— Donc déjà cinq dans la même classe, dit Matthieu en notant : Pierre Robic, Yvon Le Bras, Jean Gildas, Hervé Pouliquen et Pierre Le Guillou.
— J’ai les adresses des deux nouveaux, dit Mercadet en levant le nez de sa machine. Le tireur habite Louvigné et le chauffeur Bois-sur-Combourg. On prévoit deux nouvelles perquisitions, commissaire Matthieu ?
— Avec l’accord d’Adamsberg et du divisionnaire, oui.
— Je vous laisse organiser cela, dit Mercadet qui ne tenait plus debout.
Noël entra avec Retancourt, revenant de l’hôpital de Rennes. Tous les visages se tournèrent vers eux.
— Pour ce que l’infirmière nous en a dit, le biceps a été perforé, ils vont recoudre tout cela sous anesthésie locale et nous le rendre demain, avec antibiotique, antiseptique et pansement à changer tous les jours. Évidemment, il ne pourra pas facilement bouger le bras avant la cicatrisation. Donc, une attelle.
— Bon Dieu de soulagement, dit Johan en versant le chouchen. À quelle heure on l’opère ?
— Dès ce soir.
Matthieu résuma les identifications de Josselin pour Noël et Retancourt.
— C’est du beau boulot, dit Noël, on cueille les hommes de Robic comme des pommes et ça ne doit pas lui plaire. Mais cette affaire nous éloigne de notre but initial : le tueur de Louviec.
— Non, dit Retancourt, on suit sa diagonale, comme a dit le commissaire. Robic a fait tuer le docteur à la demande d’un gars de Louviec. En coinçant sa bande, on coince notre tueur. Suffit qu’on fasse parler l’un des leurs.
— Juste, dit Veyrenc. Commissaire, je propose qu’on se colle demain aux deux perquisitions dès que possible. Les deux maisons dans la journée.
— Ça marche, dit Matthieu. On ne procédera aux interrogatoires qu’après en avoir fini avec les fouilles. On ne sera que sept. C’est un peu juste pour deux baraques à visiter dans la journée. J’amène cinq hommes de plus et notre perceur de coffre.
XXXIV
L’autorisation du divisionnaire de faire procéder à la perquisition des domiciles d’Yvon Le Bras à Louvigné et de Jean Gildas à Bois-sur-Combourg parvint à Matthieu le lendemain matin à neuf heures moins dix, avant même qu’il ait eu le temps de la demander. Ce qui prouvait que, sitôt son opération du bras achevée, Adamsberg était de nouveau sur le terrain et avait contacté son supérieur. Depuis l’hôpital, certes, mais sur le terrain. Il signalait par un autre message que tout allait bien et qu’il pensait être à l’auberge le soir même à dix-neuf heures.
Rendez-vous fut aussitôt pris entre les deux équipes devant la maison d’Yvon Le Bras à Louvigné, 6, rue de la Ceriseraie. Là aussi, il s’agissait d’une longère, mais moins grande que celle d’Hervé Pouliquen.
— Ramassez tout ce que vous pourrez trouver d’intéressant, mais à mon avis, il n’a rien laissé traîner, dit Matthieu. Sauf dans son coffre. Sondez tous les murs et les planchers, et contrôlez les dalles de sol. Fouillez la cave et les combles à fond, sans oublier le garage. Il nous faut ce coffre.
Les douze agents enfilèrent des gants et se répartirent à travers la maison, surchargée de mobilier et d’objets de toute sorte. Pour travailler plus à l’aise, les policiers sortaient le maximum de meubles sur le pré. Matthieu se chargeait d’ouvrir et fouiller tous les tiroirs, buffets, commodes, armoires, malles. Il descendit avec Noël et Veyrenc dans la cave, ils la vidèrent de tout son rebut, évacuèrent le contenu des étagères, sortirent les casiers à bouteilles et les caisses de vin en attente. Le sol du cellier était recouvert de terre battue argileuse, ce qui limitait son humidité. Veyrenc souleva une paire de bottes, dont les semelles étaient encrassées d’une terre molle et plus sombre.
— Il y a une seconde cave là-dessous, dit-il, c’est certain.
Une fois le sol à découvert, ils le frappèrent des pieds lentement, trente centimètres par trente centimètres, pour déceler si un son différent se faisait entendre. Ce fut le cas à l’emplacement des casiers à vin, sur une superficie d’environ un mètre vingt sur un mètre.
— On va chercher les outils et on déblaie la terre, dit Veyrenc.
À seulement dix centimètres sous l’argile apparurent des planches en bois qu’ils achevèrent de dégager. La trappe, munie d’un gros anneau, se souleva sans bruit.
— Il prenait soin de graisser les charnières, dit Matthieu en accrochant le panneau à une barre en fer. Faites attention en descendant, l’échelle est raide.
Cette seconde cave, taillée à même le roc, était beaucoup plus humide et son sol sombre, un peu boueux, collait aux semelles.
— C’est à cela que lui servent les bottes, dit Matthieu qui rejoignit son collègue et alluma le plafonnier. Si précautionneux soit-on, il y a toujours une petite broutille qu’on néglige. Sans cette boue sur les bottes, pas sûr qu’on aurait cherché la seconde cave.
Tous deux considérèrent le coffre adossé au mur du fond.
— On peut siffler deux fois, dit Veyrenc.
Quelques minutes plus tard, le spécialiste examinait la lourde caisse avec une grosse lampe torche, en faisait jouer les boutons, l’oreille collée au mécanisme.
— Du costaud, dit-il, mais la fermeture est moins sophistiquée que celle du précédent. Comptez une bonne demi-heure.
Comme la première fois, Matthieu demeura à ses côtés pour observer le savoir-faire du perceur. Veyrenc annonça aux agents qu’ils pouvaient cesser de sonder et remettre tous les meubles et objets en place, en ne laissant qu’une table dehors.
— Il était où ? demanda Retancourt.
— Dans une deuxième petite cave creusée sous la cave. Le gars se donnait du mal pour atteindre son coffre.
Il était midi et Berrond sortit un grand panier préparé par Johan, distribuant à la ronde sandwichs, crêpes fourrées, parts de fromage, fruits, bouteilles de vin, gobelets et assiettes en carton, serviettes en papier.
— Vous en laissez pour Matthieu et le perceur, dit-il. Et vous me direz des nouvelles du vin, ajouta-t-il en s’adressant aux cinq gendarmes de Matthieu.
Ils achevaient le fromage quand le commissaire et le perceur les rejoignirent.
— Vous ne nous avez pas attendus ? dit Matthieu en souriant, son regard dirigé vers Berrond.
— Je n’ai pas pu, avoua Berrond, la bouche pleine. Mais vos parts ont été soigneusement mises de côté.
— On en a besoin, dit Matthieu en prenant place à côté du perceur, qui n’avait pas l’habitude de pique-niques aussi élaborés. Ne picolez pas trop, on a l’autre maison à visiter, celle de Jean Gildas à Bois-sur-Combourg. Quelqu’un connaît Bois-sur-Combourg ?
— Moi, dit un des gendarmes, ma sœur y habite. Un petit hameau de deux cents personnes, on ne peut pas faire plus tranquille. Si sa maison est située à une des extrémités du village, le gars pouvait aller et venir sans se faire remarquer. Quelle est l’adresse ?
— 7, rue de la Gare.
— Autant vous dire qu’il y a longtemps qu’ils ont démoli la gare. Mais c’est en effet au bout du village. Il doit s’agir de la vieille maison de briques à toit d’ardoises.
— Grande ?
— Un étage, mais à mon avis, trois pièces par étage.
Matthieu fit circuler plusieurs photos du coffre qu’ils venaient d’ouvrir, au contenu à peu près semblable à celui d’Hervé Pouliquen : liasses de billets, armes, bijoux, papiers.
— Robic prenait la grosse part, sans doute plus de la moitié, mais semblait équitable entre ses associés, dit Matthieu. Mettez des gants, on va sortir tout le contenu du coffre sur la table, photographier et sceller. Après le prélèvement de terre, on referme la seconde cave, on l’enfouit comme avant et on replace tout ce qu’on a sorti. Je n’oublie rien ?