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— Je vous envoie les adresses des quatre hommes, dit Mercadet, qui tombait soudain de sommeil et demanda à Johan s’il pourrait avoir un nouveau cordial demain.

— Non, dit fermement Johan. Pas tous les jours. Vous ne participerez qu’à la moitié des perquisitions et voilà tout.

Adamsberg restait dormir une nuit de plus chez Johan avant qu’on ait pris une décision sur ce point, et retint Matthieu par la manche sur le pas de la porte.

— Deux choses, Matthieu. Après l’interrogatoire de demain, on va laisser la bride sur le cou à Robic, sans surveillance policière apparente pendant deux jours, le temps qu’il se figure qu’il est effectivement libre. Je pense qu’il a l’intention de paraître filer doux durant quelques jours, mais qu’il est décidé à quitter le territoire dès que possible. Par Sète par exemple, où il connaît encore du monde. À Combourg aussi. Un peu de temps lui sera nécessaire pour qu’il prenne ses dispositions. Quand on nous demandera au ministère pourquoi Robic n’est plus en cellule, on expliquera qu’on s’en sert comme appât pour pincer les derniers de la bande. Ça te paraît plausible ?

— Très.

— Je vais m’occuper d’alerter tous les postes frontières. Je t’appelle demain dès que j’ai interrogé la petite.

— Et la deuxième chose ?

— Quelle deuxième chose ?

— Tu voulais m’entretenir de deux choses.

— Ah. J’oubliais. Qu’est-ce que c’est au juste, du « carbone végétal activé » ?

— Grosso modo, du charbon de bois purifié, qui absorbe les toxines. Tu crois que c’est le moment de t’occuper de médecine ?

— J’aime bien comprendre.

Matthieu secoua la tête en souriant, et Adamsberg réintégra l’auberge, volets fermés et toujours protégé par les gardes aux boucliers, bien que Robic fût provisoirement sous clef. Il rédigea un message d’alerte, accompagné d’une photo de Pierre Robic, à tous les commissariats, gendarmeries et postes frontières du pays, en insistant particulièrement auprès du capitaine du port de Sète, où la surveillance devait être accrue pour tous ceux embarquant à bord d’un quelconque bateau, de commerce, de pêche ou de plaisance. Puis il partit s’allonger sans fermer les yeux, attentif aux moindres nouveaux mouvements de sa bulle, qui s’était montrée conciliante mais peu claire.

XL

À huit heures du matin, le commissaire se présenta à l’hôpital de Rennes, muni des deux poupées préférées de l’enfant que lui avait confiées Johan. Il croisa un médecin pressé qui l’autorisa à voir Rose.

— Elle a pris un petit-déjeuner léger, dit-il, elle pourra sortir demain. Ne la bousculez pas néanmoins, elle est encore faible, nous l’avons sauvée de justesse.

Adamsberg entra doucement dans la chambre où la fillette reposait, les yeux mi-clos.

— Vous êtes un médecin ? demanda-t-elle d’une petite voix.

— Non, je suis un policier.

— Un vrai policier ? demanda-t-elle avec intérêt, incrédule.

— Un vrai.

— C’est vous qui m’avez libérée ?

— Avec mes camarades, oui. Tiens, dit-il en déposant les poupées sur son lit. Ton papa pensait que cela te ferait plaisir.

Rose attrapa une des poupées avec un sourire et la berça contre elle.

— Pourquoi il n’est pas là, papa ? Et maman ?

— Ils attendent que j’aie fini de te parler pour entrer.

— Me parler de quoi ?

— Des méchants qui t’ont emmenée dans cette maison. J’ai besoin que tu m’aides, Rose.

— Ils iront en prison ?

— Oui, mais tu dois m’aider. Sur le chemin de la cantine, que s’est-il passé ?

— Il y a une voiture qui s’est arrêtée.

— Et puis ?

— Et puis le monsieur qui était dedans est sorti en me disant que papa était tombé très malade et qu’il voulait me voir. Il avait l’air gentil et il mangeait des bonbons. J’ai eu peur pour papa, je suis vite montée avec lui. Il m’a donné des bonbons. Celui qui avait un gros ventre. L’autre, il conduisait.

— Tu les as bien vus tous les deux ?

— Surtout le monsieur qui est sorti. Et après, je leur ai dit que ce n’était pas le chemin pour aller chez papa, et le monsieur qui conduisait s’est arrêté à un feu rouge et m’a dit qu’on soignait papa à Combourg. Il va mieux, papa ?

— Il va très bien. Regarde, dit Adamsberg, en lui montrant les six photos de Robic, Le Guillou et des quatre autres hommes, tirées du film de Mercadet. Les deux messieurs qui t’ont enlevée, tu peux me les montrer ?

— Lui, dit-elle sans hésiter en montrant la photo du Lanceur, Germain Cléach. Il avait les cheveux tout droits sur la tête, et des trous plein les joues.

— C’était celui qui conduisait ?

— Oui.

— Et l’autre, le monsieur avec les bonbons, tu le reconnais ?

Rose repassa les photos en revue, comme une élève appliquée à laquelle on demande de faire un devoir.

— C’est lui, dit-elle en montrant la photo du Ventru. Il avait un trou entre les dents.

Félix Hénaff, dit le Ventru, certainement choisi pour son air débonnaire.

— Tu es formidable, lui dit Adamsberg, tu dois être une bonne élève, non ?

— Pas beaucoup en calcul mais, sinon, j’ai la note B.

— Ça t’embête si je te fais travailler encore un peu ?

— Non, vous êtes gentil, et puis je m’ennuie ici, moi.

— Tu vas très vite sortir. Où la voiture qui t’emmenait est-elle arrivée ?

— Dans une maison jolie avec des fleurs, et j’ai pensé que c’était là qu’on soignait papa. Mais en fait, le monsieur m’a amenée jusqu’à la porte et m’a fait entrer dans la pièce, puis il est ressorti. Et là… – et l’enfant se mit à pleurer.

— C’est normal que tu pleures, dit Adamsberg en lui caressant les cheveux. Moi aussi je pleurerais. Tu as eu très peur, et nous aussi tu sais. Il y avait des gens dans la pièce ?

— Deux. Et ceux-là, c’étaient des méchants.

— À quoi tu l’as vu ?

— Ils avaient des yeux et des bouches de méchants, comme dans les films, dit la petite en reniflant.

— Tu peux essayer de me les montrer ?

Sans hésiter, Rose désigna les photos de Robic et de Le Guillou.

— Ils m’ont attrapée par les bras et les jambes, continua-t-elle en essuyant ses larmes, et on a descendu un escalier. Au bout, il y avait une cave, et ils m’ont mise par terre. Ils m’ont dit de me tenir tranquille, que je reverrais papa et maman et ils ont fermé la porte en fer. Mais moi, j’y arrivais pas, à me tenir tranquille, je pleurais, je criais, je réclamais papa et maman. Alors après, celui qui était blond, avec des yeux bleus méchants – celui-là ajouta-t-elle en montrant la photo de Pierre Le Guillou –, il est revenu et il m’a donné deux tapes très fortes sur les joues. Et il a dit que j’aurais des tapes tant que je continuerais à pleurer. Et que ça servait à rien parce que personne m’entendait. Après, il a apporté une poupée, un matelas et un gros pull, et je pleurais dans les habits de la poupée pour pas qu’on m’entende. Et bien plus tard, l’autre méchant – celui-là dit-elle en montrant Robic – est entré avec un plateau, du pain et du fromage mais avant, il a voulu que j’avale deux bonbons avec de l’eau. Moi je sais que les bonbons qu’on avale avec de l’eau, c’est pas des bonbons. C’est des médicaments, et je voulais pas les prendre. Alors il m’a secouée très fort et il a dit de prendre les bonbons, que c’était pour dormir et que demain papa serait là.