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A ces nouvelles, Aï accourut de Thèbes et Horemheb de Memphis pour discuter avec le pharaon. J'assistai aux entretiens en qualité de médecin, parce que je craignais que le pharaon ne s'excitât et n'eût une rechute à cause de tout ce qu'il devrait entendre. Mais il resta renfermé et froid et ne perdit pas son calme.

Le prêtre Aï lui dit:

– Les greniers du pharaon sont vides et cette année le pays de Koush n'a pas payé son tribut, dans lequel je plaçais tous mes espoirs. Une grande famine règne dans tout le pays et les gens arrachent des racines pour s'en nourrir et ils écorcent les arbres fruitiers et ils mangent des sauterelles, des scarabées et même des grenouilles. Beaucoup sont morts et un plus grand nombre mourront encore, car même strictement rationné le blé du pharaon ne suffit pas à nourrir tout le monde, et le blé des marchands est trop cher pour que les pauvres puissent en acheter. L'inquiétude gagne tout le pays, et les campagnards affluent dans les villes et les citadins fuient à la campagne, et tous disent: «C'est la malédiction d'Amon et nous souffrons à cause du dieu du pharaon.» C'est pourquoi, Akhenaton, réconcilie-toi avec les prêtres et rends à Amon son pouvoir, afin que les gens puissent l'adorer, ce qui les calmera. Rends à Amon ses terres, pour qu'il les cultive, car le peuple n'ose pas ensemencer les terres d'Amon et les tiennes aussi sont restées en friche, parce que le peuple dit qu'elles sont maudites. C'est pourquoi tu dois conclure un accord avec Amon, et sans perdre de temps, sinon je me lave les mains de tout ce qui arrivera.

Et Horemheb dit:

– Bourrabouriash a acheté la paix aux Hittites et Aziru a cédé à leur pression et s'est allié à eux. Le nombre des soldats hittites en Syrie est comme le sable de la mer et leurs chars sont nombreux comme les étoiles au ciel, et c'est la fin de l'Egypte, car dans leur malice ils ont placé dans le désert des cruches pleines d'eau, puisqu'ils n'ont pas de flotte. Ils disposent d'énormes quantités d'eau dans le désert, si bien qu'au printemps une armée immense pourra traverser le désert sans mourir de soif. Et c'est en Egypte qu'ils ont acheté la plus grande partie de ces cruches, si bien que les marchands qui les leur ont vendues ont creusé leur propre tombe par cupidité. Dans leur impatience, les chars des Hittites et d'Aziru ont fait des incursions jusqu'à Tards et en territoire égyptien, violant ainsi la paix. Certes, ces incursions sont peu graves, mais j'ai fait répandre dans le peuple le bruit de destructions terribles et de cruautés hittites, si bien que le peuple est prêt pour la guerre. Il est encore temps, pharaon Akhenaton. Ordonne de souffler dans les trompettes, hisse les oriflammes et déclare la guerre. Convoque tous les hommes aptes au combat, rassemble tout le cuivre du pays pour en fabriquer des lances, et ton pouvoir sera sauvé. Je le sauverai et j'assurerai à l'Egypte un triomphe et je battrai les Hittites et reprendrai la Syrie. Mais il me faut pour cela toutes les ressources de l'Egypte. Foin d'Aton ou d'Amon! Dans la guerre, le peuple oubliera ses maux et sa colère se déchargera à l'extérieur et une guerre victorieuse consolidera ton trône. Je te promets une guerre victorieuse, car je suis Horemheb, le fils du faucon, et j'ai été créé pour de grands exploits et mon heure a enfin sonné. A ces paroles, Aï se hâta d'ajouter:

– Ne crois pas Horemheb, pharaon Akhenaton, mon cher fils, car le mensonge parle par sa bouche et il convoite ton pouvoir. Réconcilie-toi avec les prêtres d'Amon et déclare la guerre, mais ne confie pas le commandement suprême à Horemheb, mais bien à un vieux chef expérimenté qui a étudié dans les écrits la stratégie des anciens pharaons et en qui tu peux avoir toute confiance.

Horemheb dit:

– Si nous n'étions pas devant le pharaon, j'appliquerais ma main sur ta sale figure, prêtre Aï. Tu me mesures à ton aune, et c'est toi qui es menteur, car en secret tu as déjà négocié avec le clergé d'Amon et conclu un accord. Mais moi je ne tromperai pas l'enfant que j'ai naguère protégé de ma tunique dans le désert des montagnes de Thèbes, et mon but est la grandeur de l'Egypte et moi seul peux sauver l'Egypte.

Le pharaon Akhenaton leur demanda:

– Avez-vous parlé?

Et ils dirent d'une seule voix:

– Nous avons terminé. Alors le pharaon dit:

– Je dois veiller et prier avant de prendre une décision. Mais convoquez pour demain tout le peuple, tous ceux qui m'aiment, nobles et vilains, maîtres et domestiques, et appelez aussi les mineurs des carrières, car je veux parler à mon peuple et lui communiquer ma décision.

Cet ordre fut exécuté et le peuple fut convoqué pour le lendemain. Mais toute la nuit le pharaon veilla et pria en errant dans son palais, sans manger ni parler à qui que ce fût, si bien que j'étais fort inquiet pour lui. Le lendemain, il se fit porter devant le peuple et il prit place sur le trône, et son visage brillait comme le soleil, lorsqu'il leva le bras et se mit à parler:

– A cause de ma faiblesse la famine règne en Egypte, et à cause de ma faiblesse l'ennemi menace les frontières, car sachez que les Hittites se préparent à attaquer l'Egypte par la Syrie et leurs pieds fouleront bientôt la terre noire. Tout cela arrive par ma faiblesse, parce que je n'ai pas clairement compris la voix de mon dieu ni exécuté ses volontés. Mais enfin mon dieu m'est apparu, Aton m'est apparu, et sa vérité brûle dans mon cœur, si bien que je ne suis plus faible ni hésitant. J'ai renversé le faux dieu, mais dans ma faiblesse j'ai laissé tous les autres dieux régner à côté de l'unique Aton et leur ombre a obscurci l'Egypte. Aussi, qu'en cette journée tombent tous les vieux dieux du pays de Kemi et que la clarté d'Aton règne comme une lumière unique sur tout le pays. Qu'en cette journée tous les anciens dieux disparaissent et que commence le règne d'Aton sur la terre.

A ces paroles, le peuple frémit d'angoisse et bien des gens se prosternèrent. Mais le pharaon éleva la voix et cria:

– Vous qui m'aimez, allez et renversez tous les anciens dieux de Kemi, brisez leurs autels, cassez leurs images, répandez leur eau sacrée, démolissez leurs temples, effacez leurs noms dans toutes les inscriptions, pénétrez jusque dans les tombeaux pour les marteler, afin que l'Egypte soit sauvée. Nobles, prenez une massue, artistes, échangez le pinceau pour la hache, ouvriers, prenez vos marteaux et allez dans tous les pays et dans toutes les villes et villages pour y renverser les anciens dieux et effacer leurs noms. C'est ainsi que je purifierai l'Egypte du mal.

Bien des gens s'enfuirent épouvantés, mais le pharaon respira profondément et son visage brilla d'extase et il cria encore:

– Que le règne d'Aton sur la terre commence! Que dès aujourd'hui il n'y ait plus de maîtres ni d'esclaves, de seigneurs ni de serviteurs! Car tous les hommes sont égaux et libres devant Aton et personne n'est plus obligé de cultiver la terre d'autrui ni de tourner la meule d'autrui, mais chacun peut choisir son métier à sa convenance et est libre d'aller et venir à sa guise. Le pharaon a parlé.

Le peuple gardait un silence atterré, mais l'éclat qui se dégageait du visage du pharaon était si puissant que les gens se mirent bientôt à crier d'ardeur en se disant:

– Il n'est encore jamais arrivé rien de pareil, mais en vérité son dieu parle en lui et nous devons lui obéir.

C'est ainsi que la foule se dispersa et les gens commencèrent à échanger des coups de poing et on assomma des vieillards qui avaient osé s'élever contre les paroles du pharaon.

Une fois la foule dispersée, Aï dit au pharaon:

– Akhenaton, lance ta couronne au loin et brise ton sceptre, car tes paroles viennent de renverser ton trône.