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— Et un détail essentiel, dit Retancourt en examinant la photo : un soupirail. Donc une cave. Mercadet, vous pouvez faire un gros plan ?

— C’est cela, dit Retancourt en reprenant l’appareil, et il est muni de barreaux. On peut passer l’avant-bras, mais pas tout le bras. Pas le mien en tout cas. Cela suffit pour tendre une arme.

— Je pense que la petite est là-dedans, dit Adamsberg. D’où les vêtements. Il fait froid dans une cave.

— Cela dépend de ce qu’a vu Maël, dit Matthieu. Est-ce que tous les volets de façade étaient ouverts quand tu étais en planque ?

— Je crois bien que oui.

— Alors, c’est sans doute là qu’elle est, dit Adamsberg. Ils n’auraient pas pris le risque de l’enfermer dans une chambre, elle a huit ans, donc très capable de défoncer une fenêtre avec une chaise.

— Surtout qu’elle est forte, ma petite Rose, dit Johan en servant la troupe des agents. Faut la voir transporter des bûches.

— Quand l’attaque aura commencé, il faudra que des hommes soient déjà prêts devant le soupirail. Néanmoins, elle peut tout aussi bien se trouver dans les combles.

— Une fois qu’on aura rampé jusqu’aux portes, comment on manœuvre ? demanda Verdun.

— On dézingue tout et on entre, dit Retancourt.

— Je traduis, dit Adamsberg. Les portes seront nécessairement fermées. On tire dans les serrures et on les encercle. Les gardes aux boucliers doivent entrer les premiers. Nous aussitôt derrière.

— Pas toi, dit doucement Matthieu. Et tu conserves les boucliers.

— Vous, aussitôt derrière, corrigea Adamsberg. Mattieu et douze hommes dans la pièce de devant, dix dans celle à l’arrière. Les policiers de Combourg suivront. Autant de flics contre six, je ne vois pas ce qu’ils peuvent faire. On les désarme et on leur colle à chacun le canon sous le cou. Cinq d’entre nous – d’entre vous – descendront à la cave pour sécuriser la petite, et cinq autres monteront au grenier.

— Et supposez que la porte de la cave soit blindée, commissaire ? demanda Retancourt. Si son coffre est là ?

— Guère probable, dit Matthieu. Ou ils n’auraient pas laissé un mur en briques à l’arrière.

— Exact. Avec une masse, un mur en briques, ça se défonce, dit Retancourt. J’en emporte une.

— Mercadet, demanda Adamsberg, vous pensez tenir le coup durant toute l’opération ?

— Non, dit le lieutenant en secouant la tête. Mais je veux être là. Je vais demander à Johan une thermos entière de café.

— J’ai mieux, dit Johan. Comme la petite potion que je vous avais servie pour aller dormir, mais à l’inverse. C’est un cordial de ma confection, c’est inoffensif et ça vous aidera à vous tenir éveillé. Évidemment, faut pas en prendre tous les jours. C’est pour des situations d’exception.

— Je prends, dit vivement Mercadet.

— C’est l’heure, dit Adamsberg en se levant sur sa béquille, pendant que son adjoint avalait son cordial maison. Faites entrer toutes les voitures sans bruit dans le chemin de terre. Josselin, il est assez large pour le camion ?

— Sans problème.

— Vous oubliez votre viande ! dit Johan en donnant deux boîtes à Matthieu.

— Pourquoi deux ? demanda Matthieu.

— Pour aller plus vite. Ils vous sentiront dès que vous aurez mis pied à terre. Il y a vingt bons morceaux. Dix par chien. De quoi les occuper un moment.

XXXVII

À dix-neuf heures quinze, la file de voitures démarra vers Montfort-la-Tour, escortée d’une ambulance demandée avec insistance par Adamsberg.

Vingt minutes plus tard, la maison de Le Guillou était en vue. Tous les véhicules s’enfournèrent dans le chemin de terre. Comme l’avait prévu Josselin, les chiens se mirent à gronder dès que les premiers policiers eurent mis pied à terre. Cinq hommes et Retancourt s’attaquèrent aussitôt à la haie de bois mort, qu’ils ouvraient sans peine, alors que les chiens avaient commencé d’aboyer furieusement. Adamsberg s’était extrait de la voiture et avait avancé péniblement jusqu’à eux.

— La viande, vite, dès maintenant, dit-il.

— Les clébards arrivent au pas de course, dit Veyrenc en ajustant son arme.

La porte d’entrée s’ouvrit et un bel homme parut sur le seuil.

— Ce doit être Le Guillou qui vient se rendre compte, dit Adamsberg. Lui seul ne craint pas les pitt-bulls.

Veyrenc et Noël avaient achevé de lancer les morceaux de viande, assez près de la haie pour pouvoir tirer, et les chiens s’étaient jetés dessus. Ils n’aboyaient plus. Le lieutenant tendit son bras à travers la haie et visa à la gorge. Les deux molosses s’affaissèrent l’un après l’autre sans un soupir.

Dans le silence revenu, ils virent Le Guillou, trop éloigné pour repérer ses bêtes à terre, hausser les épaules et refermer la porte. Retancourt acheva la percée dans la haie et se prépara à rejoindre l’équipe nord, suivie de Veyrenc. Il était vingt heures.

Les lumières s’allumèrent dans la salle principale, éclairant les deux plus grandes fenêtres.

— Chacun s’avance en progressant au ras du sol et rejoint le poste fixé, dit Adamsberg. L’herbe est coupée ras, mais votre équipement va vous ralentir. Pas de mouvement précipité, nous avons le temps. Ceux de l’arrière – dirigés par Veyrenc –, attendez d’entendre le fracas de la porte d’entrée avant de démolir l’accès.

Adamsberg, resté avec seulement quatre gardes spéciaux et arme en main, suivit des yeux les agents qui se traînaient vers leurs positions. Une fois les douze hommes de Matthieu parvenus à la porte, le commissaire leva le bras vers Adamsberg. Signe que la serrure de la porte allait exploser. Serrure si renforcée qu’il fallut six balles aux policiers pour la faire tomber. L’un d’eux enfonça la porte démantibulée d’un coup de pied et les treize policiers investirent la pièce, deux se plaçant derrière chacun des cinq convives attablés, portant le canon de leur arme à leur cou tout en maintenant leurs mentons serrés dans l’autre bras. Matthieu avait reconnu Le Guillou, le beau gosse de la photo de classe, mais il ne connaissait pas les quatre autres hommes. Il se rua sur Robic, qui se tenait debout, immobile au milieu de la salle, tenant une bouteille d’une main, attrapant son pistolet de l’autre. Il le désarma d’un coup sec, l’étrangla d’un bras, canon pointé sur la carotide.

— Où est la petite ? cria-t-il. Quarante-six flics, vous n’avez pas une chance ! Où est la petite ? cria-t-il d’une voix plus forte.

— Je ne saisis pas, dit Robic d’une voix étranglée par la pression du bras, mais toujours hautaine. Je suis venu dîner chez des amis et je ne sais pas de quelle petite vous voulez parler.

— Gardes, ôtez-leur leurs armes et menottez-les, ordonna Matthieu tout en faisant asseoir Robic de force.

— La gosse ! cria Berrond en secouant Le Guillou. Où t’as mis la gosse ? À la cave ? C’est de là qu’il venait, ton patron ?

— Gosse ? Il n’y a pas de gosse ici, répondit durement Le Guillou.

— Et les jouets ? Les vêtements ? Le matelas d’enfant ? C’est toi qui vas dormir dessus peut-être ?

Pendant ce temps, l’équipe nord avait pénétré à l’arrière – une cuisine – et après un court instant, Veyrenc fit signe à Retancourt.

— Restez tous ici, dit-il aux policiers. Retancourt, on file au soupirail.

Un doute inquiétant avait saisi Retancourt face au calme imperturbable de ces hommes. Et si Rose n’était pas là ? Et si les jouets et les vêtements n’étaient que des cadeaux préparés par Le Guillou pour une fillette de sa famille ? Oui, mais le matelas. Le matelas prouvait que la gamine était ici.