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— Parfait, approuva Ardmore. Que les radiocompas soient tous dirigés sur moi jusqu’à nouvel ordre. Et qu’on me maintienne en contact permanent avec le quartier général, en faisant relayer le circuit par le temple le plus proche. Je pourrais avoir besoin d’utiliser le circuit A à tout moment.

Le circuit A était le réseau de diffusion générale qui atteignait tous les temples du pays.

— A-t-on des nouvelles du capitaine Downer ?

— Il vient d’en arriver à l’instant, major. Je les fais suivre à votre bureau, répondit la voix intérieure.

— Ah ? Oui, je vois, dit Ardmore.

Un transparent rouge marqué Prioritaire venait de s’allumer sur son bureau. Le major l’éteignit et arracha la feuille de papier du téléfax :

“Prévenez le commandant en chef, disait le message, que quelque chose est sur le point d’éclater. Je n’ai pu découvrir de quoi il s’agissait, mais les grands pontes ont un air très insolent. Soyez très attentifs et très prudents.”

C’était tout, et même ce peu d’informations avait pu être déformé par les personnes qui l’avaient acheminé. Ardmore fronça les sourcils, eut une moue, puis fit signe à son ordonnance :

— Demandez à M. Mitsui de venir ici.

Quand Mitsui arriva, Ardmore lui tendit le message :

— Vous avez appris, je suppose, qu’on venait m’arrêter ?

— Tout le monde ne parle que de ça, dit Mitsui calmement, en lui rendant le message.

— Frank, si vous étiez le prince royal, que chercheriez-vous à accomplir en m’arrêtant ?

— Chef, protesta Mitsui avec une certaine détresse dans le regard, vous faites comme si j’étais un de ces… de ces assassins de…

— Je vous demande pardon… Mais je veux quand même avoir votre avis.

— Eh bien, je suppose que j’aurais l’intention de vous refroidir, puis de m’abattre sur votre église.

— Rien d’autre ?

— Je ne sais pas. Je crois que je n’agirais pas sans m’être assuré d’avoir un moyen d’annihiler vos protections.

— Oui, c’est bien ce que je pensais, fit Ardmore.

Puis, parlant à nouveau en l’air, il dit :

— Bureau des communications. Message prioritaire pour le circuit A.

— Direct ou relais ?

— C’est vous qui enverrez le message. Je veux que chaque prêtre regagne immédiatement son temple, s’il en est absent, et je veux qu’il le fasse le plus vite possible. Message prioritaire urgent ; accuser réception et se présenter au rapport.

Puis Ardmore se tourna de nouveau vers ceux qui étaient avec lui :

— Maintenant, je mange un morceau, et je file. Notre ami jaune, là-haut, doit être en train de piquer une crise. Y a-t-il encore quelque chose à mettre au point avant mon départ ?

Ardmore entra dans la grande nef du temple par la porte se trouvant derrière l’autel. Il se dirigea d’un pas lent et majestueux vers les deux immenses vantaux ouverts sur l’extérieur. Il savait que le commandant panasiate le voyait venir, et il parcourut les deux cents mètres avec calme et dignité. Il était vêtu d’une robe blanche immaculée et entouré d’un essaim d’acolytes aux robes rouges, vertes, bleues ou dorées qui s’empressaient autour de lui, mais le quittèrent lorsqu’il s’approcha de la grande arche d’entrée. Ardmore sortit et se dirigea seul vers le Panasiate qui suffoquait de colère.

— Votre maître désire me voir ?

Le Panasiate eut du mal à recouvrer suffisamment son calme pour pouvoir parler anglais. Il parvint à articuler :

— Vous aviez ordre de vous présenter à moi ! Comment avez-vous osé…

— Votre maître désire-t-il me voir ? l’interrompit Ardmore.

— Absolument ! Pourquoi ne…

— Alors, veuillez me conduire jusqu’à lui.

Ardmore, passant devant l’officier, se mit à descendre les marches, plaçant les Panasiates dans l’alternative ou bien de courir pour le rejoindre, ou bien de le laisser les devancer. Le commandant du croiseur, obéissant à sa première impulsion, voulut courir ; il faillit tomber sur les larges marches, et finit par fermer le cortège en compagnie de son escorte, en toute ignominie.

Ardmore était déjà allé dans la ville dont le prince royal avait fait sa capitale, mais pas depuis l’occupation panasiate. Quand l’appareil atterrit sur la plate-forme municipale, Ardmore regarda autour de lui avec une avidité dissimulée, pour voir quels changements étaient intervenus. Apparemment, les passerelles étaient en service, probablement à cause du pourcentage beaucoup plus élevé d’Asiatiques dans cette ville. Mais à part ça, il n’y avait guère de changements apparents. Le dôme du capitole de l’État apparaissait sur la droite ; Ardmore savait que le seigneur de la guerre en avait fait son palais. L’aspect extérieur du bâtiment semblait avoir été modifié, sans que le major puisse déceler quelles transformations y avaient été apportées, si ce n’est que l’édifice n’avait plus l’air de relever de l’architecture occidentale.

Durant les minutes qui suivirent, Ardmore fut trop occupé pour pouvoir observer la ville. L’officier l’avait rattrapé et, entourés de l’escorte, ils prirent l’escalator pour descendre dans les entrailles de la cité. Ils passèrent ainsi devant bon nombre de portes gardées par des sentinelles qui, toutes, présentaient les armes à l’officier. Ardmore faisait comme si ces marques de respect s’adressaient à lui seul, et y répondait en donnant sa bénédiction aux soldats. L’officier s’en indignait, mais ne pouvait rien faire. Ce fut bientôt à qui répondrait le premier à un salut. Le commandant l’emporta finalement, mais, pour cela, il lui fallut saluer ses sentinelles ahuries avant même qu’elles aient pu présenter les armes.

Ardmore profita du moment de répit offert par un long couloir sans portes pour vérifier le fonctionnement du système de communication :

— Grand dieu Mota, dit-il, entends-tu ton serviteur ?

L’officier lui jeta un regard, mais ne fit aucun commentaire. Immédiatement, la voix étouffée lui répondit :

— Cinq sur cinq, chef. Le temple du capitole assure le relais.

C’était la voix de Thomas.

— Le Seigneur Mota parle et son serviteur entend. En vérité, il est écrit que les murs ont des oreilles…

— Vous voulez dire que les Chinetoques peuvent vous écouter ?

— Oui, en vérité, maintenant et pour toujours. Le Saveignaveur Mavotava cavompravend-t-il le javavavanavais ?

— Le javanais ? Oui, chef. Allez-y doucement, si vous pouvez.

— Cavest pavarfavait. Jave vavous ravecavontavactaveravai plavus tavard.

Satisfait, il arrêta là la conversation. Ardmore se disait que les Panasiates captaient et enregistraient peut-être déjà tout ce qu’il disait. C’est du moins ce qu’il espérait, car ce langage leur fournirait probablement un casse-tête qui leur ferait perdre leur temps. Pour pouvoir comprendre une langue quand elle est déformée, un homme a besoin de l’avoir apprise en grandissant au milieu de ceux qui la parlent.

Quand il avait ordonné que le grand prêtre de Mota soit amené devant lui, le prince royal avait été poussé autant par la curiosité que par l’inquiétude. Certes, ces histoires n’étaient pas tout à fait à son goût, mais il n’en estimait pas moins que ses conseillers se conduisaient en vieilles femmes hystériques. Il n’y avait aucun exemple de religion d’esclaves qui n’ait pas efficacement appuyé l’action des maîtres. Les esclaves avaient besoin d’un mur des lamentations ; ils allaient dans leurs temples prier leurs dieux de les délivrer de l’oppression et quand ils en ressortaient, détendus et réconfortés, ils partaient travailler dans les champs et les usines.

— Oui, avait remarqué un des conseillers du prince, mais ordinairement les dieux ne font rien pour exaucer leurs prières.