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— J’avais peur de m’endormir, lâcha-t-il finalement.

— Quel intérêt de publier un post à 3 heures du matin ? (Servaz lut le bout de papier.) The Dark Knight est sans conteste le meilleur de tous les Batman. Quiconque prétend le contraire s’y connaît autant en cinéma que ma grand-mère en voitures de sport. Pourquoi pas avant ? Pourquoi l’avoir programmé, Rémy ? Pourquoi ne pas l’avoir publié directement ?

Mandel resta muet.

— À moins que vous n’ayez voulu faire croire que vous étiez chez vous à 3 heures du matin alors que vous n’y étiez pas…

Pas de réaction.

— Vous avez volé ce manuscrit, Rémy. Vous êtes entré chez Erik Lang et vous l’avez volé…

— Non !

— Vous n’étiez pas chez vous à 3 heures du matin. Vous n’avez pas d’alibi et vous avez le manuscrit. Quelle autre conclusion en tirer ?

— Je ne l’ai pas volé !

— Ah non ?

— Je l’ai acheté

Servaz haussa un sourcil.

— À qui ? À Erik Lang ?

 À celui qui l’a volé.

8.

Jeudi

Vidéosurveillance

Servaz fixait Mandel.

— Comment ça ?

— J’ai reçu un… hmm… message sur un forum, où on me proposait un manuscrit original et encore inédit d’Erik Lang.

— Quand ça ?

— La nuit d’avant-hier.

La nuit du meurtre

— Quelle heure ?

— 1 h 30.

— Et ?

— Je me suis dit que c’était une… hmm… arnaque — tout le monde sait que je suis un fan absolu — et je n’ai pas donné suite. Mais des photos sont arrivées aussitôt après. Euh… trois photos, pour être exact.

— Que montraient-elles ?

— La première montrait le… hmm… texte dactylographié… avec des annotations de la main d’Erik Lang : j’ai reconnu son écriture tout de suite… Je… enfin, vous savez… je suis un spécialiste… Sur la deuxième, on voyait… euh… le manuscrit sur un bureau avec une… hm-hm… bibliothèque en arrière-plan.

— Et la troisième ?

— Elle provenait d’un magazine : Erik Lang assis derrière le même bureau… Chez lui… C’était écrit en dessous.

— Et là, vous y avez cru ?

— Oui.

— Ce forum, on peut le voir ?

Mandel hocha la tête.

— Vous ne vous êtes pas demandé dans quelles circonstances ces photos avaient été prises ?

Il n’obtint pas de réponse, cette fois.

— Combien il en voulait, Rémy ?

— Cher… surtout pour quelqu’un comme moi.

— Combien ?

— Vingt mille…

— C’est une belle somme. Vous les aviez ?

— En bitcoins, oui.

Servaz ne connaissait pas grand-chose à Internet mais il savait tout de même que le bitcoin était une monnaie virtuelle désormais utilisée dans de nombreux échanges sur la Toile. Le dernier ministre des Comptes publics n’avait-il pas rappelé à chaque contribuable de ce pays qu’il fallait inclure dans sa déclaration de revenus toute plus-value réalisée grâce à des opérations en bitcoins ?

— Je… hmm… rends des services sur Internet à des gens moins… doués que moi, ajouta le géant.

Servaz eut envie de demander quel genre de services mais il ne voulait pas perdre le fil.

— Comment avez-vous pris livraison du manuscrit ?

— J’avais rendez-vous sur le parking d’une galerie commerciale, répondit Mandel.

— Où ça ?

Mandel le lui dit.

— La même nuit ?

— Oui.

— Quelle heure ?

— 3 heures…

Servaz se raidit dans son fauteuil.

— Vous avez vu le vendeur ?

— Non.

— Expliquez-moi, Rémy…

— Il n’est pas sorti de sa voiture.

— Quelle voiture ?

— Une DS4. Rouge avec un toit blanc.

— Vous avez noté l’immatriculation ?

— Ben, non. Pourquoi je l’aurais fait ?

— Mais vous l’avez aperçu, n’est-ce pas ?

— La voiture ?

— Le conducteur…

— Oui.

Servaz braqua son regard sur le fan.

— Assez mince, je dirais… et… hmm… vêtu de noir… Il portait des lunettes de soleil et une casquette. C’est tout ce que j’ai vu. Il faisait sombre.

Servaz réfléchit à la question suivante.

— Et comment il vous a remis le manuscrit ?

— D’une voiture à l’autre. Il m’a fait signe de baisser la vitre passager, il a abaissé la sienne et il l’a lancé par la portière.

— Ensuite ?

— J’ai allumé le plafonnier, j’ai jeté un coup d’œil au manuscrit. C’était bien le même que sur la photo, et j’ai reconnu l’écriture d’Erik Lang dans les marges. Pas de doute.

— Et après ?

— J’ai fait signe que c’était bon. Il a fait marche arrière et il est parti.

— C’est tout ?

— Oui.

— Et vous êtes rentré directement chez vous avec le manuscrit ? C’est ça ?

— Oui.

— Quelle voiture vous avez, Rémy ?

— Une Seat Ibiza.

— Vous étiez garé où exactement sur ce parking ? (Servaz se souvenait qu’il y avait plusieurs entrées et plusieurs parcs de stationnement dans ce centre commercial.)

Mandel cita une enseigne bien connue de la grande distribution.

— Vous aviez votre portable avec vous ?

Le fan fit signe que oui. Servaz regarda Espérandieu et se leva. Son adjoint l’imita.

— Dans deux minutes, on file au centre commercial visionner les enregistrements des caméras de surveillance, dit le chef de groupe dans le couloir. Dis à Samira de vérifier si le portable de Mandel a borné dans le secteur entre 2 h 30 et 3 h 30 du matin.

Espérandieu acquiesça et disparut dans son bureau. Servaz reprit sa place.

— Rémy, vous vous souvenez de l’affaire de 1993 ?

— Quoi ?

— 1993. L’affaire des Communiantes. J’ai vu une coupure de presse sur votre mur. Et cette… robe…

Le fan leva les yeux, leurs regards se croisèrent.

— Oui ?

— Vous vous en souvenez ?

— Oui…

— Vous aviez quel âge en 1993, Rémy ?

— Je sais pas…

— Si j’en crois votre carte d’identité, vingt-six ans.

— Possible…

Servaz sentit la tension revenir. Mandel avait de nouveau quelques difficultés à s’exprimer.

— Vous faisiez quoi ? Vous étiez étudiant ?

— Non, non… Je travaillais.

— Dans quoi ?

— Euh… J’aidais mon père.

Servaz attendit la suite.

— Il s’occupait de… hmm… l’entretien du Stadium. Il m’a fait entrer dans l’équipe d’entretien…

Servaz tressaillit. Le Stadium. Sur l’île du Ramier. En 1993, Rémy Mandel travaillait à quelques centaines de mètres à peine de l’endroit où on avait trouvé les corps d’Ambre et Alice Oesterman.

— Vous étiez déjà fan d’Erik Lang à cette époque ?

— Oui, bien sûr.

Tandis qu’ils roulaient vers le centre commercial, cent questions se levaient dans son esprit. Était-il possible que la présence du fan sur l’île du Ramier vingt-cinq ans plus tôt fût une coïncidence ? Et qu’aujourd’hui, on retrouvât le manuscrit volé à l’auteur la nuit du meurtre de sa femme dans la mansarde de ce même fan ? Mais si Mandel disait la vérité ? Il devait bien savoir qu’ils allaient vérifier… S’il s’avérait que quelqu’un d’autre était entré chez les Lang ? Pourquoi courir un tel risque pour vingt mille euros alors qu’il y avait pour plus de cent mille euros de bijoux et de montres dans la maison ? Un vol de manuscrit dans un but crapuleux n’avait pas de sens. Il y avait quelque chose dans tout ça qui leur échappait.