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— À tous les six, dit Mercadet en sortant son ordinateur, on s’est appuyé deux cent trente-huit visites.

— Un peu plus de la moitié, dit Adamsberg. Vous avez fait vite.

— Non, dit Mercadet. Car bien souvent, il n’y a personne, les gens sont au travail, faut repasser plus tard ou tirer l’information d’un voisin. Et c’est pas souvent facile d’écourter car, une fois lancés sur le sujet, des tas de personnes ne savent plus s’arrêter de parler de leur animal. Mais je pense que ça ira plus vite demain et qu’on aura fini en fin de matinée. C’est samedi, il y aura beaucoup plus de gens chez eux. J’ai tout encodé là-dedans pendant votre cidre, ce sera plus clair.

— Déjà ? demanda Adamsberg que la vitesse d’exécution de Mercadet stupéfiait, compensant largement ses déficiences sur le terrain.

— Sur ces deux cent trente-huit maisons visitées, cent deux abritent, ou ont abrité, un animal. Mais certains maîtres n’ont pas voulu en reprendre après, trop de chagrin à leur perte ou trop de tracas. Si je ne compte que ceux qui en possèdent ou en ont possédé récemment, il nous en reste quatre-vingt-quatre. Et sur ces quatre-vingt-quatre, plus d’une moitié des propriétaires se rend chez le véto, surtout les femmes. Restent trente-deux animaux qui ne sont pas protégés des puces. Ou ne l’étaient pas. Car vous nous avez bien demandé de nous renseigner sur les disparitions ou les décès. Eh bien, il y en a eu pas mal.

— Parlez-moi de ceux des derniers mois. Les puces ne vivent pas longtemps si elles n’ont que du sang humain à se mettre sous la dent.

Mercadet effectua quelques manœuvres sur son ordinateur.

— Si je prends deux mois, c’est bon ?

— Allez-y.

— Sur les trente-deux, en deux mois, onze chats et trois chiens ont disparu, perdus, accidentés, on ne sait pas, et quatre sont morts à domicile. Bref dix-huit bêtes. C’est beaucoup quand même.

— Surtout pour les chats, dit Noël.

Adamsberg adressa un regard à Matthieu. Matthieu hocha la tête. Il comprenait les questions de son collègue sur les tueurs de chats. Il avait pris les devants.

— Vous n’avez pas su si les trois chiens disparus étaient grands ou petits ?

— C’était pas dans le questionnaire, dit Retancourt. Mais les trois femmes m’ont montré des photos de leur chien. Encadrées. C’étaient des petits.

— Ils y ont été fort, non ? glissa Adamsberg à Matthieu.

— Plutôt, oui. J’ai eu l’autorisation de perquisition à l’internat cet après-midi, pas facile pour des mineurs. Je m’y colle demain avec deux agents. Cinquante sacs, ce sera vite fait.

— Au total, résuma Adamsberg, on a déjà dix-huit foyers infestés. Combien de femmes seules dans cet échantillon, Mercadet ?

Le lieutenant replongea dans ses tableaux.

— Onze, dit-il.

— A priori, excluons les femmes pour l’instant. Ce qui nous laisse déjà sept foyers suspects. Combien d’hommes en tout dans ces maisons ?

— Dix. Mais dont six hommes âgés, vivant seuls ou chez leur fils, à mon avis trop vieux pour pouvoir tuer et courir les rues au soir.

— Droitiers ? Gauchers ?

— Tous droitiers, pour ce qu’on en a vu. Car deux des pères, quatre-vingt-deux et quatre-vingt-neuf ans, faisaient la sieste.

— Restent quatre hommes valides, infestés et droitiers.

Satisfait, Mercadet frotta sa moustache, et tendit au commissaire la liasse des résultats, non encore imprimés mais classés maison par maison, et le plan dont il venait de colorer en rouge les sites infestés, avec les noms des occupants. Berrond pointa son doigt sur la maison numéro 44.

— Je connais le couple qui habite le 44, dit-il. Les Vernon. Possible qu’ils soient partis à la retraite ou en vacances et aient loué leur maison, car ce n’est pas le nom noté par Mercadet : Longevin. Ceux-là, je ne connais pas. On devrait aller voir le maire demain et lui demander de viser cette liste. Il y a peut-être d’autres inconnus venus résider à Louviec. Quand, pour combien de temps et surtout pour quoi faire ?

— Oui, car c’est curieux de venir s’installer à Louviec si on n’est pas natif, dit Noël.

— C’est ce que je pense, dit Berrond. Il nous faut une liste de ces « étrangers ». Regardez la 62, c’est la maison du Bossu. Pardon, de Maël. En rouge.

— Il avait un chien, acquiesça Noël, il est passé sous une voiture.

— Quand ? demanda Matthieu.

— Disons presque un mois avant le meurtre de Gaël.

— Et quand il est rentré de l’hôpital, les puces affamées ont dû lui sauter dessus, conclut Adamsberg. Et en grand nombre. Sans nourriture, elles se multiplient plus encore pour assurer la survie du maximum d’entre elles.

— Pas bête, une puce, murmura Berrond d’un air songeur.

— C’est toi qui as dit que le tueur devait être un droitier, intervint Matthieu, ou plus exactement un faux gaucher. Maël ne peut pas frapper du gauche, tu as vu l’état de son bras.

— J’ai vu, Matthieu. Retancourt, vous m’avez dit que trois personnes vous avaient montré une photo de leur chien. Pour les voir, vous ne vous êtes pas approchée d’elles ?

— Non, mais elles me les ont tendues à bout de bras, il a bien fallu que je les prenne.

— Ce soir en rentrant, par mesure de précaution, vous vous douchez tous avant toute autre chose, sans oublier le shampoing, et vous passez tous vos vêtements, je dis bien tous, à la machine. Température minimale soixante degrés. Même chose après la seconde tournée de visites demain.

— Soixante degrés, dit Veyrenc. Bonne idée d’avoir changé de tenue ou ma veste aurait été foutue.

Il était vingt et une heures trente et Johan déverrouilla sa porte. Des clients attendaient déjà et se dispersèrent dans la vieille auberge.

XII

Le lendemain matin, Matthieu et Adamsberg montraient au maire le plan de Louviec et les noms rattachés à chacun des logements.

— Cela n’entre pas dans mes attributions de surveiller les allées et venues de mes administrés, dit le maire en souriant. Ils sont libres de se déplacer et de louer leur maison si cela leur chante.

— C’est évident, dit Matthieu. Mais vu le contexte, cela nous aiderait que vous nous signaliez des noms inconnus pour l’une ou l’autre des quatre maisons colorées en rouge.

Le maire fit glisser la feuille jusqu’à lui et l’étudia un moment.

— Longevin, dit-il, au lot 44, connais pas. La maison appartient aux Vernon.

— On avait repéré celle-là. Mais les autres ?

— Le lot no 12 est occupé par les Jouel. Mais le nom qui vous a été donné est Desmond. Je ne connais pas de Longevin, ni de Desmond. Ce sont les deux seules nouveautés que je note.

— Desmond, Desmond, marmonnait Adamsberg en revenant à la voiture.

— Tu connais ?

— C’est un nom que j’ai déjà entendu. Dans le flou, dans le loin.

— Il faudrait que tu puisses revenir à ce flou.

— Eh bien, Matthieu, je n’ai jamais trouvé le chemin. Quand il arrive que je fasse la jonction, c’est que le flou est venu à moi, et non l’inverse.

Depuis la voiture, Adamsberg passa un message à Mercadet, lui demandant de chercher au fichier les noms des deux habitants inconnus : René Longevin et Roger Desmond. Mercadet rappela sept minutes plus tard, assez nerveux.

— Fichier vierge pour Longevin. Pour Desmond, c’est autre chose. Tenez-vous bien, commissaire, c’est un homme de Sim l’anguille. Desmond est un faux nom, il en a porté cinq. Je vous envoie son portrait-robot ?

— S’il vous plaît. Il est l’un des deux nouveaux habitants de Louviec. Longevin doit être son associé. Rappelez-vous que deux types ont échappé à la descente de Retancourt dans la planque de Sim.