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Horemheb se frotta le nez et dit:

– Ton conseil est digne de ta sagesse, Sinouhé.

Mais je ne le suivrai pas. C'est très simple. Maintenant, nous n'avons pas d'autre moyen de salut que de battre les Hittites. Et nous les battrons, parce que nous n'avons pas d'autre moyen de nous sauver. Je vais aller dormir un moment et boire du vin, car lorsque j'ai un verre dans le nez, je suis très irritable et je me bats mieux.

Il me quitta et bientôt j'entendis glouglouter sa cruche de vin. Il en offrit aussi aux soldats qui passaient près de lui, et il les appelait par leur nom et leur donnait des claques sur l'épaule.

La nuit s'écoula ainsi, et l'aube blafarde se leva sur le désert. Devant les obstacles gisaient des chevaux morts et des chars renversés, et les corbeaux picoraient les crânes des Hittites tués. Horemheb massa ses troupes au pied de la montagne et il leur parla.

Pendant que les Hittites éteignaient les feux de bivouac avec du sable et harnachaient leurs chevaux et aiguisaient leurs armes, Horemheb, appuyé à un rocher rugueux et rongeant un morceau de pain sec et un oignon, fit un discours à ses troupes.

– En regardant devant vous, vous voyez un grand miracle, car en vérité Amon nous a livré les Hittites et nous accomplirons des exploits aujourd'hui. Comme vous le voyez, l'infanterie hittite n'est pas encore arrivée, elle attend à la lisière du désert, où il y a de l'eau en abondance, que les chars lui aient frayé la voie et reconquis les dépôts d'eau, pour envahir l'Egypte. Leurs chevaux souffrent déjà de la soif et ils n'ont pas de fourrage, car j'ai brûlé leurs dépôts et cassé leurs cruches d'eau d'ici en Syrie. C'est pourquoi les chars hittites doivent aujourd'hui forcer le passage ou bien regagner la Syrie et y attendre d'avoir reconstitué leurs dépôts. S'ils étaient intelligents, ils renonceraient à la bataille et se replieraient sur la Syrie, mais ils sont cupides et ils ont placé tout l'or de la Syrie dans les cruches d'eau qui jalonnent la route vers l'Egypte, et ils ne veulent pas les perdre sans combat. C'est pourquoi je vous dis qu'Amon nous les a livrés, car leurs chevaux se prendront les jambes dans nos cordes et l'assaut des chars, qui est la force des Hittites, sera brisé par les tranchées que vous avez creusées sans épargner vos efforts.

Horemheb cracha une pelure d'oignon et mâcha un morceau de pain, et les troupes se mirent à taper des pieds et à réclamer, comme des enfants qui demandent un conte. Alors Horemheb fronça les sourcils et cria:

– Par Seth et tous les démons, est-ce que les cuisiniers ont fourré des crottes de chat dans mon pain, pour que j'en aie la bouche si empestée? J'en ferai pendre deux la tête en bas, mais ne riez pas, bougres de rats de vase, ce n'est pas pour vous que je les punirai, car libre à eux de vous nourrir de bouses de vache, les crottes de mes chevaux ont plus de valeur pour moi que tout votre sale troupeau. C'est que vous n'avez rien du soldat, vous êtes des rats de vase puants. Rappelez-vous que les perches que vous tenez à la main sont des lances, et que leur pointe n'est pas faite pour se gratter les fesses, mais pour crever la panse des Hittites. Et je dis aux archers qui se croient des lurons parce qu'ils bandent leurs arcs et envoient une flèche haut dans l'air, comme des enfants: Tâchez de viser les Hittites en tirant, et si vous êtes de vrais soldats, vous leur crèverez les yeux. Mais c'est inutile de vous donner ces instructions, c'est pourquoi contentez-vous de viser les chevaux, qui sont une cible assez grande pour vous. Plus vous les laisserez approcher, plus facilement vous les atteindrez malgré votre maladresse, et rappelez-vous que je rosserai tout homme qui aura manqué le but, car nous n'avons pas les moyens de gaspiller nos flèches. Souvenez-vous que leurs pointes ont été forgées en Egypte avec les bijoux des femmes et les colliers des filles de joie, si ce renseignement vous intéresse. Et aux lanciers je dis: Quand un cheval approche, appuyez votre lance contre le sol et dirigez-en la pointe des deux mains contre le poitrail du cheval, car vous ne courez aucun danger, vous aurez toujours le temps de sauter de côté avant que le cheval ne s'abatte. Si vous tombez, prenez votre poignard et coupez les jarrets des chevaux, c'est votre seul moyen de salut, avant que les roues ne vous écrasent. Voilà l'affaire, rats du Nil. Il flaira avec dégoût son morceau de pain et le lança au loin, puis il leva sa cruche et but une bonne gorgée de vin, avant de continuer:

– Au fond, c'est inutile que je vous parle, car dès que vous entendrez les hurlements des Hittites et le grondement de leurs chars, vous commencerez à pleurer et vous cacherez votre tête dans le sable, puisqu'il n'y a pas de robe maternelle à votre portée. Mais je tiens à vous dire que si les Hittites forcent le passage et atteignent les dépôts d'eau derrière nous, vous serez tous perdus et dans quelque temps votre peau servira de sac aux femmes de Byblos et de Sidon quand elles iront au marché, à moins que, les yeux crevés, vous ne tourniez la meule dans le camp d'Aziru. Car alors nous serons cernés. Mais je vous fais observer que maintenant déjà toute voie de retraite nous est coupée, car si nous quittons notre position, les chars Hittites nous harcèleront dans le désert et nous disperseront comme la crue balaye les fétus de paille. Je vous dis cela seulement pour vous ôter toute idée de fuir. Et pour toute sûreté, je vais placer à bonne distance derrière vous cinq cents de mes bousiers, pour qu'ils aient l'occasion de bien rire en vous regardant combattre, ce qu'ils ont amplement mérité, mais aussi pour qu'ils massacrent sans pitié quiconque se trompera de direction ou qu'ils lui fassent subir la petite opération qui transforme un taureau sauvage en un bœuf de trait placide. Vous savez maintenant que si devant vous une mort possible vous guette, derrière vous ce sera une mort certaine, mais devant vous il y a en outre la victoire et la gloire, car je ne doute pas de notre victoire sur les Hittites, si chacun fait son devoir. Pour cela, il faut simplement leur tomber dessus et leur fracasser la tête ou leur crever la peau avec les armes qui vous ont été confiées. C'est votre seul moyen de salut, et je me battrai à côté de vous, et si ma cravache vous frappe plus souvent que les Hittites, c'est vous qui l'aurez voulu, mes braves rats de fumier.

Les hommes l'écoutaient fascinés, et je dois avouer que je me sentais inquiet, car les Hittites approchaient déjà des obstacles, mais je crois que Horemheb parlait seulement pour gagner du temps et pour communiquer son calme aux soldats en abrégeant l'énervement de l'attente. Il jeta un regard sur le désert, brandit sa cravache et cria:

– Nos amis hittites approchent avec leurs chars, et je remercie tous les dieux de l'Egypte d'avoir aveuglé leur entendement. Allez, rats de vase du Nil, et que chacun occupe son poste fixé, et personne ne le quittera sans ordre. Et vous, mes chers bousiers, placez-vous derrière ces lièvres et ces limaces et châtrez-les comme il convient, s'ils essayent de fuir. Je pourrais vous dire: Battez-vous pour les dieux de l'Egypte, luttez pour la terre noire, luttez pour vos femmes et vos enfants. Mais c'est inutile, parce que vous seriez prêts à uriner sur vos femmes, si vous pouviez fuir en sécurité. C'est pourquoi je vous dis: Rats de vase de l'Egypte, luttez pour vous, luttez pour votre peau, et ne reculez pas, car vous n'avez pas d'autre chance de salut. Courez, mes gars, courez, sinon les chars hittites arriveront aux obstacles avant vous, et la bataille finira avant d'avoir commencé.