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— Ce serait cette crapule qui l’aurait liquidé ? dit Johan.

— N’oublie pas qu’Armez était aussi une crapule. Il a flingué Jameson.

— Dans ton film, insista Matthieu. Il y a des heures de cela, je te demandais quel intérêt aurait eu Robic à accepter de faire tuer le docteur en imitant la technique du tueur de Louviec.

— Cela fait la troisième fois à présent que je te donne la seule et unique réponse qui l’explique et que tu ne veux pas entendre : parce que Robic redoutait l’incrédulité du médecin, que tu le veuilles ou non, et le ressentait comme une menace. Ce que nous a révélé Johan est très clair. La mort du docteur l’arrangeait parfaitement, d’autant qu’elle serait mise sur les épaules d’un autre. Je ne le répéterai pas une fois de plus, je crois que tout le monde a compris.

— Pardon, dit Mercadet, mais oui, il y a bien eu un visa d’entrée en France pour Donald Jack Jameson il y a vingt et un ans.

— Vous voyez que Johan dit vrai à propos de ce Donald, dit Adamsberg. Pour un peu, Mercadet serait capable de nous donner l’heure à laquelle il s’est senti mal.

— Et toi aussi, dit Matthieu.

— Considérez donc, intervint Veyrenc en fixant Matthieu droit dans les yeux, que les « films » d’Adamsberg sont dignes d’être entendus.

— Je maintiens simplement, intervint paisiblement Adamsberg, qui sentait monter la querelle entre Veyrenc et Matthieu, que mes inventions ne sont pas que des élucubrations. Selon Johan, quelques années plus tard, le docteur se rend à Los Angeles pour des retrouvailles émouvantes. Chez Jameson.

— Le docteur y est parti deux ans et quatre mois après le séjour de Jameson en France, pour trois semaines et trois jours, dit Mercadet.

Veyrenc lança un nouveau regard à Matthieu, qui détourna la tête pour ne pas l’affronter.

— Et en presque un mois sous le même toit, les deux hommes deviennent réellement très bons amis. Et je reviens à notre salopard de Robic.

— Il me plaît à moi, ce film, dit Johan, c’est vivant, il y a des rebondissements.

— Ce n’est pas la vraie histoire, rectifia une nouvelle fois Matthieu. Nous sommes des flics, on n’a pas besoin d’histoire, mais de faits et de preuves.

— Ou de très lourdes présomptions, corrigea Adamsberg. Un millionnaire qui ne veut pas tester mais qui laisse tout son fric à une crapule, et qui meurt quelques heures après, un retour en vitesse après ce coup, un notaire probablement véreux qui a contrôlé l’acte…

— Pardon, coupa à nouveau Mercadet en levant le nez de son écran, le notaire de L.A. qui a réglé la succession de Jameson, maître Richard Martin Cartney, est décédé dans un accident d’avion, très peu de temps avant le départ de Robic. L’appareil, un petit jet personnel dont il se servait souvent, a explosé en vol et s’est écrasé en torche, la boîte noire était inutilisable.

— Merci, Mercadet, dit Adamsberg, pendant que Veyrenc lançait un nouveau coup d’œil impérieux à Matthieu. J’ajoute à ces éléments un gars de l’équipe, dit le Bourlingueur, qui se fait assassiner à Louviec dix jours après le retour de Robic. Ce ne sont pas des présomptions lourdes, tout cela ? Très lourdes ?

— Écrasantes, dit Johan. Et on veut la suite du film, insista-t-il.

— Une fois revenu en Bretagne, continua imperturbablement Adamsberg, Robic a besoin d’un peu de temps pour constituer son réseau d’anciens et nouveaux associés et se préparer. Il a l’intention de monter une nouvelle boîte comme couverture, comme à son habitude, et de poursuivre ses activités parallèles à l’abri de ce paravent. Mais à Louviec l’attendent trois écueils : la suspicion générale face à son héritage miracle…

— Mais légalement reconnu, coupa Matthieu, obstiné.

— Cessez donc, bon sang ! s’énerva Veyrenc, dont le visage avait perdu son habituelle impassibilité de buste romain. Bien sûr qu’il paraissait « légal » puisqu’ils ont contrefait l’écriture de Jameson !

— Légalement reconnu par un notaire pourri, insista Adamsberg. Dans le film, Matthieu, mais notaire qui se fera assassiner.

— Il a été conclu à l’accident, Mercadet vient de nous le dire.

— Et je n’en crois rien, tu m’entends ? Car c’est un « accident » de trop. Comme la montre brisée était un indice de trop. Je reprends. À Combourg, second écueil quand Robic croise le docteur Jaffré qui lui fait nettement part de son scepticisme.