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Matthieu et Adamsberg firent irruption à cet instant, se postant chacun de part et d’autre de l’homme. Mais en une seconde, Gilles avait sorti son pistolet et en appuyait le canon contre le front de Retancourt, le chien levé.

— Vous bougez d’un millimètre et je la bute. Vu ? Des cognes ! J’aurais dû m’en douter !

Les deux commissaires se figèrent, évaluant leurs possibilités, qui étaient nulles.

— Lève-toi, la grosse, dit Gilles en lui entourant le cou de son bras droit, serrant jusqu’à l’étrangler. Jetez vos armes tous les deux, vite. C’est bien des ruses de flics à la con, ça.

Les armes tombèrent au sol tandis que l’homme resserrait sa prise sur le lieutenant. Matthieu et Adamsberg, impuissants, voyaient rougir son visage. Retancourt abattit sa main sur le poignet gauche de l’homme et le tordit avec une violence telle qu’il en lâcha son pistolet. Il avait un peu desserré sa prise sous l’effet de la douleur et Retancourt referma aussitôt ses doigts comme des pinces sur son avant-bras. D’un puissant mouvement de reins, en repliant sa tête, elle le souleva et le fit passer par-dessus elle, le lâchant avant qu’il tombe lourdement sur les dalles de pierre. Adamsberg lui passa les menottes pendant que Matthieu le tenait en joue.

— Bon sang, lieutenant, dit Matthieu stupéfait, comment avez-vous fait cela ?

— Mais comme vous avez vu. Je l’ai fait passer au-dessus de moi, il suffit de tirer un bon coup et de faire basculer, c’est tout.

— Mais le gabarit du gars ?

— Poids moyen, dit Retancourt avec une moue. Ce n’est pas trop difficile à manipuler.

— Ça va, dit Adamsberg en se relevant, vous ne l’avez pas trop amoché. Juste une très grosse bosse à l’arrière du crâne.

— Dites, je n’allais pas le déposer doucement sur son canapé, tout de même ? Un peu plus et on y passait tous.

— J’ai bien fait de vous envoyer en ambassade, dit Adamsberg, mais je vous ai mise en danger. On ne pensait pas qu’il aurait son arme sur lui.

— Avec un type comme ça, je n’ai jamais couru un danger quelconque. Croyez-moi et ne vous en faites pas, commissaire.

Matthieu rassembla ses cinq hommes et le perceur de coffres, et lança la perquisition. Les pièces n’étaient pas grandes et la fouille commença rapidement. Le coffre fut découvert tout au fond du grenier, enseveli sous de vieux tissus couverts de toiles d’araignées et camouflé par une caisse en osier et tout un fatras de vieux meubles cassés. Le spécialiste examina le double cadran de la fermeture et siffla.

— Assez sophistiqué, dit-il. J’en aurai sans doute pour une heure.

Gilles gueulait et injuriait si fort, le visage empourpré, les dents prêtes à mordre, que Retancourt finit par le bâillonner pour avoir la paix. Il était non seulement fou de rage d’avoir été arrêté, mais malade de honte de l’avoir été par une femme.

Muni des clefs de la voiture, Adamsberg emmena Veyrenc, Noël et Verdun au garage. Matthieu était resté auprès de son spécialiste et Retancourt gardait Gilles avec Berrond. Quant à Mercadet, il dormait sur la table, la tête appuyée sur ses bras.

Une fois les portes ouvertes, la lumière entrait à plein dans le hangar, qui ne révéla rien d’autre que la voiture.

— Rien, dit Noël.

— Mais si, dit Adamsberg en allumant le plafonnier. Et une pièce de choix : la voiture.

— Pas la moindre trace de sang, le type a tout récuré.

— Trop, dit Adamsberg en s’agenouillant devant un des pneus. Avez-vous déjà vu des bandes de roulement sales et empoussiérées mais avec des sculptures creuses parfaitement propres ? Le type a poussé le soin jusqu’à nettoyer toutes les rainures. Seulement, ça se voit. Qu’est-ce qu’il cherchait ? Eh bien du liège.

— Oui, dit Veyrenc. Les débris qu’on a trouvés sur la chaussée. Robic a dû le prévenir que son entreprise en avait livré récemment. À vérifier auprès d’Estelle Braz.

— Je m’en charge, dit Admsberg, et l’on cherche derrière lui, au cas où il en aurait négligé des fragments. Il a effectué ce boulot en pleine nuit à la lumière électrique, pas facile d’y voir dans le noir des crénelures.

Chaque homme s’adjugea un pneu et débuta son examen. On reculait la voiture de trente centimètres par trente centimètres pour pouvoir explorer la totalité des sculptures. Au total, Veyrenc fit glisser vingt-deux particules de liège dans un sachet.

— Très petites, mais probantes, dit-il. Le gars n’aura pas pu les voir en travaillant de nuit, elles sont trop fines.

— Preuve que sa voiture s’est bien engagée dans la chaussée longeant la maison du docteur, dit Adamsberg. Il n’y a plus qu’à envoyer cela au laboratoire de Rennes. On va voir où en est le coffre.

Le spécialiste achevait son travail sous les yeux attentifs de Matthieu, fit tourner un dernier bouton et ouvrit l’épaisse porte métallique. Du fric, beaucoup de fric, des bijoux, des armes de différents calibres, et des papiers. Le photographe prit un cliché du coffre ouvert.

— Matthieu, on sort tout le contenu qu’on photographie pièce par pièce et on examine cela de plus près.

Sur une vieille malle, ils étalèrent d’épaisses liasses de billets, deux bracelets et un pendentif étincelant, quatre armes, trois passeports, cinq pièces d’identité et cinq permis de conduire.

— La plus ancienne carte sera la bonne, dit Adamsberg en les passant en revue. Voilà, il y a cinquante-quatre ans, on a un Hervé Pouliquen, né à Combourg. La photo est celle d’un enfant de deux à trois ans. Nouvelle carte à dix-neuf ans, au même nom, domicilié à Rennes. C’est bien ce que nous a dit Josselin. C’est donc au collège de Combourg et au lycée de Rennes qu’il s’est lié avec Pierre Robic et Pierre Le Guillou. Quoi d’autre, Matthieu ?

— Des lettres d’amour de sa jeunesse et des photos de famille apparemment.

— On laisse les lettres d’amour et les souvenirs de famille, et on embarque le reste à Rennes, avec notre gars, pour interrogatoire. On emmène Retancourt, elle est témoin de l’attaque. Il faut qu’on ait compté le fric avant de l’interroger.

Les deux commissaires rejoignirent Berrond et Retancourt qui bavardaient paisiblement comme si de rien n’était tandis qu’Hervé Pouliquen continuait à brailler au sol sous son bâillon en se démenant en tous sens. La prouesse sportive de Retancourt, telle qu’Adamsberg la conta à Berrond, accrut l’admiration qu’il vouait au lieutenant. Il était désolé d’avoir manqué cela.

— Mais, insista Berrond en interrogeant Retancourt, comment peut-on mettre un type à terre alors qu’il pointe son canon ?

— Mais je vous ai dit, lieutenant, je jouais sur du velours. Sa main était contre mon épaule, je n’avais qu’à lui tordre le poignet. Je crois que je lui en ai foutu un sacré coup d’ailleurs. Ensuite il n’y a plus qu’à faire basculer le type en avant en s’accrochant à son bras comme à une poignée de bagage. Franchement ça n’a pas été sorcier.

— Quand même, murmura Berrond, quand même.

— Toi, dit Retancourt en secouant Hervé Pouliquen par le bras, arrête de gueuler, tu nous casses la tête. Si je ne me retenais pas, tu prendrais un bon coup de crosse sur le crâne, ça te ferait dormir un moment.

L’équipe se répartit entre les trois voitures, une seule allant au commissariat de Rennes avec le prisonnier et les deux commissaires qui se préparaient pour l’interrogatoire.

— Je crains, dit Adamsberg, qu’un homme de Robic ne lâche rien d’intéressant. Le patron est capable de le faire tuer, même en cellule. Et tous le savent.

Avant de faire entrer Hervé Pouliquen, Adamsberg avait pris soin de ranger dans l’armoire toutes les pièces à conviction, hors de vue. L’homme s’assit donc devant une table nette, face aux deux commissaires. Il espéra un moment que les flics n’avaient pas mis la main sur le coffre.