilibre.

— Les Rakashas rassemblent des éléphants et des slézards et de grands félins, pour les lancer contre nos ennemis.

— Parfait.

— Et ils convoquent les esprits élémentaires de feu.

— De mieux en mieux.

— Dalissa n’est pas loin. Elle attendra au fond du fleuve, pour en émerger quand on aura besoin d’elle.

— Dis-lui bonjour de ma part, dit Sam tournant les talons pour rentrer sous sa tente.

— Je n’y manquerai pas.

Sam laissa retomber derrière lui l’auvent de toile.

Quand le dieu de la Mort descendit du ciel sur les plaines près du Védra, Taraka le Rakasha se précipita sur lui sous la forme d’un grand tigre de Kaniburrha.

Mais il recula immédiatement. Yama s’était enduit d’anti-démon et Taraka ne put l’approcher.

Le Rakasha partit en tournoyant, abandonnant la forme de tigre, pour devenir un tourbillon de poussière d’argent.

— Dieu de la Mort ! – ces mots explosèrent dans la tête de Yama. Te rappelles-tu le Puits d’Enfer ?

Des pierres, du gravier, du sable furent brusquement aspirés par le tourbillon, qui les lança sur Yama. Yama fit tourner sa cape, se cacha les yeux de l’ourlet, mais ne bougea pas.

La rafale cessa.

Yama était resté immobile. Le sol autour de lui était semé de débris, mais aucun ne l’avait touché.

Yama abaissa sa cape, regarda fixement le tourbillon.

— Quelle sorcellerie est-ce là ? dit-on. Comment as-tu pu rester debout ?

— Comment peux-tu tourbillonner ? demanda Yama.

— Je suis le plus grand des Rakashas. J’ai résisté déjà à ton regard meurtrier.

— Et je suis le plus grand des dieux. J’ai résisté à toutes tes légions, dans le Puits d’Enfer.

— Tu es un valet de la Trimûrti.

— Tu te trompes. Je suis venu ici pour me battre contre le Ciel, au nom de l’accélérationisme. Grande est ma haine, et j’ai apporté des armes pour les utiliser contre la Trimûrti.

— Alors, je suppose qu’il me faut renoncer au plaisir de continuer notre combat pour l’instant.

— Cela me semble opportun.

— Et tu veux évidemment que je te guide jusqu’à notre chef ?

— Je saurai trouver le chemin.

— Alors, au revoir, Yama.

— Au revoir, Rakasha.

Taraka partit comme une flèche vers les cieux et disparut.

Certains disent que Yama avait résolu son problème et trouvé la solution de l’affaire tandis qu’il se tenait dans la grande cage de l’oiseau, dans les ténèbres et les fientes. D’autres disent qu’il suivit le même raisonnement que Kubera un peu plus tard, en étudiant les bandes dans le palais de la Mort. Quoi qu’il en soit, quand il entra sous la tente, dans la plaine près du Védra, il salua l’homme qui s’y trouvait de son nom : Sam. L’homme prit son épée et lui fit face.

— Mort, tu précèdes la bataille, dit-il.

— Il y a des changements.

— De quelle sorte ?

— D’opinion. Je suis venu ici pour m’opposer à la volonté des dieux.

— Comment ?

— Par l’épée, par le feu, par le sang.

— Pourquoi ?

— Les divorces se font au Ciel. Et les trahisons. Et les humiliations. La dame est allée trop loin, et je sais à présent pourquoi, Kalkin. Je n’embrasse point ton accélérationisme et je ne le rejette pas non plus. Ce qui m’importe est qu’il représente la seule force au monde capable de lutter contre le Ciel. Je me joindrai à vous, cela bien compris, si tu veux accepter mon épée.

— J’accepte ton épée, Yama.

— Et je la lèverai contre quiconque fait partie de la horde céleste – mis à part Brahma. Je ne veux pas l’affronter.

— D’accord.

— Alors, permets-moi de te servir de conducteur de char.

— Ce serait avec plaisir si j’avais un char de combat.

— J’en ai amené un remarquable. Il y a longtemps que je travaille dessus et il n’est pas encore tout à fait terminé – enfin, il n’est pas parfait, mais il nous suffira. Il faut que je l’assemble cette nuit, cependant, car la bataille commencera demain à l’aube.

— Je m’en doutais. Le Rakasha m’a prévenu des mouvements de troupes aux alentours.

— Je les ai vus en volant jusqu’ici. La plus forte attaque pourrait venir du nord-est, à travers les plaines. Mais des groupes arriveront de toutes les directions, y compris par le fleuve.

— Nous défendons le fleuve. Dalissa attend au fond. Le moment venu, elle peut faire s’élever de puissantes vagues, le fleuve bouillonnera et débordera de ses rives.

— Je croyais les Mères éteintes !

— Elle est la dernière.

— Les Rakashas combattent avec nous ?

— Oui, et bien d’autres. J’ai accepté l’aide de Nirriti et de ses corps sans âme.

Yama ferma à demi les yeux, contrarié.

— Siddharta, c’est une mauvaise affaire. Tôt ou tard, il faudra se débarrasser de lui, et il n’est pas bon de lui devoir quelque chose.

— Je le sais, Yama, mais je suis aux abois. Ils arrivent ce soir.

— Si nous gagnons, Siddharta, si nous renversons la Cité Céleste, si nous mettons fin à la vieille religion, si nous libérons l’homme pour qu’il connaisse le progrès industriel, il y aura encore de l’opposition. Nirriti attend depuis des siècles la fin des dieux, il faudra pourtant que nous luttions contre lui et que nous le battions. Sinon, tout recommencera comme avant – et les dieux de la Cité ont au moins une certaine grâce dans leurs mauvaises actions.

— Je crois qu’il serait venu nous aider, qu’on l’invite ou pas.

— Oui, mais en l’invitant, en acceptant son offre, tu deviens son débiteur.

— Je m’occuperai de la situation le moment venu.

— C’est cela la politique, je suppose, mais cela ne me plaît pas.

Sam versa le vin rouge doux de Keenset.

— Je crois que Kubera voudrait te voir, dit-il en tendant un gobelet à Yama.

— Que fait-il ? dit celui-ci en prenant le gobelet qu’il vida d’un trait.

— Il entraîne les soldats, et il donne des cours sur le moteur à explosion à tous les savants de l’endroit. Si même nous perdons, certains survivront et iront ailleurs.

— Pour que cela soit utile, il faudrait qu’ils sachent bien autre chose que le principe du moteur à explosion.

— Kubera est enroué à force d’avoir parlé pendant des jours et des jours. Les scribes prennent des notes, sur la géologie, la métallurgie, les mines, la pétrochimie.