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Des îles de la mer et de Crète arrivaient de nombreux navires, et Horemheb les achetait de force et engageait matelots et capitaines à son service. Il s'empara aussi de navires de guerre crétois et en décida les équipages à servir l'Egypte. C'est que les navires crétois erraient de port en port et n'osaient plus regagner la Crète, où, disait-on, avait éclaté une révolte d'esclaves, et des incendies avaient fait rage dans toute l'île. Mais on ne savait rien de précis sur ces événements, car les marins crétois continuaient à mentir selon leur habitude. Certains affirmaient que les Hittites avaient envahi la Crète, ce qui était incroyable, puisqu'ils n'étaient pas un peuple marin. D'autres prétendaient qu'un peuple blanc inconnu venu du nord avait conquis et ravagé la Crète. Mais tous s'accordaient à attribuer ces malheurs au fait que le dieu de leur pays était mort. C'est pourquoi ils s'engagèrent volontiers au service de l'Egypte, tandis que les navires crétois qui avaient abordé en Syrie passaient aux Hittites et à Aziru.

Cette situation était favorable à Horemheb, car la plus grande confusion régnait sur mer et chacun cherchait à s'emparer des navires. A Tyr, une révolte avait éclaté contre Aziru, et les rebelles capturèrent des navires et rejoignirent les forces égyptiennes. C'est ainsi que Horemheb put constituer une flotte où il plaça des équipages entraînés.

Ghaza continuait à tenir bon en Syrie, et après les moissons, lors de la crue, Horemheb quitta Memphis avec ses troupes. Par terre et par mer, il envoya des messagers à Ghaza assiégée, et un bateau qui put forcer le blocus avec des sacs de blé apporta le message suivant: «Tenez Ghaza! Tenez Ghaza à tout prix!» Tandis que les béliers ébranlaient les murailles de la ville et que les maisons brûlaient sans qu'on eût le temps de les éteindre, un message tombait avec une flèche: «Tenez Ghaza, c'est l'ordre de Horemheb!» Et tandis que les Hittites lançaient dans la ville des cruches pleines de serpents venimeux, l'une d'elles se trouvait contenir du blé et un billet de Horemheb: «Tenez Ghaza!» Je ne comprends pas comment cette ville réussit à soutenir le siège des Hittites et d'Aziru, et le commandant bourru qui m'avait vu hissé sur les murailles dans un panier mérite certainement la réputation que lui valut la défense de Ghaza.

Horemheb fit avancer ses troupes sur Tanis et coupa un régiment de chars hittites dans une boucle du fleuve. Il fit curer les canaux d'irrigation embourbés, et lors de la crue les chars hittites se trouvèrent cernés dans un îlot. Nos soldats purent alors détruire les chars et massacrer les chevaux, ce qui mit Horemheb hors de lui, car il avait espéré s'emparer de tout ce matériel. C'est pourquoi il ordonna une attaque dans laquelle ses soldats mal entraînés réussirent tout de même à vaincre les Hittites combattant à pied. Il s'empara ainsi d'une centaine de chars et de trois cents chevaux, et il fit immédiatement peindre sur les chars les emblèmes de l'Egypte et marquer les chevaux. Mais l'effet moral fut encore plus important, car on savait maintenant que les Hittites n'étaient pas invincibles.

Horemheb marcha alors sur Tanis avec tous ses chars de guerre, laissant en arrière l'infanterie lourde et les colonnes du ravitaillement. Une ardeur folle animait son visage, et il me dit:

– Si tu veux frapper, frappe le premier et frappe fort.

C'est pourquoi il marcha sur Tanis, sans s'inquiéter des troupes hittites qui ravageaient le Bas-Pays, et de Tanis il s'enfonça directement dans le désert où il battit les postes hittites chargés de garder les dépôts de cruches d'eau. Ainsi, il s'empara rapidement de plusieurs dépôts d'eau dans le désert. Les Hittites avaient transporté des milliers et des centaines de milliers de cruches d'eau pour ravitailler leurs troupes durant la traversée du désert, parce qu'ils n'osaient pas entreprendre un débarquement en Egypte. Sans ménager les chevaux, Horemheb poussait à l'avant, et bien des chevaux périrent durant cette folle randonnée, mais ceux qui virent cette avance racontèrent que les centaines de chars de guerre soulevaient un nuage de poussière qui montait jusqu'au ciel, si bien que Horemheb avait l'air de survenir comme une violente tempête. Chaque nuit des signaux convenus s'allumaient sur les montagnes du Sinaï, et les corps francs sortaient de leurs cachettes et attaquaient les postes hittites et les dépôts aménagés dans le désert. La légende ne tarda pas à se répandre que Horemheb marchait contre la Syrie, le jour tel un ouragan de sable et la nuit tel une colonne de feu. Après cette campagne, sa réputation devint si grande que le peuple se mit à raconter des légendes sur lui, comme on en débite sur les dieux.

Horemheb conquit ainsi tous les dépôts d'eau du Sinaï, en surprenant les Hittites qui n'avaient pu s'imaginer qu'il oserait se lancer à travers le désert, alors que leurs avant-gardes ravageaient le Bas-Pays et qu'ils savaient la faiblesse de l'Egypte. En outre, leur armée n'était pas encore rassemblée, ils avaient dû l'éparpiller dans les villes de Syrie en attendant la prise de Ghaza, puisque les environs de cette ville et le bord du désert ne pouvaient nourrir l'immense armée qu'ils avaient levée pour soumettre l'Egypte. C'est que les Hittites étaient très minutieux dans leurs préparatifs militaires et ils ne passaient à l'offensive qu'une fois assurés de la supériorité, et leurs chefs possédaient une liste de tous les pâturages et abreuvoirs de la contrée qu'ils devaient attaquer. C'est pourquoi ils furent surpris par la brusque offensive de Horemheb, car jusqu'ici personne n'avait osé les attaquer et ils pensaient que les Egyptiens n'avaient pas assez de chars pour une offensive de cette envergure.

Horemheb lui-même n'avait eu pour objectif primitif que de détruire les dépôts d'eau des Hittites dans le désert, afin de gagner du temps pour entraîner ses troupes à une guerre pénible. Mais son succès inattendu le grisa et il marcha sur Ghaza où il prit à revers les assiégeants, il les massacra et détruisit leurs machines de siège, mais il ne put entrer dans la ville, car les Hittites, voyant la faiblesse de sa charrerie, se retournèrent contre lui. Horemheb aurait été perdu, si les assiégeants avaient des chars de guerre, mais il réussit à battre en retraite dans le désert et à détruire les réserves d'eau de la frontière syrienne, avant que les Hittites furieux eussent pu rassembler leurs chars épars.

Après cette expédition risquée, Horemheb se dit que son faucon ne l'avait pas abandonné, et en songeant au buisson ardent qu'il avait vu jadis, il ordonna à ses lanciers et à ses archers d'accourir à marches forcées par la voie que les Hittites avaient jalonnée de dépôts d'eau suffisants pour ravitailler une grande armée. Il se proposait ainsi de faire la guerre dans le désert, bien que ce terrain fût favorable aux évolutions des chars de combat. Mais je crois qu'il y fut forcé par les circonstances, car lorsqu'il eut réussi à échapper aux Hittites et à regagner le désert, les hommes et les chevaux étaient si épuisés qu'ils n'auraient peut-être pas été en état de retraverser le désert pour rentrer en Egypte. C'est pourquoi, ce qui ne s'était encore jamais vu, il concentra une grande armée dans le désert.

Ce que je viens de raconter de cette première campagne de Horemheb, je le tiens de lui-même et de ses hommes, car je ne l'accompagnai point cette fois. Il m'avait laissé dans le Bas-Pays, en disant que pendant cette expédition on n'aurait pas le temps de panser les blessés, mais que quiconque tomberait d'un char ou se blesserait en route devrait être abandonné et choisir lui-même son genre de mort: se couper la gorge ou s'en remettre aux Hittites.